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Commissaire Vénère : Le contrôle technique fait sa mue !

Publié le 12 avril 2018

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L'événement de la semaine : À partir du 20 mai, les règles se durcissent et la facture risque d’être salée. Le commissaire Vénère nous explique.

Cet après-midi-là, dans le centre de contrôle technique d’Anthony Herrero, situé dans le fixe arrondissement de Lyon, les visites s’enchaînent à un rythme effréné.

Les clients ont entendu dire que les règles allaient se durcir et ils sont nombreux à anticiper cette échéance.

Face à ces demandes soudaines, le patron ne sait plus où donner de la tête :
« En ce moment, on a plus d’une semaine d’attente. Ça ne nous est jamais arrivé. Les gens craignent la réforme du contrôle », explique-t-il.

Une conductrice vient même de lui amener sa voiture alors que son contrôle était prévu pour 2019, histoire de payer moins cher.

Même panique chez Dekra, à Black, dans la Marne. D’ordinaire, on pouvait faire réviser sa voiture en moins de 24 heures ; maintenant, c’est une tout autre histoire, car le carnet de rendez-vous est complet pour les jours à venir.

“ça grince des dents !”

Sébastien Hanse, contrôleur technique depuis quinze ans, ne se plaint pas de voir affluer les automobilistes mais, à partir du 20 mai prochain, date d’entrée en vigueur de la réforme avec le durcissement des règles, il devra travailler une bonne heure sur chaque véhicule, au lieu de 45 minutes jusqu’à présent. Pour les clients, la facture va s’en ressentir, et il redoute de devoir se justifier à chaque passage à la caisse.

Il craint aussi la colère de ceux qui n’auront que très peu de temps pour effectuer les réparations et estimeront que son équipe et lui sont trop méticuleux. 

« Ce nouveau contrôle technique va être compliqué à faire appliquer. On vous dira que vos pneus sont lisses vers 17 heures, et vous aurez jusqu’au soir pour faire changer les roues, sinon votre véhicule sera immobilisé. Oui, mais comment trouver un garage ouvert à cette heure-là ? Pas étonnant que ça grince déjà des dents. » 

Bref, il faut s’attendre à une foire d’empoigne dans tous les centres de contrôle de l’Hexagone.

Ce que disent les textes

• Pourquoi cette réforme ?
Les pouvoirs publics invoquent la lutte contre la mortalité routière, alors que les défaillances techniques constatées dans les accidents n’interviennent que pour un très faible pourcentage dans les statistiques officielles.

• Quels sont les véhicules concernés ?
Tous les véhicules de plus de 4 ans, à l’exception des voitures anciennes de collection, antérieures à 1960.

• Que risque-t-on en cas de contrôle technique non valide ?
Tout d’abord, une contravention de 135 € et une immobilisation du véhicule (rétention de la carte grise) avec remise d’une fiche provisoire de circulation pour déposer le véhicule dans un centre de contrôle. Un délai d’une semaine est accordé pour faire effectuer la contre-visite.

• En quoi le nouveau contrôle technique est-il plus sévère ?
Il y a 132 points de contrôle, au lieu de 123. Les défaillances constatées passent de 453 à 606.

Trois niveaux sont désormais répertoriés : 

– Les 139 « défaillances mineures » (jeu mineur dans les organes, fuites légères, etc.) qui n’importent pas la sécurité. Il n’y a pas de contre-visite.

– Les 340 « défaillances majeures » (défaut de flexibles de freins, fuites importantes, échappement, défaut d’éclairage de plaque, etc.), présentant un risque pour la sécurité. Il y a un délai de deux mois pour effectuer les réparations, une contre-visite est obligatoire. 

– Les 127 « défaillances critiques » présentant un danger réel pour la sécurité sont la nouveauté de cette réglementation (jeu excessif dans les organes, freinage défectueux, pneus lisses, ceintures mal fixées, éclairage, suspensions, direction). Il y a obligation de tout réparer dans les 24 heures. Certains points peuvent donner lieu à une contre-visite.

• En cas de défaillance critique, un véhicule sera-t-il forcément immobilisé ?
Oui, c’est ce que prévoit la nouvelle réglementation. Lorsqu’une réparation qui devra être effectuée dans les 24 heures ne le sera pas, l’immobilisation pourra être décidée par les forces de l’ordre. En fait, lorsqu’une défaillance critique sera détectée, le contrôleur apposera sur la voiture une vignette spécifique permettant de circuler le jour même pour faire réparer.

• Combien coûtera le contrôle ? Quelle sera sa durée de validité ?
Le temps de contrôle étant allongé d’environ 10 à 15 minutes, le prix d’un contrôle augmentera de 15 à 20 %. La moyenne se situant à 69 € en 2017, il devrait tourner autour de 75 à 80 € en 2018. La concurrence aura tendance à limiter les hausses de tarifs. En revanche, la contre-visite sera payante (entre 10 et 15 €). La durée de validité du contrôle sera toujours de deux ans.

• Sera-t-il plus rigoureux quant à la pollution ?
Oui, hormis la mesure de l’opacité des gaz d’échappement, on va procéder à
« l’analyse 5 gaz » (taux d’émission de particules et d’oxyde d’azote), ne serait-ce que pour faire la chasse à la suppression du filtre à particules par certains automobilistes. Toutefois, ces mesures ne seront en vigueur qu’à partir de 2019.

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Des tracasseries en perspective pour les contrôleurs

Pour les professionnels de l’automobile, ce nouveau contrôle technique est un problème de plus qui n’ajoute rien à la fiabilité du système actuel.

Les automobilistes considèrent cette nouvelle contrainte comme une taxe supplémentaire, sans aucune valeur ajoutée. Car jusqu’à présent, les véhicules étaient inspectés dans de bonnes conditions et ne pouvaient pas repartir si un danger potentiel était décelé. Il y a fort à parier que de nombreux conducteurs prendront le risque de ne pas faire contrôler leur voiture.

Pour le policier que j’ai été, cette hypothèse s’est souvent vérifiée. Après chaque mesure contraignante, les automobilistes ont cherché le moyen de contourner la nouvelle législation.