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Pierre Perret : A 85 ans, il cogne encore !

Publié le 12 juillet 2020

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Si certains pensaient que Pierre Perret avait pris sa retraite, ils se trompaient : le poète anar revient, révolté comme toujours…

En effet, le temps a beau passer, cet homme de chansons et de lettres n'a jamais abandonné les concepts auxquels il croyait dans sa jeunesse, et qui l'ont toujours inspiré durant sa magnifique carrière. Il suffit de se souvenir de quelques titres qu'il a chantés, dont certains sont véritablement devenus des emblèmes, pour comprendre à quel point cet artiste a toujours défendu l'irrévérence et l'insolence !


Son titre La Cage aux oiseaux, qui date de 1971, inspiré de l'histoire vraie d'un prisonnier américain qui avait ouvert les cages d'une oisellerie juste après être sorti de prison, avait eu un tel retentissement que les enfants, en masse, avaient libéré leurs perruches et autres canaris des mois durant ! Les Jolies Colonies de vacances, qui décrivaient en 1966 le cadre tristounet des gosses livrés aux mains de moniteurs plus ou moins zélés durant l'été, avait été censuré durant six mois sur les ondes radio ! Mentionnons bien sûr Le zizi, paru en 1975, qui avait créé le scandale, les pro et les anti-Perret se livrant bataille… Qui ne connaît pas son tube Lily, qui raconte l'histoire tragique d'une jeune Somalienne arrivée dans la capitale, confrontée au racisme ? « On la trouvait plutôt jolie Lily / Elle arrivait des Somalies Lily / Dans un bateau plein d'émigrés / Qui venaient tous de leur plein gré / Vider les poubelles à Paris. Elle croyait qu'on était égaux Lily / Au pays d'Voltaire et d'Hugo Lily […] »

« Aujourd'hui, dans toutes les écoles, cette chanson est apprise aux enfants, très jeunes. […] Et c'est là qu'il faut que ça démarre ! Les gosses, je crois qu'on ne leur apprend jamais assez tôt ces valeurs-là », a déclaré son créateur, très ému, au cours de l'émission C à vous, le 18 juin. Après avoir montré une jolie séquence filmée quarante-trois ans plus tôt, où l'on voyait Pierrot interpréter ce titre phare, l'artiste a ajouté : « J'y crois toujours et je ne m'arrêterai jamais ! »

Et quand Pierre Perret dit « jamais », il ne triche pas. La preuve, alors que, durant la période de confinement, de nombreux artistes ont décidé de partager au quotidien des moments intimes, Perret, lui, s'est tu. Dans le silence, il a travaillé. Il a bien sûr suivi les événements à la télévision, les déclarations de tel ou tel sur la pandémie, les affirmations d'un autre, les conseils, les contradictions… Et, n'y tenant plus, face à tant de brouhaha et de confusion, il n'a pu faire autrement que de prendre sa plume et d'adresser un nouveau message, en chanson bien sûr, à son public.

Comme, avec lui, l'humour n'est jamais loin, même quand l'heure est grave, il l'a appelée Les Confinis… « Pendant qu'les infirmières mouillaient la chemise / Qu'les infirmiers faisaient suer l'burnous / Pendant qu'ils couraient tous dans la panade / Dans les couloirs encombrés de macchabées / Les cherchez pas pour soigner les malades / Tous les docteurs étaient à la télé […] »

« Cette période était incroyable, avec une bande d'abrutis chargés de gérer tout ça… il y a beaucoup de gens immatures dans les décideurs et c'est fort dommage pour les gens qui en pâtissent », a-t-il confié à France Bleu. Vous l'avez compris, Pierrot a trempé sa plume dans une vraie colère, écœuré de la façon dont les soignants ont été traités durant le confinement, avec « Les infirmières qui gagnent des clopinettes ». Tous les responsables en prennent pour leur grade dans sa chanson, comme la porte-parole du gouvernement, Sibeth Ndiaye : « Elle s'appelle Sibeth / Y'en a qui pensent qu'elle porte bien son nom »… « Je me régalais en (la) voyant, avec son masque de travers disant qu'elle ne savait même pas le mettre », a expliqué Pierre Perret dans les colonnes du Parisien. Mais il fustige aussi les hommes politiques, qualifiés de « petits marquis », qui selon lui devraient « avoir honte » : « La dignité chez vous elle est en deuil », chante-t-il, ne mâchant pas ses mots. Scandale encore, pour Pierre, la façon dont les autorités ont traité nos aînés : « Ils étaient prêts à sacrifier les vieux ! Quelle immoralité… On doit aider chaque être humain jusqu'au bout, qu'il ait 8 ou 88 ans », a-t-il expliqué au Parisien.

En publiant sa chanson sur Internet, l'artiste pensait seulement faire plaisir à sa femme. Quinze jours plus tard, il y avait près de deux millions de vues et des tonnes de commentaires enthousiastes et élogieux ! Signe que l'artiste n'a renoncé à rien de ce qui le fait vibrer, le 24 juin dernier, il a sorti un nouveau livre, Aphorismes and blues (éd. Irfan le Label), un concentré de courtes phrases, telle « Les paroles ont une portée que le fusil n'atteint jamais », qui marquent l'esprit par la précision de leur propos. Côté chansons, il a prévu d'emmener sa poésie pour deux concerts salle Pleyel, à Paris, les 10 et 11 octobre prochains, avant de partir pour une tournée d'une cinquantaine de dates, appelée Mes Adieux provisoires… « Ça dit bien ce que ça veut dire, je me laisse le droit de changer d'avis », a-t-il confié le 11 juin sur les ondes de France Bleu.

Espérons, en effet, que ce sera le cas. Que ce grand poète et humaniste ait envie encore longtemps de prendre la parole et de dire ce qu'il a sur le cœur. Pour notre plaisir, bien sûr, mais aussi pour notre santé mentale à tous.

Laurence PARIS

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