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Vie pratique

Pascale Robert-Diard : “Je n’ai jamais vécu un tel coup de théâtre !”

Publié le 2 juillet 2016

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Dans un livre passionnant, la journaliste du Monde revient sur l’affaire Le Roux, prenant pour héros Guillaume, le fils de l’accusé, Maurice Agnelet, qui, au dernier moment, a témoigné à charge contre son père !

France Dimanche (F.D.) : Qu’est-ce qui vous a fascinée dans cette affaire ?

Pascale Robert-Diard (P.R.-D.) : Elle n’en finissait plus. Le meurtre d’Agnès Le Roux date de 1977, et le premier procès a eu lieu à Nice en 2006 ! Que de spéculations et de fantasmes entre-temps ! Acquitté, Agnelet est condamné à Aix-en-Provence un an plus tard. Cette affaire semble alors avoir trouvé son épilogue. Et puis, la Cour européenne des droits de l’homme annule le verdict, et elle est rejugée à Rennes en 2014. Plus personne ne s’y intéresse, le mystère a vieilli. Tout comme l’accusé, Maurice Agnelet, qui, après sept ans de prison, comparaît libre mais nous apparaît plus âgé, délesté de sa prestance légendaire. On s’attend à l’acquittement par dépit.

F.D. : Et vous subissez un nouveau choc…

P.R.-D. : Oui, après quatre semaines, mon opinion a changé. Et puis arrive la déposition de Guillaume, le fils aîné. Un véritable coup de tonnerre !

F.D. : Vous le connaissiez auparavant ?

P.R.-D. : Depuis 2007 surtout, après la condamnation de son père à Aix. Je retranscrivais les débats via mon blog, sur le site du Monde. à la fin du procès, Guillaume y a posté ses commentaires personnels, où il défend le doute dont aurait dû bénéficier son père.

F.D. : Pourquoi change-t-il son fusil d’épaule à Rennes ?

P.R.-D. : C’est tout le sujet du livre. Sa réflexion est un long cheminement. Il a toujours défendu son père, il l’a même coaché. Puis, il doute. Il essaie de trouver des réponses auprès des avocats et de sa famille. On lui oppose alors le secret. Je pense que c’est le témoignage invraisemblable de sa mère à Rennes qui agit, chez lui, comme un déclic. Pour la première fois, cette femme parle, et défend même son pervers narcissique d’ex-mari, malgré tout ce qu’il lui a fait subir, et malgré ce qu’il lui a dit : « Tant qu’ils ne retrouvent pas le corps, je suis tranquille. » Un aveu terrible qu’elle a répété à Guillaume. C’est la goutte d’eau, car lui veut en finir avec cette « guerre ».

F.D. : Vous l’avez beaucoup rencontré pour écrire ce livre ?

P.R.-D. : Oui, souvent. Deux mois après Rennes, j’ai voulu le rencontrer mais ce n’est qu’en le revoyant, plus tard, que m’est venue l’idée du livre. J’ai vécu des histoires criminelles fortes, mais je n’avais jamais assisté à un tel rebondissement au cours d’une audience avec une déposition aussi claire et déterminée. Cela m’a glacé le sang. Ce fils a eu le courage de témoigner à charge, alors que rien ne l’y obligeait. Après tant de procès, une forte émotion m’a traversée. C’est vrai que je suis bon public lors des audiences.
Je pleure, je ris et j’adore ça !

Yves Quitté

La déposition de Pascale Robert-Diard

Secret de famille

Entre le meurtre (présumé) d’Agnès Le Roux, riche héritière d’un casino de Nice, et le dernier procès de Maurice Agnelet, son amant, trente-sept ans se sont écoulés ! La mauvaise foi et le sang-froid de l’accusé, un séducteur-flambeur qui joue avec les nerfs de tous ses proches,
y sont pour beaucoup.
Une affaire qui trouve son dénouement lors du dernier procès, grâce au fils aîné Guillaume qui n’a plus peur de la vérité. Cette déposition coup-de-poing nous laisse, comme l’accusé, K-O.

« La déposition », de Pascale Robert–Diard, éd. L’iconoclaste, 19 €.

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