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ADIEU FRANCE GALL : Et la chrysalide devint papillon…

Publié le 26 janvier 2018

En 1974, France Gall rencontre celui qui va changer sa vie et la hisser au sommet de son art… Avec Michel Berger, l’osmose est très vite aussi intime qu’artistique.

Il est des êtres exceptionnels qui laissent à tout jamais leur empreinte sur le monde. Des talents si extraordinaires qu’ils transcendent les foules, leur procurent une joie pure et sans retenue. France Gall était de ces artistes, de ces élus qui, malgré leur disparition, ne cesseront jamais de vivre dans nos cœurs.

Il était d’ailleurs frappant, à l’annonce de sa mort le dimanche 7 janvier, d’entendre résonner à nos oreilles, presque malgré nous, les tubes qui ont jalonné sa carrière, un parcours empli de succès qui s’est pourtant arrêté il y a tout juste vingt ans. Partout, sur les réseaux sociaux, ou tout simplement au côté de proches et d’amis, nos voix se sont naturellement élevées pour entonner Si, maman si, Évidemment, Résiste, Babacar ou encore Ella, elle l’a et tant d’autres…

“Cœur brisé”

Une réaction unanime qui surprendrait sûrement la douce France, qui ne se souciait pas de laisser son œuvre lui survivre, bien au contraire : « Qu’il reste quelque chose de moi m’indiffère, expliquait-elle dans le magazine Paroles et musiques en 1987. Je ne suis pas comme ces personnalités politiques qui éprouvent le besoin de faire bâtir un monument afin de laisser une trace tangible de leur passage : moi, je ne construis que ma vie… »


Une vie qui fut, comme on le sait, marquée par les épreuves et les drames. Mais aussi, – parce qu’il vaut mieux commencer par évoquer les événements les plus heureux –, par une grande rencontre. Une rencontre qui a fait de la petite Poupée de cire moquée par un Gainsbourg facétieux, de l’icône yé-yé aux allures d’oie blanche du concours de l’Eurovision de 1965, une grande artiste, sûre de ses choix et de ses désirs.

Et celui qui a transformé la chrysalide en papillon, c’est bien sûr Michel Berger !1974 : l’auteur, compositeur et producteur ne se remet toujours pas de sa rupture d’avec Véronique Sanson. Cette dernière l’a « largué » trois ans plus tôt, sans crier gare, « victime » d’un coup de foudre fulgurant avec la star américaine Stephen Stills. En moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, Véro s’est envolée vers les États-Unis avec le leader du groupe Crosby, Stills, Nash and Young, sans donner d’explication, sans même prendre la peine de dire adieu à Michel !

Depuis cette séparation brutale, l’auteur de Cœur brisé, un album qui reflète l’état de son âme à l’époque, ne sort plus et s’enfonce dans le travail. Il est ravagé par la dépression, mais cette souffrance aiguë, destructrice, lui insuffle malgré tout une créativité foisonnante. Muré dans ses souvenirs, incapable de faire autre chose que s’étourdir de musique, Berger ne prend pas la peine d’ouvrir et de lire les nombreuses lettres que ne cesse de lui envoyer une certaine France Gall.

Subjuguée par le talent de l’homme qui a relancé la carrière de Françoise Hardy, en lui écrivant le sublime Message personnel, elle rêve de collaborer avec lui. La jeune femme l’a découvert à la radio, lors d’un trajet en voiture. En entendant Attends-moi, le choc a été tel qu’elle s’est arrêtée pour s’imprégner de chaque note, tout en murmurant : « Voilà la musique que j’espère depuis des années… »

Si seulement ce grand créateur acceptait de lui écrire des textes et des mélodies plus profondes et touchantes que Poupée de cire, poupée de son ou Sacré Charlemagne ! France ne se laisse pas impressionner par le silence du musicien.

Elle insiste… Il refuse ! Elle persiste… Il hésite !

Au bout de six longs mois, la chanteuse réussit enfin à le faire céder. Elle n’est alors qu’une débutante à la voix juste et posée, certes, mais aussi un peu nasillarde, sans subtilité. Reste que son charme est indéniable, et surtout, en plus d’avoir un ravissant minois, la jeune fille possède une capacité de travail et une volonté de progresser extraordinaires. Et la musicalité naturelle de la fille de Robert Gall, auteur entre autres de La mamma pour Charles Aznavour, est incontestable…

“La déclaration d’amour”

Leur première collaboration s’appelle La déclaration d’amour, suivie de l’album France Gall, sorti en 1976. Bien vite, l’ancienne yé-yé tombe sous le charme de son bon génie au regard doux, qui manie aussi bien la musique que les mots. Elle ne résiste pas à ce garçon si discret, si pudique et à la voix si douce, dont le plus grand talent est d’en trouver aux autres et de les révéler au travers de ses sublimes compositions.

Pour celle qui avait connu le feu des sentiments avec Claude François et une relation fusionnelle avec Julien Clerc, cette rassurante osmose avec l’auteur de Seras-tu là ? tombe à point nommé.

Le 22 juin 1976, Michel Berger et France Gall se marient à Paris dans la plus stricte intimité. Pour ce couple qui va bien vite devenir mythique, la vie privée est sacrée et inviolable. Ils installent leur passion loin de la capitale et des soirées huppées, à Rueil-Malmaison, en banlieue parisienne, dans une belle maison qui leur ressemble et où ils se sentent bien.

