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James Patterson : “J’ai de la compassion pour mes personnages”

Publié le 25 juin 2016

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S’il est une qualité que personne ne pourra lui nier, c’est bien la détermination. Lorsque James Patterson n’était encore qu’un professeur d’anglais doublé d’un apprenti écrivain, au milieu des années  1970, son premier manuscrit a en effet été refusé par trente éditeurs. Mais le jeune homme ne s’est pas découragé, et son roman a fini par trouver preneur.

Quatre décennies et plus d’une centaine d’ouvrages plus tard, tous ceux qui l’ont rejeté alors… et sont encore vivants, doivent s’en mordre les doigts. Car le débutant est aujourd’hui l’un des auteurs les plus vendus au monde, avec pas moins de 350 millions de livres écoulés.

Et à 69 ans, cet artisan des lettres n’a pas du tout envie de prendre sa retraite : « On dit toujours qu’on a de la chance de faire ce qu’on aime et que c’est un miracle si quelqu’un vous paie pour ça, a-t-il récemment déclaré. C’est mon cas, donc je continuerai. Et je ne suis pas à court d’histoires à raconter. Dans mon bureau, j’ai cinq épais dossiers remplis de projets. »

Ses millions de fans sont donc rassurés et peuvent apprécier l’esprit tranquille la dernière livraison du maître. « Invisible » raconte le cauchemar d’une jeune femme, Emmy Dockery, qui a quitté le FBI après que sa sœur a péri dans l’incendie de sa maison. Depuis ce drame, elle fait des cauchemars où elle se voit connaître le même sort funeste. Persuadée que cette affaire n’a rien d’accidentel, et qu’un tueur sadique est responsable de ce sinistre, cette brillante analyste recense des dizaines de cas similaires.
Seul problème, ses collègues la prennent pour une folle et ne croient pas une seule seconde qu’un meurtrier en série sème la terreur à travers les États-Unis. Pourtant, après huit mois de recoupements minutieux, accumulant les indices, Emmy finit par convaincre son ex-petit ami, ponte du FBI, de plaider sa cause auprès de ses supérieurs.

Monstrueux

L’histoire fonctionne d’autant mieux qu’en contrepoint à cette enquête, Patterson se met dans la tête de l’assassin, qui nous fait des confidences. Il s’enregistre sur son téléphone portable en train de traquer et martyriser ses proies. On ne vous livrera pas le dénouement de ce thriller, mais les amateurs de coups de théâtre ne seront pas déçus…

L’une des particularités de ce roman est qu’il a été écrit à quatre mains. Patterson s’est associé à son ami David Ellis pour mieux nous faire frissonner. Ce n’est pas sa première œuvre en duo.
« Tout a commencé après une partie de golf avec mon partenaire Peter de Jonge, se souvient-il. De retour au club-house, devant une bière, on s’est amusés à imaginer une histoire qui aurait les greens pour décor. C’est devenu « Miracle on the 17th Green ». Et j’ai eu envie de retenter l’expérience. »

Invisible de James Patterson

Et quand on lui demande les raisons de son succès, James Patterson trouve une triple explication : « Je crois que ce qui séduit le lecteur est le rythme du roman. Il faut aussi trouver un ton propre à chaque personnage. Des personnages envers lesquels j’éprouve toujours de la compassion, ce qui les rend toujours humains, aussi monstrueux que soient leurs actes. »
Une recette éprouvée, qui lui a valu un succès planétaire avec son héros Alex Cross, incarné au cinéma par Morgan Freeman dans « Le collectionneur » et « Le masque de l’araignée ». C’est aussi l’un de ses romans qui a inspiré la série « Zoo », diffusée sur TF1. Et ce stakhanoviste a même en projet une comédie musicale à Broadway !

Mais ce marathonien littéraire trouve le temps de se lancer dans une ultime croisade en faveur de la lecture. Avec son site internet (www.readkiddoread.com), il aide parents et professeurs à se procurer gratuitement des livres pour leurs enfants et élèves. Et il finance par ailleurs 400 bourses pour permettre à des étudiants démunis d’aller au lycée et à l’université qui, s’ils ne sont pas ingrats, achèteront ses livres.

Brice Moulin

« Invisible », de James Patterson et David Ellis, aux éditions de l’Archipel, 22 €.