France Dimanche > Actualités > Igor et Grichka Bogdanoff : Un drame familial insoutenable !

Actualités

Igor et Grichka Bogdanoff : Un drame familial insoutenable !

Publié le 2 mars 2019

Igor et Grichka Bogdanoff, les jumeaux terribles de la télé française ont fait face coup sur coup aux décès des deux femmes de leur vie.

Ils provoquent parfois chez ceux qui les croisent un sentiment de crainte mêlé de perplexité. Qui sont réellement les jumeaux Igor et Grichka Bogdanoff, ces personnalités ultra-médiatisées ? Que cachent-ils derrière leur visage si marqué par le bistouri qu’ils ressemblent aujourd’hui au triste résultat d’expériences scientifiques ?

Il est indéniable que les deux créateurs, à la fin des années 70, de Temps X, intriguent. Une journaliste, Maud Guillaumin, s’est efforcée de percer leurs secrets, fouillant sans relâche dans leur labyrinthique CV pour mieux cerner ceux qu’elle décrit dans son ouvrage comme une seule et même entité. Fruit d’un travail d’enquête auprès de l’entourage de ces chercheurs passionnés qui, du haut de leur QI réputé supérieur à 190, se sont toujours acharnés à brouiller les pistes, Le mystère Bogdanoff, à paraître aux éditions de L’archipel, nous raconte leur roman familial. Les premières pages s’ouvrent dans le cadre enchanteur du château de Saint-Lary, dans le Gers, où ils sont nés, à quarante minutes d’écart, le 29 août 1949.

Entre autres révélations, le livre nous apprend qu’en 1982, Igor et Grichka ont été confrontés à deux drames successifs. En effet, tandis que, sur TF1, dans leurs superbes combinaisons spatiales, ils étaient au zénith du succès, Bertha, leur grand-mère adorée rendait son dernier souffle à l’âge de 92 ans. Une disparition suivie, à peine quatre mois plus tard, par celle de leur mère, Maya, qui s’éteignait des suites d’un fulgurant cancer des os. Cette seconde mort, brutale, leur est apparue si inacceptable qu’ils prétendront longtemps qu’elle n’avait pas survécu à une chute de cheval !

Ces femmes, les jumeaux terribles de la télévision les aimaient profondément. Mais il est clair qu’ils éprouvaient un attachement encore plus grand pour leur chère « Bertie ». Il faut dire que ce personnage haut en couleur et à l’imagination débordante a, en quelque sorte, été leur premier amour. Cette grand-mère a façonné ces deux êtres pour en faire ses « chefs-d’œuvre », les berçant d’illusions et de chimères. Ces êtres qu’elle a voulus exceptionnels n’ont, malgré leur intelligence – ou peut-être à cause d’elle –, pas accepté l’idée de la brièveté du passage sur cette terre : « Pour la première fois, leur univers s’écroule. À 33 ans, ni Igor, le père de famille rationnel et cartésien, ni Grichka, en perpétuelle réflexion, ne s’étaient préparés à cette disparition prévisible, explique encore Maud Guillaumin. Malgré le soutien de leurs proches, ils sont anéantis par le fait que cette grand-mère fantasque, qui les a élevés seule durant de longues années, s’est éteinte. » Pour ajouter à cet insoutenable chagrin, le château et les terres de leur enfance, dont la doyenne de la famille n’avait plus que l’usufruit, rachetés par le maire de Saint-Lary, sont alors cédés. En quelques mois, leur monde bascule…


Bertha, grande érudite, parlant le russe, l’allemand, le tchèque, l’italien, le français, le hongrois et le polonais, est un roc quasi indestructible qui, en 1925, alors mariée au comte de Colloredo-Mannsfeld et mère de quatre garçons, tombe follement amoureuse d’un ténor afro-américain, Roland Hayes. De ce coup de foudre, apparemment à sens unique, naît une petite fille métisse, Maria Dolores, surnommée Maya, que, dans un premier temps, le chanteur ne reconnaîtra pas. Plus tard, s’étant ravisé, il se verra refuser cet honneur par Bertie !

Très déçue d’avoir enfanté une fille et non un cinquième garçon, la comtesse n’en décide pas moins de quitter son pays, son mari et ses fils, et de partir, bébé sous le bras, s’installer en France, à Saint-Lary. Dans ce château du Moyen-Âge qu’elle achète et restaure – grâce à la rente que le comte, pas rancunier, accepte de lui verser ! –, cette femme de tête confie le plus souvent la petite Maria Dolores à des nounous, mettant un point d’honneur à entretenir le mystère de sa naissance et refusant même que la fillette l’appelle « maman ». Un manque d’affection qui n’empêche pas la gamine d’avoir un tempérament plutôt joyeux et de grandir tant bien que mal dans cette grande bâtisse au milieu d’un personnel en majorité slave.

Un jour de 1948, débarque au château Youra Bogdanoff, réfugié russe fraîchement arrivé d’Espagne sur les recommandations d’un ami de la comtesse, le prince Irakli Bagration. Bertie n’apprécie guère celui qu’elle considérera toujours comme un vulgaire garçon de ferme, mais très vite, Maya et le jeune homme tombent amoureux. Et le 29 août de l’année suivante, quand sa fille accouche des jumeaux, elle est folle de joie. « Et si, enfin, elle pouvait réaliser son rêve et faire de ses deux petits-fils les exemples de perfection à laquelle elle aspirait au moment d’accoucher vingt-trois ans plus tôt ? s’interroge la biographe. Si le ciel lui avait enfin apporté les “merveilles” qu’elle espérait tant ? »

Ces « merveilles », qui ont hérité de leur imposante grand-mère l’art d’enjoliver leur histoire et de croire à leurs propres chimères, vivent des premières années difficiles.

Car Bertie, estimant que ces futurs génies n’ont besoin que d’elle pour grandir, chasse leur père qui se plie à la volonté de la grande dame ! Youra parti, Maya finit elle aussi par quitter le château, et trouve le réconfort auprès de Pierre Davant, un voisin, laissant les deux petits à sa mère. Quoique le couple vive dans une misère extrême, au bout d’un an, la jeune maman exige la garde de l’un de ses enfants. Étonnamment, l’irascible aïeule accède à cette demande. Et c’est ainsi que l’on sépare les jumeaux, Grichka partant vivre avec Maya et Pierre. « Igor a certainement souffert de ne pas retrouver sa mère, écrit encore Maud Guillaumin. […] Cela a été terrible pour Grichka. D’autant que les conditions de vie dans cette ferme étaient effroyables. » La santé fragile de son fils pousse finalement Maya à rentrer au château et à réunir les garçons.

Neuf ans plus tard, coup de théâtre : exit Pierre Davant, Youra Bogdanoff revient sur le devant de la scène… Et le Russe autrefois congédié de donner à Maria Dolores quatre autres enfants : François, Laurence, Géraldine et Véronique !

Pour autant, de cette période fort troublée, Igor et Grichka ne retiendront que le meilleur et se garderont bien d’en vouloir à leur grand-mère adorée, préférant lui être reconnaissants de sa présence et de son éducation.

« Celle qu’ils décrivent comme “le personnage essentiel de leur vie”, écrit à ce sujet leur biographe, aura pourtant pu assister à leur succès, fière des principes qu’elle leur avait inculqués. »

Clara MARGAUX

À découvrir