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Vie pratique

Quand les couleurs nous mènent à la baguette…

Publié le 4 mai 2016

couleurs

Elles nous apaisent, nous mettent en joie, nous font craquer ou nous poussent à acheter… Les couleurs ont un incroyable pouvoir et peuvent devenir nos alliées. Utilisons-les !

Et si pour voir la vie en rose, il suffisait de porter plus d’attention à l’arc-en-ciel du quotidien ? S’appuyant sur de nombreuses études scientifiques, le designer Jean-Gabriel Causse nous montre dans L’étonnant pouvoir des couleurs (J’ai Lu, 6,70 €) à quel point les nuances influencent notre humeur, notre comportement et notre perception.On découvre que le temps semble moins long dans une pièce aux couleurs chaudes, que la température paraît plus élevée dans un atelier rouge ou orange (3 à 4 °C de plus que dans un atelier bleu ou vert !) et qu’un même ketchup épicé apparaît plus fort lorsqu’il est plus foncé.

Séduction

L’odorat n’échappe pas au pouvoir de la couleur. Lors d’une expérience menée à Bordeaux en 2001, des étudiants en œnologie se sont en effet laissés piéger comme… des bleus ! Lorsqu’on leur a présenté deux verres d’un même vin blanc, dont l’un était mélangé à un colorant rouge inodore, ils ont cru déceler des arômes différents, les uns typiques des blancs, les autres des rouges.Mais ce n’est pas tout : la toute puissance des couleurs agit dans notre vie intime ! D’après une étude britannique réalisée en 2012 par les magasins Littlewoods, les couples qui ont du mauve dans leur chambre ont plus de rapports sexuels que les autres : 3,49 en moyenne par semaine, contre moins de 2 pour ceux qui batifolent dans le gris ou le beige.
Pour séduire, le rouge n’a pas son pareil. Les femmes présentées en photo sur fond pourpre ont deux fois plus de succès auprès des hommes que celles s’affichant sur fond blanc. Quant aux enchères sur e-Bay, elles s’envolent plus facilement lorsque l’arrière-plan du produit vendu est rouge que lorsqu’il est bleu.
Redoutable outil marketing utilisé par toutes les grandes marques, la couleur influe également sur notre bien-être. « Des études montrent que, lorsque les murs sont roses, les dessins des maternelles sont plus joyeux », souligne ainsi le designer. Si la couleur nous fait du bien, rien ne prouve pour le moment qu’elle soigne », conclut Jean-Gabriel Causse.
LISTE DES COULEURS

livre3 QUESTION A :Designer

Jean-Gabriel Causse
designer, spécialiste et membres du Comité français de la couleur

“Les femmes voient plus de nuances que les hommes”
1 - Dans la décoration, quelles sont les règles  à respecter pour se sentir bien ?
La première, c’est de s’écouter et de se faire confiance. Depuis les années 1990, la mode est aux intérieurs ultra-épurés, à dominante blanche ou grise… C’est une erreur ! Nous avons tous besoin de couleurs. D’ailleurs, en Afrique, en Asie ou en Amérique du Sud, les intérieurs sont très colorés, tout comme l’étaient ceux de nos châteaux au Moyen âge.
Il faut oser mélanger couleurs chaudes et froides, tout en respectant les harmonies. L’idéal est de prévoir des ambiances chromatiques différentes d’une pièce à l’autre, comme le faisaient nos grands-parents avec la chambre bleue, la chambre rouge… Si vous n’osez pas, agissez par touches : un canapé, un tapis, etc. Jouez la carte des couleurs complémentaires : bleu et orange, rouge et vert, jaune et violet… Enfin, si la pièce est petite et que vous avez envie de flashy, contentez-vous de peindre un seul des quatre murs.
2 - L’influence des couleurs est-elle innée ou culturelle ?
Les deux. à l’âge de 5 ans, par exemple, une fille sur cinq seulement continue à s’amuser avec des jouets bleus et un garçon sur cinq avec des jouets roses, alors qu’en bas âge, ils utilisent les deux indistinctement. Là, l’influence est clairement culturelle.Mais ce n’est pas toujours le cas.
Dans la nature, par exemple, les pinsons à tête rouge dominent ceux à tête noire : une scientifique australienne a maquillé la tête de jeunes oiseaux pour brouiller les pistes : les rouges en noir et vice versa, en ajoutant un groupe témoin en bleu. Tous les pinsons ont fortement réagi à la vue des plumes rouges, même ceux qui n’en avaient jamais croisées avant. C’est la preuve que cette couleur impressionne de façon innée.
3 - Nous ne sommes pas tout à fait égaux devant les nuances…
C’est vrai. Les femmes, par exemple, distinguent plus de nuances que les hommes, notamment dans les couleurs complexes comme le fuchsia, les mauves ou les verts. D’ailleurs, 0,4 % des femmes sont daltoniennes, contre 8 % des hommes ! Ces derniers voient l’herbe plus jaune que les dames car les couleurs leur apparaissent plus « chaudes ».Enfin, la perception de chacun évolue au fil du temps. Outre le noir et le blanc, les bébés ne voient que le rouge et le jaune. En vieillissant, notre cornée jaunit, les blancs paraissent presque bleu ciel. L’exemple de Claude Monet est parlant : lui qui avait glissé à son insu vers des teintes jaunes et rousses a retrouvé sa palette bleue à 82 ans, après son opération de la cataracte.
Chloé Belleret

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