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ADIEU FRANCE GALL : Engloutie par les drames de sa vie !

Publié le 24 janvier 2018

Dimanche 7 janvier dernier, France Gall, hospitalisée depuis le 19 décembre, rendait son dernier soupir dans les bras de son fils, Raphaël.

Août 2000. Depuis le décès de sa fille Pauline, trois ans plus tôt, elle n’est pas remontée sur scène. Lasse, brisée par le chagrin, l’artiste n’a plus le cœur à chanter. Elle a seulement besoin de calme, de nature, de silence.

Pourtant, ce 12 août, le public, venu écouter Johnny Hallyday à l’Olympia, a l’immense surprise de voir apparaître sur la scène sa frêle silhouette blonde. Pour son ami, et en hommage à son grand amour disparu, Michel, France Gall a en effet accepté d’interpréter en duo Quelque chose de Tennessee, que Berger avait composé pour le rocker en 1985.


Elle y met tant d’émotion et de ferveur qu’à la fin, le Taulier lui glisse à l’oreille : « Putain, t’as failli me faire chialer ! »

Elle renouvelle la performance trois jours plus tard. A-t-elle à cette occasion, et comme l’espérait Johnny, retrouvé l’envie d’avoir envie ? Non. Ces brèves prestations seront ses adieux à la scène.

“Mal intérieur”

Le rocker rejoint le « Paradis blanc » cinq semaines avant elle, comme s’il avait voulu prendre de l’avance pour l’y accueillir… Souhaitons que ces deux-là se soient retrouvés aussi proches qu’ils l’étaient ici-bas. Une mince consolation au regard du vide immense qu’ils laissent dans le cœur de leur public et de leur entourage. Comme en a témoigné David Hallyday sur son compte Instagram : « Quelle fin et début d’année difficile ! Je ne repenserai jamais assez à ces moments passés avec toi, France, cette belle rencontre artistique ! Quelle belle personne tu as été, nos conversations sur la vie en général, sur la musique… merci ! »

Tout comme Johnny, France aura donc, elle aussi, fini par succomber au cancer. Celui du sein, qui s’était déclaré en 1993, quelques mois après la disparition de Michel Berger. « La concrétisation de mon mal intérieur », expliquait-elle alors. Mais l’interprète de Résiste avait su appliquer à sa vie les paroles de ce tube écrit en 1981. Dans sa maison, située au large de Dakar, elle a tenu bon, et « vécu » sa douleur. Tant qu’elle l’a épuisée.

“Une vie plus douce”

Comme elle l’a confié, des années plus tard : « J’en suis arrivée à ce que plus rien ne m’attriste véritablement. Je peux penser à ma fille sans tristesse, ainsi qu’à Michel, sans aucun chagrin. »

Élément essentiel de cette reconstruction, son dernier grand amour, Bruck Dawit, qu’elle a connu en 1995, lors d’un séjour en Californie. Avec cet ingénieur du son, Américain d’origine éthiopienne, elle partage une belle complicité musicale et, l’année suivant leur rencontre, enregistre à ses côtés France, son ultime album.

En 2001, elle offre un très beau cadeau à ses fans : une émission autobiographique. Son enfance, sa carrière et même la mort de Pauline sont évoquées dans ce portrait poignant, intitulé France Gall par France Gall, et diffusé le 9 octobre sur France 3. Si elle a renoncé à chanter, pas question en revanche que l’œuvre de Michel tombe dans l’oubli.

Pour les dix ans de sa disparition, elle supervise avec Raphaël, leur fils, l’intégrale de son œuvre, et publie un magnifique album photographique, Michel Berger, si le bonheur existe, dont elle a écrit les textes. Peu à peu, France renoue avec le monde. Au côté de Mona Chasserio, qui a fondé l’association Cœur de femmes, la chanteuse se bat pour venir en aide à toutes celles qui, comme elle, ont été malmenées par l’existence.

« Si on me proposait de revivre la même vie, je dirais non. La prochaine fois, je demanderais à avoir une vie plus douce », confiait-elle en 2004 au Parisien. Il n’empêche, elle va mieux, comme en témoignent le lumineux sourire revenu sur ses lèvres
et ses voyages réguliers à Paris afin de mettre sur pied les différents projets dans lesquels elle s’investit.

Ainsi, en 2007, elle anime et met en scène l’émission Tous… pour la musique, diffusée sur France 2, dans laquelle le gratin de la scène française (Johnny, Vanessa Paradis, Françoise Hardy, etc.) reprend les titres de Berger. Deux ans plus tard, elle présente sur la même chaîne Starmania, une histoire pas comme les autres, poursuivant inlassablement son but : faire exister l’œuvre de Michel.

Pensait-elle alors déjà à cet incroyable hommage qu’elle lui rendra à partir de novembre 2015 ? Peut-être avait-elle déjà commencé à mettre au point dans un coin de sa tête ce qui sera son œuvre la plus personnelle : la comédie musicale Résiste, dans laquelle France revisite les succès de son homme.

Discrète et généreuse

Un titre un peu trop bien choisi, car c’est justement en 2015 que le cancer se remet à la ronger. Malade, fatiguée, France, aidée par Bruck, résiste en effet, mobilisant tout ce qui lui reste d’énergie pour concevoir et diriger ce spectacle réunissant douze chanteurs-comédiens, douze danseurs et cinq musiciens.

Pendant deux mois, le show fait carton plein au Palais des Sports, à Paris, avant de partir en tournée dans tout le pays. Comme vient de le confier, très ému, le metteur en scène Ladislas Chollat au micro de France Info : « Elle a été incroyablement présente sur les dates. Elle venait saluer à la fin de quasiment chaque spectacle. Tant qu’elle a pu le faire, elle était là, elle était avec nous tous. »

Depuis l’annonce de sa mort, dans les bras de son fils Raphaël, dimanche 7 janvier, à l’hôpital américain de Neuilly, où elle se trouvait depuis le 19 décembre, les hommages pleuvent. Des messages d’amour de ses fans comme de ses proches qui ont connu, côtoyé et apprécié la femme humble, discrète et généreuse qu’était France dans la vie.

« Je n’arrive pas à l’imaginer morte. C’est vraiment une grande tristesse », déclarait ainsi Jane Birkin. Outre le fait d’avoir toutes deux inspiré Serge Gainsbourg, elles ont été unies par une douleur commune : la perte d’un enfant, épreuve que Jane a connue en 2013, avec la mort de sa fille aînée, Kate.

« Je l’ai écoutée beaucoup, je l’ai vue souvent sur scène, et elle m’a beaucoup impressionnée comme chanteuse », a témoigné Françoise Hardy. Mais c’est peut-être le tendre adieu de Julien Clerc qui résume le mieux ce que ressentent aujourd’hui tous ceux, et ils sont nombreux, qui aimaient l’interprète de Si, maman si : « France, nous avions 20 ans, des bonheurs, des chagrins. Une part de ma vie s’en va avec toi. »

Lili CHABLIS

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