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Vie pratique

Karin Slaughter : “Ce livre est né d’un cauchemar”

Publié le 7 mai 2016

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Blonde, les yeux clairs, un sourire candide éclairant son visage, on l’imaginerait écrivant des romances qui finissent bien. Seul son nom (slaughter signifie massacre en anglais) pourrait nous laisser entrevoir la sanglante réalité que cache cette apparente innocence.

Dans son dernier livre, Karin, maîtresse du thriller, a su trouver les mots justes pour hanter vos nuits et, de passage à Paris, elle a bien voulu nous révéler ses secrets de fabrication.

France Dimanche (F.D.) : En quoi Pretty Girls est-il différent de tous vos précédents romans ?

Karin Slaughter (K.S.) : L’aspect psychologique est bien plus important que dans mes autres ouvrages. Notamment parce que cette fois-ci, ce ne sont pas les policiers qui mènent l’enquête, mais deux sœurs qui n’ont jamais eu affaire à des criminels. Et je tenais à ce que toutes leurs investigations soient crédibles et correspondent à leurs personnalités. Cela n’a pas été évident. Par ailleurs, ce livre est ma réponse à Cinquante nuances de Grey, dont le héros exerce un contrôle absolu sur les femmes. J’ai voulu montrer à quel point ce genre de personnages pouvait devenir dangereux. Paul, qui a tout du gendre idéal, domine totalement Claire parce qu’il lui a offert ce dont elle croyait avoir besoin : la sécurité. En fait, c’est un type épouvantable. Mais Claire est aussi capable d’une grande violence. Elle a été condamnée pour avoir brisé le genou d’une femme d’un coup de raquette de tennis…

F.D. : La relation entre les deux sœurs, Claire et Lydia, est au centre de votre intrigue.

K.S. : Vingt ans avant le début de l’enquête, elles ont été séparées par un autre drame : l’enlèvement de leur sœur Julia, dont le corps n’a jamais été retrouvé. Pour se remettre d’un tel traumatisme, Lydia choisit la drogue, alors que Claire cherche un homme qui la rassure. Et, au fil des années, elles ont fini par cesser de se voir. Il va falloir un meurtre pour les réunir à nouveau. Mais comme elles ont toutes les deux des choses à se reprocher l’une envers l’autre, travailler ensemble va réveiller des blessures encore douloureuses.

F.D. : Les sept lettres du père à sa fille défunte rythment l’enquête.

K.S. : En fait, ces lettres ont deux fonctions. D’une part, elles permettent de comprendre comment étaient les deux sœurs de Julia, ainsi que leur mère Helen, avant que le ciel ne leur tombe sur la tête. D’autre part, ces courriers du père, dans lesquels il évoque ses soupçons quant au coupable de la disparition de son enfant, donnent à penser qu’il existe un lien entre les deux enquêtes, l’ancienne et la nouvelle.

F.D. : Vos scènes de tortures sont très réalistes… Avez-vous regardé des snuff movies (films pornographiques se terminant par la mort bien réelle d’un des acteurs) ?

K.S. : Non, j’ai eu la possibilité d’en voir, mais j’ai refusé. En revanche, j’ai interrogé des spécialistes du FBI et me suis inspirée d’un cas réel. Dans les années 80, en Californie, un homme s’était construit un bunker dans lequel il se filmait en train de torturer et tuer des femmes. C’est en retrouvant ses cassettes vidéo que la police a fini par l’arrêter.

F.D. : C’est grâce à la drogue que vous avez écrit ce livre ?

Pretty Girls de Karin Slaughter

K.S. : Oui, d’une certaine manière. En fait, suite à un problème de santé, j’ai dû prendre du Tramadol [un puissant antidouleur, ndlr]. Et comme je ne fume pas, ne bois pas et n’ai jamais pris de drogue, je l’ai très mal supporté, mon sommeil était très agité. Du coup, j’ai vu dans mes rêves les cinquante premières pages. Donc on peut dire que ce livre est né d’un cauchemar.

ITV Brice Moulin

Voyage au bout de l’enfer

 Le mari de Claire se fait tuer sous ses yeux dans une ruelle d’Atlanta. Sous le choc, elle découvre par hasard des vidéos sanguinaires sur l’ordinateur de l’homme qu’elle croyait connaître. N’ayant aucune confiance en la police, la jeune femme décide d’en savoir plus, avec l’aide de sa sœur Lydia, qu’elle ne voyait plus depuis des années.

« Pretty Girls », de Karin Slaugther, éditions Mosaïc, 20,90 €.