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Adieu Georges Moustaki : C’était un amant magnifique !

Publié le 31 mai 2013

L’interprète du Métèque vouait une passion incommensurable aux femmes ! Et elles le lui ont bien rendu.

Sur la scène du Palais de la musique catalane, à Barcelone, ce 8 janvier 2009, l’artiste a le cœur lourd… Face aux centaines de spectateurs venus l’applaudir, Georges Moustaki doit se résoudre à annoncer que ses problèmes de santé le contraignent à annuler la représentation du jour. Une décision pénible, bouleversante même, mais inéluctable… « Quelques minutes auparavant, je ne savais pas que mon aventure de chanteur allait s’arrêter », confiait-il à l’époque.

Un peu plus de quatre ans plus tard, malgré le combat qu’il a mené avec courage, cette maladie respiratoire qu’il traînait comme un fardeau a fini par prendre le dessus. Et le 23 mai dernier, sur son lit d’hôpital, à Nice, l’inoubliable auteur et interprète du Métèque s’est éteint à l’âge de 79 ans.

Dans les heures qui ont suivi cette triste nouvelle, de nombreux témoignages se sont fait entendre. Et les premiers hommages sont venus de celles qu’il désignait souvent comme « le dernier continent à explorer » : les femmes ! « C’était un homme absolument exquis, un homme bien élevé, c’était un homme raffiné, c’était un homme élégant qui avait une douceur infinie et puis le talent », rappelle ainsi Juliette Gréco.

Légende

Line Renaud, Mireille Mathieu, et beaucoup d’autres ont poursuivi l’éloge. Car au-delà de son talent, de sa plume si poétique et de sa voix unique, qui ont fait sa légende, au-delà des millions de disques qu’il a vendus depuis ses débuts dans les années 50, Georges Moustaki était avant tout un passionné de la gent féminine. Toute sa vie a été guidée par l’amour qu’il leur portait. Une passion qu’il traduisait à travers ses textes, dans ses combats ou ses aventures.

Pour une chanson, pour une nuit, pour quelques mois ou plusieurs années, Georges partait à la conquête des femmes avec la même ferveur. Annick Cozannec bien sûr, la seule qu’il a épousée, à l’âge de 20 ans, et qui lui a donné une fille, Pia, née en 1954, mais aussi Barbara, Brigitte Fontaine, Catherine Lara, Marlène Dietrich et tant d’autres… Son histoire la plus célèbre reste sans doute celle qu’il a vécue avec Édith Piaf. En rencontrant la star, en 1958, le natif d’Alexandrie, en Égypte, est d’abord pétrifié de se retrouver devant cette extraordinaire artiste. Et très vite, il tombe sous son charme…

Dans son dernier ouvrage, Le petit abécédaire amoureux de la chanson, publié fin 2012 aux éditions L’Archipel, Georges Moustaki revenait sur cette relation : « Un brin sarcastique, Piaf m’a demandé ce que je chantais. Surpris, intimidé, j’ai pris une guitare et j’ai été lamentable. Avec son flair de professionnelle et sa sensibilité de femme, elle m’a donné carte blanche pour que j’aille l’écouter chaque soir à l’Olympia. […] Elle m’a fait percevoir un comportement d’auteur en s’efforçant de me faire sentir ce que devait être une chanson pour passer la rampe, parvenir aux gens. Généreuse et aimante, elle était aussi exigeante et redoutable. Seigneur et maître en tant que compagnon, on était en même temps son serviteur dans le travail. »

Un an plus tard, le jeune homme offre à la star l’un des chefs-d’œuvre de la chanson française : Milord. Leur collaboration artistique débouche rapidement sur une romance aussi courte que passionnelle. En 2007, lors d’un entretien qu’il nous avait accordé, l’artiste en avait encore la gorge serrée… « J’étais follement amoureux, même si certains de ses excès ne me correspondaient pas. Aujourd’hui encore, quand je réécoute les chansons que j’ai écrites pour elle, je leur découvre des lueurs inégalables. Celles des flammes qui me dévoraient et me consommaient d’amour. […] Je rends grâce au ciel d’avoir aimé Édith. »

Quant à elle, même si elle a failli enlever Milord de son tour de chant après leur rupture, jusqu’à la fin de ses jours, elle avait conservé une photo du beau Georges dans son portefeuille… Malgré la place unique de Piaf dans sa mémoire, le chanteur n’en a pas moins poursuivi sa route de séducteur…

Dans les années 80, il a ainsi vécu cinq merveilleuses années avec Pina, une belle Italienne de trente ans sa cadette, et même si leur belle histoire s’est terminée dans la douleur, le séducteur n’a pas attendu bien longtemps avant de retomber amoureux ! Moins d’un an après, en janvier 1991, à l’occasion du festival d’Avoriaz, il présentait à France Dimanche Virginie, 21 ans, celle qui faisait alors de nouveau battre son cœur.

