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Vie pratique

Russell Edwards, l'homme qui dévoile l'identité de Jack L'éventreur

Publié le 9 avril 2016

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Cela faisait cent vingt-huit ans que policiers, scientifiques et écrivains tentaient de découvrir l’identité du tueur sanguinaire qui terrorisa les taudis de Londres d’août à novembre 1888.

Et c’est finalement un promoteur immobilier, Russell Edwards, passionné par cette affaire qui a réussi à confondre l’assassin, grâce aux traces d’ADN présentes sur le châle de l’une des victimes…

France Dimanche (F.D.) : Qu’est-ce qui vous fascine dans l’histoire de Jack l’éventreur ?

Russell Edwards (R.E.) : Cela remonte à l’époque où j’étais étudiant. Comme j’étais plutôt fauché, j’allais dans une boulangerie de l’East End, qui vendait les meilleurs bagels au fromage de la ville, pour presque rien. C’est là que j’ai commencé à m’intéresser à ces quartiers qui, à l’époque, étaient mal famés. Mais le vrai déclic s’est produit en 2000, quand j’ai vu le film From Hell, avec Johnny Depp dans le rôle de l’inspecteur qui traquait l’éventreur de Whitechapel. Et je me suis dit : « Tu connais tous les lieux où ces meurtres ont été commis. Comment se fait-il que tu ne saches presque rien de cette affaire ? » Et je me suis mis à lire tout ce qui avait été écrit sur le sujet.

“La science a résolu le mystère !”

F.D. : C’est ce qui vous a poussé à acheter le châle ayant appartenu à Catherine Eddowes, la troisième victime ?

Jack L'éventreur
R.E. : Oui. J’avais appris en 2007 que l’héritier de l’un des enquêteurs allait le vendre aux enchères dans le Suffolk. Je me suis renseigné et me suis aperçu que des motifs évoquant la Saint-Michel figuraient sur ce châle. Cela m’a intrigué car le premier meurtre a été commis le jour de la Saint-Michel pour les chrétiens d’Occident et le dernier à la date de cette même fête pour les orthodoxes. C’était tout de même une drôle de coïncidence… J’ai fini par l’acquérir, et ce n’est que par la suite, après avoir fait procéder à des examens rigoureux, que les plus grands spécialistes se sont aperçus qu’il y avait des traces de sperme sur ce vêtement. Nous avons donc pu comparer cet échantillon d’ADN avec celui des descendants -d’Aaron Kosminski, notre coupable présumé. Et en 2012, une correspondance à 100 % a été établie. La science a résolu le mystère !

F.D. : Votre théorie est contestée par un spécialiste de l’ADN, Alec Jeffreys.

R.E. : Jeffreys a juste voulu se faire de la publicité. Et il n’est pas le seul à avoir intérêt à ce que le mystère demeure. Pour certains, c’est un véritable fonds de commerce ! Mais, encore une fois, les marqueurs ADN ne peuvent pas se tromper.

F.D. : Qui était Kosminski ?

Jack L'éventreur

R.E. : C’était un jeune émigré juif polonais, âgé de 23 ans au moment des faits, qui vivait dans le quartier de Whitechapel. Il exerçait la profession de barbier coiffeur, ce qui pourrait expliquer son habileté à jouer du rasoir. Mais c’était aussi un déséquilibré qui avait déjà tenté de tuer sa sœur et qui a, par la suite, été interné en hôpital psychiatrique. Et si personne ne l’a formellement identifié, il a longtemps été le suspect n° 1 pour les policiers.

F.D. : Comment expliquer que cette histoire passionne toujours autant le grand public ?

R.E. : Tout d’abord parce que Jack l’éventreur a sans doute été le premier tueur en série de l’ère moderne. Ensuite du fait que ses crimes ont permis à bien des Anglais de découvrir la misère qui régnait au cœur de Londres. Et, enfin, car sa légende a été entretenue par un abondant courrier signé de sa main mais écrit en fait, au moins pour les premières lettres, par des journalistes qui avaient intérêt à relancer l’affaire.

F.D. : Bien que n’étant pas écrivain à la base, avez-vous envie de sortir d’autres livres ?

R.E. : En fait, j’en prépare un sur une enquête non résolue qui remonte à une quinzaine d’années. Mais je ne vous dirai pas de laquelle il s’agit !

Jack L'éventreur
Brice Moulin

Traque posthume

Non, l’homme qui massacrait des prostituées n’était pas un proche de la famille royale comme certains l’on écrit, mais un pauvre barbier polonais en proie aux hallucinations. C’était une chose de l’affirmer, mais une autre de le prouver au terme de plusieurs années d’enquêtes. L’auteur, doté d’indéniables dons de conteur, nous ramène dans le cloaque du Whitechapel de 1888, avant de repartir traquer l’ADN dans les laboratoires les plus modernes. Un sacré voyage, dont on ne revient pas indemne.

« Jack l’éventreur démasqué », de Russell Edwards, aux éditions l’Archipel, 21 €.

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