Pour la première fois de sa vie, Michel est apaisé, heureux de se sentir aimé. Cette tendre félicité va lui permettre de se lancer de nouveaux défis artistiques, dont un opéra rock avec Luc Plamondon, parolier de Diane Dufresne, et un jeune espoir de la chanson française, Daniel Balavoine. Il compose en secret pendant trois ans, et le 16 octobre 1978 sort le disque Starmania.

Le succès est retentissant : double album d’or en France et n° 1 des ventes au Canada pendant vingt semaines, ses tubes vont donner naissance à la comédie musicale que l’on sait, interprétée depuis sur les scènes du monde entier.

Et comme un bonheur n’arrive jamais seul, France, qui cartonne aussi de son côté avec Viens je t’emmène, paroles et musique signées comme il se doit par son cher et tendre, donne naissance à Pauline, le 14 novembre de la même année. Deux ans plus tard, le 2 avril 1981, naîtra un garçon, Raphaël, qui a pour parrain un grand ami du couple, Coluche.

Mais, autour de ces deux monstres sacrés à qui tout semble réussir, la mort rôde déjà. Avec une première perte pour le chanteur en 1982, celle de son grand frère, Bernard, victime de la sclérose en plaques. Pour supporter cette peine immense d’avoir dû dire adieu à celui qu’il considérait comme son père de substitution, Michel trouve le soutien de ses deux amis les plus proches : Balavoine et Coluche.

“Évidemment”

Mais le malheur va s’abattre avec une régularité implacable sur ses deux confidents : le 14 janvier 1986, le chanteur à la voix si pure et si aiguë se tue en hélicoptère sur le rallye Paris-Dakar, laissant France et Michel dévastés par le chagrin. Cette épreuve, les deux artistes l’exorciseront à leur manière : Évidemment, la magnifique chanson de Michel en hommage à Daniel, sera interprétée par France, au bord des larmes…

Six mois plus tard, le 19 juin 1986, la Grande Faucheuse frappe à nouveau : cette fois, c’est l’ami Coluche qui s’éteint brutalement, victime d’un accident de moto. Une nouvelle et indicible peine pour le couple, qui surmonte malgré tout ces drames avec courage. Ensemble, ils sont plus forts.

Seul rayon de soleil dans cet océan de larmes, l’Afrique. Lors d’un voyage au Sénégal, où le couple se rend régulièrement et où il a lancé l’opération Action écoles, la chanteuse croise la route de Fatou, une jeune mère de 18 ans qui veut lui confier son bébé, afin de le sauver d’une mort certaine. France Gall refuse de lui prendre Babacar mais décide de l’aider financièrement, pour qu’elle puisse s’en occuper correctement. Longtemps, elle veillera sur Fatou et sur son fils, qu’elle ne reverra jamais. Mais de cette belle histoire naîtra l’une des chansons les émouvantes du couple Gall-Berger.

“Inhumain”

La face sombre du destin aurait pu alors cesser de s’acharner sur ces deux âmes si unies et aller se défouler ailleurs. Au moins pour quelque temps. Mais la fatalité n’en a pas fini avec la blonde Babou et l’élu de son cœur…

Car cette maman aimante et son homme apprennent avec horreur que leur fille, leur petit ange aux yeux si bleus, âgée alors de 10 ans, est atteinte d’une maladie incurable, la mucoviscidose. Un mal dont ils comprennent très vite que l’issue ne peut être que fatale. L’un comme l’autre se montrent prêts à se battre et tout tenter pour offrir à leur chère Pauline la vie la plus heureuse possible. Le plus longtemps possible.

Dussent-ils pour cela mettre leurs carrières entre parenthèses. Hélas, le 2 août 1992, en fin d’après-midi, dans leur propriété de Ramatuelle, après une partie de tennis avec des amis, Michel est pris d’un violent malaise. Ramené à l’intérieur de leur demeure, il s’effondrera peu après, laissant France seule, si seule, ravagée par la peine.

C’en est sans doute trop pour la malheureuse, alors âgée de 45 ans : peu de temps après la disparition de l’homme de sa vie, France apprend qu’elle est atteinte d’un cancer du sein, dont elle sera opérée avec succès le 22 avril 1993. Mais la mort, encore et toujours, frappera à nouveau durement le 15 décembre 1997, lui enlevant à tout jamais sa bien-aimée Pauline.

Dans un documentaire diffusé sur C8 en 2015, la chanteuse déclarait : « On ne le croit pas, on n’en revient pas de vivre un truc pareil. On n’en revient pas de vivre ça, parce que c’est justement le truc que l’on ne peut pas et que l’on ne veut pas vivre. Tout le monde dit que c’est impossible et inhumain à vivre, et pourtant on me le fait vivre. Je n’en revenais pas que ça soit possible… »

Cette force de la nature concluait toutefois : « C’est extraordinaire de l’avoir connue pendant dix-neuf ans, on me l’a reprise mais on me l’a quand même donnée pendant dix-neuf ans. Et pour Michel, c’est aussi ça que j’ai pensé tout de suite. Quelle chance j’ai eue de le rencontrer ! Ce sont des idées très fortes qui m’ont aidée énormément. »

En 1997, France Gall mettait fin à sa carrière de chanteuse et s’installait six mois par an au Sénégal, sur l’île de Ngor, où elle avait fait construire une maison, ainsi qu’un restaurant et une école. Un havre de paix qu’elle avait bien mérité…

Clara MARGAUX

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