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Adieu Claude Rich : Le dernier Tonton flingueur s’est fait la malle

Publié le 2 août 2017

Cet acteur sensible, Claude Rich, dont le charme et l’élégance ont traversé avec grâce les années, a tiré sa révérence le 20 juillet dernier.

Il restait avec le vétéran Michel Bouquet, 91 ans, l’un des derniers monstres sacrés du cinéma et du théâtre français, capable d’entamer, à un âge où d’autres croupissent en maison de retraite, une tournée à travers la France, régalant des salles combles de son jeu subtil et habité. C’était son élixir de jouvence. « Sur scène, on n’a plus aucun souci, confiait-il à Télérama en 2009. Ni maladie… » Claude Rich est sorti de scène comme il a vécu : en toute discrétion, après un long combat contre le cancer, à l’âge de 88 ans.

->Voir aussi - Claude Rich : Le comédien est mort

Souvenez-vous. Dans Les tontons flingueurs, la comédie désormais culte de Georges Lautner, sortie en 1963, il joue le fils de bonne famille avec une sacrée dose de désinvolture. Il faut bien l’avouer. Lorsque l’on a hérité comme lui d’un physique de garçon bien élevé du XVIe, déclamer du Audiard dans le texte face au très bourru Lino Ventura, qui lâche, au comble de l’exaspération : « Il commence à me les briser menu », ça relève carrément de la performance d’acteur.

Un des derniers rôles au cinéma en 2011
Un des ses derniers rôles au cinéma, en 2011 "Et si on vivait tous ensemble ?"

Et augure d’une belle carrière pour le comédien, qui s’installe comme une figure familière du cinéma français. Non, le très élégant Claude Rich, surnommé « l’acteur qui sourit » dans la profession, n’a pas grandi à l’ombre du Trocadéro, mais dans un coin de Paris où sévit, avant la guerre, une douce bohème, le Quartier latin.

Trublion chic

C’est sur le Boul’Mich, dans un appartement sans confort, que ce natif de Strasbourg va passer une partie de son enfance, avant d’être envoyé en pension après le décès de son père, ingénieur. Sa mère, très dévote, espère bien le voir entrer au séminaire, ce qui tente un temps ce fervent catholique. Mais c’est au théâtre qu’il choisit de se vouer. Dans l’établissement scolaire nommé le Gai-Savoir, Claude Rich monte ses premiers spectacles de marionnettes grâce à un professeur qui lui transmet son goût pour les planches.

À la fin de sa scolarité, après s’être fait recaler au bac, pour aider sa maman qui a du mal à boucler les fins de mois, Claude travaille comme employé de banque, tout en suivant les cours de Charles Dullin. Avec son phrasé inimitable, sur scène, il fait mouche et intègre avec succès le Conservatoire, où il a pour professeur Pierre Dux et pour camarades de promo Jean Rochefort et Jean-Pierre Marielle, avec lesquels il partage un humour très pince-sans-rire.

Avec Louis de Funès dans
Avec Louis de Funès dans "Oscar"

Rapidement, après quelques pièces où il prouve tout son potentiel, le jeune homme s’impose dans le rôle du trublion chic un brin snob. Après Les tontons flingueurs, c’est dans Oscar, face à de Funès, qu’il fait des étincelles. Cette élégance dans la décontraction n’échappe pas à Alain Resnais, cinéaste prodige étiqueté intello, qui lui offre, en 1968, l’un de ses plus grands rôles dans une romance fantastique, Je t’aime, je t’aime. Il y interprète un homme rescapé d’une tentative de suicide à qui des scientifiques offrent de voyager dans le temps.

Avec cet étrange et poétique long-métrage, le réalisateur d’Hiroshima mon amour est en compétition au Festival de Cannes. À l’époque, on murmure qu’il pourrait bien être couronné de la palme, et Claude, décrocher un prix d’interprétation. Mais c’était compter sans les fameux événements de mai. Le film de Resnais ne sera d’ailleurs même pas projeté. Un gros rideau rouge tiré par François Truffaut tombera sur l’écran, privant le comédien déjà âgé de 39 ans d’une reconnaissance bien méritée.

Sentimental

Dans
Dans "Astérix" il incarne le druide Panoramix

L’on comprend mieux pourquoi, dans les années 70, l’acteur s’éloigne du 7e art pour le théâtre. Jusqu’à ce qu’il revienne crever l’écran pour collaborer à de nombreux films en costumes : Le crabe-tambour (1976), Le souper (1992), qui lui vaut le César du meilleur acteur l’année suivante, Le colonel Chabert (1994), La fille de d’Artagnan (1994), Capitaine Conan (1999), Astérix et Obélix : mission Cléopâtre (2002)…

À la télévision, il prêtait volontiers sa fine causticité à des rôles de personnages illustres : Galilée, Léon Blum ou Voltaire. Au total, une cinquantaine de pièces et près de 80 films, pour une carrière longue de plus de soixante années très bien remplies. Chapeau l’artiste !

Côté cœur, ce sentimental se marie avec l’actrice Catherine Renaudin en 1959. Entre eux, c’est l’alchimie parfaite. Ensemble, ils élèveront deux filles : la comédienne Delphine Rich et la plasticienne Natalie Rich-Fernandez. Ils adopteront aussi un garçon, Rémy. Accompagné de son clan, Claude Rich n’aimait rien tant que la quiétude de sa maison d’Orgeval, dans les Yvelines, achetée en 1957 avec ses premiers cachets. Une bâtisse où le temps semblait s’être arrêté, pleine de beaux objets patinés que le maître des lieux, en fin esthète, chinait chez les antiquaires avec un goût certain.

Entouré de ses souvenirs, il y passait le plus clair de son temps à relire Céline, Kafka ou Proust et à jardiner. Grand-père attendri, il pouvait s’émerveiller pendant des heures devant les dessins de ses petits-enfants, auprès desquels il s’amusait tant…

Ces derniers temps, ce séminariste contrarié qui confessait aller à la messe tous les dimanches disait penser à l’au-delà avec une « certaine sérénité ». « Comme disait Louis Jouvet, nous exerçons un métier de vanité, avait-il confié un jour. Mais n’oublions pas que la conclusion de tout ça, c’est la mort. Heureusement, Dieu existe ! »

C’est donc sage de ce constat métaphysique que ce dandy Claude Rich est parti rejoindre ses « Tontons » de cinéma, Lino Ventura, Francis Blanche et Bernard Blier, au paradis des comédiens, pour l’éternité…

Sophie Marion

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