Revers

Bien qu’il ait fait craquer les plus belles, les plus célèbres, et même les plus jeunes, le sensuel méditerranéen n’a pas eu que des succès. Il l’assumait d’ailleurs avec beaucoup d’humour. Toujours dans son Petit abécédaire amoureux de la chanson, Georges revenait sur ces femmes qui lui ont dit non.

Brigitte Bardot, à la fin des années 50, dont il rêvait de devenir le parolier, et peut-être plus si affinités, mais aussi Françoise Hardy, qui refusa ses avances dans un restaurant, un soir des années 70. La chanteuse était attablée avec son fiancé, le photographe Jean-Marie Périer, lorsqu’elle reçut un message de ce Casanova. « Elle eut l’élégance de ne pas relever la goujaterie et de m’adresser un sourire qui, pour charmant qu’il fût, était une fin de non-recevoir », se souvenait-il. Plus récemment, au début des années 2000, c’est Carla Bruni qui a gentiment éconduit notre gentleman…

Mais ces revers n’ont jamais altéré son goût pour les femmes, parfois sans rien attendre en retour. En juin 1996, dans nos colonnes, Georges Moustaki nous faisait cette confidence : « Les femmes peuvent sans fausse honte me demander ma semence lorsque leurs maris stériles les privent de l’enfant qu’elles souhaiteraient ! Effectivement, par trois fois, j’ai accepté cette proposition. Par amour, mais aussi par amitié. » Aujourd’hui, l’artiste laisse derrière lui des milliers, peut-être des millions de femmes dans le chagrin. Adieu monsieur Moustaki, vous nous manquerez…

Il repose à côté de Piaf, son premier grand amour

Fans, chanteurs, comédiens, ils étaient nombreux à accompagner l’artiste dans sa dernière demeure.

«Demain lorsque le vent effacera mes traces / Demain lorsque l’hiver étouffera ma voix / Demain lorsque la mort aura raison de moi / Lorsque viendra le temps de rejoindre l’espace / Le ciel d’Alexandrie sera mon dernier toit ».

Ce lundi 27 mai, sur les coups de 15 heures, le refrain de sa chanson, L’ambassadeur, sortie en 1984, résonne dans le cimetière du Père-Lachaise. Un texte sublime… qui prend aujourd’hui une dimension particulièrement émouvante. Sa fille, Pia, et la mère de celle-ci, Annick Cozannec, ainsi que les nombreux artistes et personnalités présents : Guy Bedos, Brigitte Fontaine, Enrico Macias, Jacques Higelin, Hervé Vilard, Maxime Le Forestier ou encore la ministre de la Culture, Aurélie Filippetti sont bouleversés.

Quelques minutes plus tôt, lors du passage du cercueil sur le Concerto en sol de Ravel, les centaines d’anonymes venus rendre un dernier hommage à Georges Moustaki, ont applaudi à l’unisson durant de longues minutes. Certains pleurant, d’autres chantant, chacun saluant une ultime fois ce « métèque » génial dont les chansons font depuis longtemps partie de notre patrimoine.

Aux premières loges, la comédienne Véronique Genest est inconsolable. Elle doit en effet beaucoup à son grand ami Georges… Au début des années 80, débarquant à Paris, jeune et sans le sou, l’aspirante comédienne a eu la chance de croiser l’artiste à Saint-Germain-des-Prés. Ce dernier l’a hébergée plusieurs mois et l’a prise sous son aile, la présentant à tout son entourage. Quelques années plus tard, il composait une chanson dédiée à la pétillante rousse. « Je voudrais que tu te souviennes / […] J’étais déjà un vieux routier / Qui te prodiguait des conseils ». Un souvenir qui, comme on peut l’imaginer, a dû étreindre la comédienne en cette triste journée…

Inhumé en fin d’après-midi selon le rite juif dans le caveau familial, Georges Moustaki repose désormais à quelques mètres d’Édith Piaf, l’un de ses grands amours…

Propos recueilli par Florian Anselme

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