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Adieu Dora Doll : Aucun de ses partenaires ne lui résistait !

Publié le 24 novembre 2015

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De Jean Gabin à Marlon Brando, en passant par Raymond Pellegrin qui l’avait épousée, cette � bombe anatomique les mettait tous à ses pieds.

Quand on porte depuis sa naissance le nom de Dorothea Hermina Feinberg et que l’on souhaite faire carrière dans le cinéma français, il semble préférable de se trouver un pseudonyme ! C’est exactement ce qu’a fait cette fille de banquier russe, née en Allemagne en 1922 parce que son père avait été chassé de son pays par la révolution de 1917. Et c’est ainsi qu’elle est devenue Dora Doll.

Doll, en anglais, signifie « poupée », et notre Dora en était une superbe : crinière blonde comme les blés d’Ukraine, sourire éclatant entrouvrant des lèvres pulpeuses, corps exubérant d’une chair épanouie, pour ne pas dire plantureuse. Bref, un « canon », comme on ne disait pas encore à l’époque de sa jeunesse, quand, dans le Paris troublé de la fin des années 30, Dorothea ne pensait qu’à une chose : devenir comédienne. Inscrite comme auditrice au cours dispensé par Louis Jouvet au Conservatoire, elle a la chance insigne que l’illustre comédien la prenne en sympathie (tu m’étonnes !) et chaperonne ses débuts sur scène.

La guerre qui éclate balaie les ambitions de la jeune débutante, et ce n’est qu’à la Libération que, revenue de la zone dite libre, elle pénétrera enfin dans ces studios de cinéma qui la font tellement rêver. Elle ne pouvait pas deviner, sans doute, qu’elle n’allait plus les quitter durant les quelque soixante-dix ans à venir !

Elle s’est éteinte à 93 ans,
après plusieurs années de pauvreté, presque de misère…

Bien sûr, d’une certaine manière, on peut dire que Dora Doll ne réalisera jamais son rêve d’adolescente, celui de devenir une tête d’affiche, une star. Mais, de troisièmes rôles en seconds rôles, elle s’installera à demeure dans le paysage du cinéma, puis de la télé, retenant l’attention et la bienveillance des spectateurs par cette sensualité pétillante et cette joie de vivre qui semblaient émaner d’elle aussi naturellement que la source du sous-bois.

Dora Doll se marie avec Raymond Pellegrin en 1949. Elle lui donnera une ravissante petite fille, Danielle.

Du reste, les spectateurs ne sont pas les seuls, dès les années 40, à repérer la nouvelle venue : les comédiens aussi tombent sous son charme, et pas n’importe lesquels ! En 1949, après un coup de foudre aussi éclatant que réciproque, Dora devient, à la ville, madame Raymond Pellegrin, à qui elle donnera une fille, Danielle, dès l’année suivante. Ils divorcent en 1954, mais déjà le cœur de la volcanique comédienne est parti battre ailleurs.
Car 1954, c’est l’année où Jacques Becker fait d’elle la Lola de son film phare : Touchez pas au grisbi. Sur le plateau, la belle blonde fait instantanément pétiller l’œil azur de Jean Gabin… avec qui elle vivra une liaison passionnée durant deux ans ! Et qu’elle retrouvera devant les caméras pour le French Cancan de Jean Renoir.
Car si la plastique de Dora Doll séduit facilement ses partenaires masculins, son talent d’actrice attire les metteurs en scène de renom, et pas seulement français : en 1958, Edward Dmytryk la choisit pour jouer dans son chef-d’œuvre, Le bal des maudits, au côté du jeune et éblouissant Marlon Brando. Et que croyez-vous qu’il arriva ? Eh oui : ce fut Marlon qui succomba ! Enfin, disons qu’ils succombèrent tous les deux et n’en parlons plus…
Du reste, à cette époque, Dora passa très près d’une grande carrière internationale. C’était le temps où Hollywood lui faisait les yeux doux. Dora Doll s’est alors offert le luxe de refuser un contrat fabuleux : 5 millions par film !

Touchez pas au Grisbi en 1953, un film de Jacques Becker, avec Michel Jourdan, Denise Clair, Jean Gabin, Dora Doll, Jeanne Moreau et René Dary

Simplement parce que, après six mois passés dans la capitale mondiale du cinéma, elle a préféré revenir en France, auprès de sa fille Danielle. Une décision qu’elle a peut-être regrettée quand, longtemps après, devenue une vieille dame et ayant finalement mis fin à sa carrière en 2007, cette « cigale » de 85 ans s’est retrouvée quasiment dans la misère, comme elle l’avait confié à France Dimanche, en 2011, dans l’une de ses toutes dernières interviews.
« Je ne sais pas compter, nous avait-elle alors expliqué. J’ai une petite retraite et je ne m’en sors pas. Je suis victime du crédit revolving. Une fois que j’ai payé le loyer, le gaz, l’électricité, il ne me reste pas grand-chose pour vivre. Une assistante sociale est venue me voir pour m’aider à m’y retrouver, mais je ne sais même pas où j’ai mis mes feuilles de paie ! »

En 2012 encore, un article du Point montrait du doigt la misère dans laquelle s’était retrouvée du jour au lendemain celle qui a si longtemps brillé sur nos écrans. Retirée en Camargue, à Saint-Gilles, dans le département du Gard, bénéficiant d’une pension bien trop faible pour subvenir à ses besoins, et sans économies, Dora Doll aura vécu jusqu’au bout dans un bien triste dénuement. Mais sans jamais rien perdre de cet optimisme qui était sa nature profonde.

Dora s’est éteinte chez elle, le 15 novembre, peu avant minuit, dans la maison qu’elle partageait avec sa fille. Pour s’en aller rejoindre ses célèbres soupirants de cinéma…

Pierre-Marie ELSTIR

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