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Adieu Charles Aznavour…

Publié le 1 octobre 2018

Ce lundi 1er octobre, Charles Aznavour nous a quittés…

Tremblement de terre sur la scène française. Ce lundi 1er octobre, le dernier géant de la chanson française est tombé. Après plus de 70 ans de carrière, c’est dans sa maison dans les Alpilles que Charles Aznavour a poussé son dernier soupir à l’âge de 94 ans. La cause de cette mort serait naturelle. Il aurait succombé après une insuffisance cardio-respiratoire.

Derrière lui, l’interprète inoubliable et irremplaçable de « Mourir d’aimer » laisse 800 chansons, 1 200 chansons enregistrées en huit langues et plus de 180 millions de disques vendus dans le monde… Il faut dire que l'homme a commencé très tôt à tisser des liens étroits avec l’art de la scène. 

Né le 22 mai 1924 à Paris d’une famille arménienne, le petit Charles Aznavour grandit entouré d’artistes. Il est le fils de Micha Aznavourian, un ancien baryton né en Géorgie, et de Knar Baghdassarian, une comédienne native de Turquie, qui sont de passage en France en attendant un visa pour les États-Unis. 

Entre les Aznavourian et Paris pourtant, c’est le coup de foudre. La famille décide d’y emménager définitivement et de fonder leur propre restaurant, « Le Caucase ». Fréquenté par les artistes, Charles Aznavour y chante régulièrement en compagnie de sa sœur Aida… jusqu’à ce que Micha Aznavourian mette la clef sous la porte. Suite à ce triste événement, le père de Charles décide d’ouvrir un café sur le trottoir en face de l’Ecole des enfants du spectacle où Charles Aznavour s’inscrit. Le chanteur a seulement neuf ans quand il décide de raccourcir son nom pour la scène. L’artiste Charles Aznavour est né. 

Sur les bancs de l’école des artistes, celui qui deviendra un ponte de la chanson française rencontre Pierre Roche. À l’époque, ce dernier est « un homme dégingandé et un pianiste hors-pair » comme aime à  le décrire Charles Aznavour dans son autobiographie sortie en 1970, « Aznavour par Aznavour », avant d’ajouter : « Ensemble nous commençâmes à composer pour nous puis pour les autres quelques chansons. » 

En 1946, le duo se fait repérer par l’une des plus grandes stars de la chanson française : Edith Piaf. Elle invite le duo Roche et Aznavour à l'accompagner en tournée, avec les Compagnons de la Chanson, à travers la France et l'Amérique du Nord. Le périple de ce duo continue encore pendant un an et demi au Québec où ils se produisent et sortent, ensemble, six 78 tours jusqu’en 1950.

Si Roche décide de rester de Canada, Aznavour se fait recruter par Edith Piaf comme régisseur et chanteur pour ses premières parties. Leur collaboration dure 8 ans. Huit longues années durant lesquelles Charles Aznavour lui écrira quelques titres comme « Plus bleu que tes yeux » et « Jezebel »… Elle le met également en relation avec Gilbert Bécaud pour lequel le chanteur a écrit de nombreuses chansons comme « Un nouveau printemps tout neuf » et « Ça ! (C’est formidable). ». 

À propos de cette période, le chanteur confiait en 1970 : « Je commençais à me faire un petit nom mais plus en tant qu’auteur compositeur ». Car en tant que chanteur, Aznavour n’arrive pas à percer : « Quels sont mes handicaps ? Ma voix, ma taille, mes gestes, mon manque de culture et d’instruction, ma franchise, mon manque de personnalité. Ma voix ? Impossible de la changer. Les professeurs que j’ai consultés sont catégoriques : ils m’ont déconseillé de chanter. Je chanterai pourtant, quitte à m’en déchirer la glotte. […] De la ténacité j’en ai eu, et elle a payé. »

En 1960, la roue du destin tourne en sa faveur… Cette année-là, le jeune homme  interprète la chanson « J’me voyais déjà » qu’Yves Montand avait refusé de chanter. Après sa prestation, le public reste de marbre. En coulisse, Charles Aznavour s’effondre. De retour sur scène pour saluer la foule une dernière fois, cette dernière l’accueille avec un tonnerre d’applaudissements. C’est le premier pas de ce géant dans la cour des grands. 

De 1960 à 1970, Charles Aznavour, en contrat avec Barclay, enchaîne les tubes et marque les esprits. Soixante ans après leur sortie, tous les Français fredonne encore ces chansons devenues classique dans la chanson française : Les comédiens (1962), La mamma (1963), Et pourtant (1963), Hier encore (1964), For me formidable (1964), La bohème (1965), Emmenez-moi (1967) et Désormais (1969). 

Depuis cette période dorée, son talent n’a jamais été remis en question. Après avoir conquis l’Hexagone, c’est le monde entier qu’il va réussir à séduire jusqu’à obtenir en 2017 son étoile sur Hollywood Boulevard. « Numéro un à Paris, oui. Mais si je ne suis que le dixième ou vingtième à New-York, ce n’est plus du tout intéressant. Même si mon étoile brille de Lille à Bordeaux ou à Bayonne. Moi ce que je veux, c’est toute la planète », écrivait-il en 1970.

Un rêve qu’il a continué de poursuivre malgré son grand âge. À 94 ans, Charles Aznavour enchaînait encore les dates de concerts à travers le monde. Interrogé à ce sujet par un fan, Charles Aznavour avait confié :  « À mon âge, la vue baisse, je n’entends pas comme avant, je n’ai plus de mémoire, mais je vais chanter quand même. »

Aujourd’hui, aucun doute que son étoile continue de briller… du ciel.

Julia NEUVILLE

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