France Dimanche > Actualités > Adieu Jacques Antoine

Actualités

Adieu Jacques Antoine

Publié le 9 octobre 2012

Le Schmilblick, Les jeux de 20 heures ou Fort Boyard… Jacques Antoine a lancé pendant quarante ans plus de 150 jeux pour la radio et la télévision. Il a été terrassé par un arrêt cardiaque à l’âge de 88 ans.

Il vous a fait jouer depuis des décennies ! De La tête et les jambes à Fort Boyard (un concept vendu dans soixante pays), en passant par le Schmilblick et Les jeux de 20 heures, ce créateur infatigable a enchanté nos soirées télévisées. Mais c’est hélas la fin de partie qui a sonné pour Jacques Antoine, qui vient de nous quitter à l’âge de 88 ans, succombant à un arrêt cardiaque. Pour tous ceux qui l’ont connu, l’homme avait du génie et du flair, comme nous l’a raconté Jean-Paul Rouland, l’un des complices de ses premiers succès radiophoniques (voir interview ci-dessous).

Le « Géo Trouvetou audiovisuel » a permis l’éclosion de nombre de talents de la radio et la télévision : Armand Jammot, Roger Couderc, Guy Lux, Philippe Gildas, Philippe de Dieuleveult, Pierre Desgraupes, Jacques Solness, Maître Capello, Maurice Favières, Georges de Caunes…

Imagination

Ce « génie » n’avait pourtant pas son certificat d’études, sans que cela ne complexe le moins du monde la « machine à inventer », celui qui avait « cent idées à la minute », comme l’avait surnommé sa femme, Gisèle. Pierre Bellemare a d’ailleurs été embauché en 1949 par le jeune chef d’entreprise parce qu’il venait de rater son bac ! Petit-fils d’André, fondateur du Théâtre-Libre, l’actuel théâtre Antoine, fils d’André-Paul, auteur dramatique et critique littéraire, Jacques avait de qui tenir en matière d’imagination. Il avait également le sens des affaires.

« J’ai créé ma société de production à 24 ans. Mon père avait créé les disques Pacific ; j’avais 20 ans, j’y travaillais en qualité de grouillot de Pierre Hiegel. Lorsque mon père a quitté cette affaire, j’ai alors proposé au directeur, avec la naïveté et l’enthousiasme de mon jeune âge, de monter une société de production d’émissions de radio : ça a marché. J’ai alors rassemblé une équipe : Roger Pierre comme concepteur publicitaire, Jean-Marc Thibault comme speaker [c’est grâce à lui que les deux compères se sont rencontrés, ndlr], Bellemare pour s’occuper de la comptabilité : le premier jour, il a arraché une page du livre de comptes sous prétexte qu’il avait fait une tache dessus ! » Jacques a vite senti que Pierre était plutôt fait pour la radio et lui a donné les moyens de ses ambitions.

Le père des jeux télévisés avait une autre corde à son arc : l’écriture. On lui doit notamment La vache et le prisonnier, d’Henri Verneuil (1959). Le scénario est inspiré de sa nouvelle publiée chez Gallimard. À ceux qui lui reprochaient de ne pas se mettre en avant dans ses émissions, il répondait : « Pourquoi ne me voit-on jamais ? La raison, c’est que j’ai une très mauvaise voix, une voix blanche… La vraie raison, c’est que je préfère faire prendre les risques par les autres »

Il fallait avoir gardé son âme de gamin pour se renouveler comme il a su le faire tout au long de son existence. Nous présentons nos condoléances à sa femme, Gisèle, ainsi qu’à leurs trois enfants et quatre petits-enfants.

[box type="info" style="rounded"]JEAN-PAUL ROULAND : “C’était un génie !”
Celui qui a fait partie de la première équipe de Jacques Antoine, dans les années 50, était très ému par la disparition de son mentor.
« Quand j’ai appris sa mort, cela m’a touché. C’est lui qui m’a mis le pied à l’étrier, celui qui le premier m’a fait confiance. J’avais 23 ans. Je lui ai soumis une idée d’émission, Les 36 clés. Il l’a vendue à Radio Luxembourg et a trouvé un sponsor. Pour l’écriture, je comptais sur lui. Il m’a laissé tomber. Quand je lui ai demandé : “Qui va écrire les textes ?”, il m’a répondu : “Toi, bien sûr ! Je n’ai pas le temps.” C’était parti pour moi ! Le feuilleton a permis à Guy Bedos de faire ses armes. Je peux dire que Jacques Antoine a fait de moi un homme. Sur le plan matériel, je lui suis également redevable : ayant trois enfants à nourrir et une teinturerie paternelle à subventionner, je lui proposais de me prendre sous contrat pendant dix ans à 1 000 francs par mois. “Tu es fou !, me dit-il, tu vas gagner cent fois ça !” J’ai participé à ses toutes premières émissions de jeu, sur Radio Luxembourg et Europe 1. Pour Cent francs par seconde, je faisais le clown, celui qui se prenait le seau d’eau réservé au candidat qui répondait mal aux questions. Les pitreries, c’était mon rayon. Il avait du génie, Jacques. C’était un homme merveilleux. »[/box]

Texte : Dominique Préhu

À découvrir