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ADIEU JOHNNY HALLYDAY : “J’ai vu 2 000 motards en larmes…”

Publié le 21 décembre 2017

Un fan de Johnny Hallyday a eu la chance de suivre le convoi à moto. Pour 
“France Dimanche”, il raconte ce périple aussi émouvant qu’ inoubliable .

«Je suis arrivé samedi au point de départ de cette matinée : le funérarium du mont Valérien. Il y avait déjà pas mal de monde sur place, une bonne centaine de personnes, dont des bikers qui ne figuraient pas sur la liste des invités mais qui voulaient participer à l’événement. Certains pleuraient. Le convoi aurait dû passer devant la résidence de Johnny à Marnes-la-Coquette, mais comme il avait gelé, les rues étaient difficilement praticables, il a donc été décidé qu’on se rendrait directement à l’Étoile.

Nous étions nombreux à nous demander quel itinéraire le convoi allait suivre. Les forces de l’ordre avaient du mal à nous renseigner, sans doute parce que le trajet avait été fixé au dernier moment. En attendant, les gens se parlaient, racontaient, bouleversés, où, quand et combien de fois ils avaient vu Johnny en concert. À un moment, une vieille dame est venue vers moi et a sorti fièrement de son sac à main un album dédicacé du rocker datant des années 60. Soudain, dans l’une des maisons voisines du funérarium, un homme a ouvert la fenêtre et a mis à fond le morceau Allumer le feu. Tout le monde s’est alors mis à chanter, puis à applaudir. C’était très touchant.

Le corbillard est arrivé. La première grosse émotion a été de voir le cercueil où reposait Johnny. Blanc, immaculé, il rappelait celui d’Elvis Presley. Des Mercedes noires suivaient en roulant au pas. Dans la première voiture se trouvaient Jade, Joy et Læticia. Ses deux filles dans les bras, elle nous faisait des signes de la main, un sourire ému aux lèvres. On a traversé la banlieue ouest de Paris, j’avais l’impression d’être sur une étape du Tour de France : à chaque carrefour, chaque rond-point, chaque feu rouge, des gens applaudissaient, criaient “Johnny, on t’aime !”

Pleins gaz

La plupart prenaient des photos avec leurs téléphones pour immortaliser cet instant. Puis on est entrés dans le bois de Boulogne où le silence était saisissant. Quel contraste avec le vacarme qui nous attendait lorsqu’on a débouché porte Dauphine ! On entendait le bruit des moteurs d’Harley-Davidson allant crescendo au fur et à mesure qu’on approchait. Tous les bikers qui attendaient pour suivre le convoi faisaient tourner leurs engins à l’arrêt pleins gaz ! C’était assourdissant, impressionnant, juste incroyable ! On nous parlait de sept cents motards, mais on était peut-être deux mille. Barbus pour la plupart, vêtus de cuir, certains portant des blousons avec le portrait de Johnny dans le dos, d’autres brandissant des drapeaux à son effigie.

Un avait même accroché à son guidon une casquette Route 66 Johnny Hallyday en hommage à la tournée que le chanteur avait faite aux États-Unis. Beaucoup avaient pris la liberté de ne pas mettre de casque, mais il semble que pour cette occasion exceptionnelle, la police ait fait preuve de tolérance… On s’est ensuite engagés dans l’avenue Foch où se pressait une foule toujours plus dense. Comme on roulait lentement, à 15 km/h maximum, on avait tout le loisir d’observer les gens, l’émotion qui imprégnait leurs visages, leur joie aussi de pouvoir vivre ce moment. Ils applaudissaient, pleuraient, souriaient, criaient “Johnny ! Johnny !”.

C’est au pas qu’on est arrivés place de l’Étoile, noire de monde. J’imagine que tous ceux qui faisaient partie du convoi ont eu, comme moi, l’impression d’entrer sur une gigantesque scène de concert : plusieurs dizaines de milliers de personnes massées derrière les barrières attendaient, hurlant, acclamant, applaudissant à tout rompre, toutes unies dans une même ferveur.

Mille cinq cents policiers avaient été réquisitionnés, rien qu’à l’Étoile, tout était parfaitement minuté. Après un bref arrêt pour réguler la circulation, nous voilà sur les Champs-Élysées, fermés pour l’occasion. La dernière fois, c’était pour la victoire des Bleus, en 1998. Des écrans géants avaient été installés le long de l’avenue et des haut-parleurs diffusaient les plus grands succès de Johnny. Les chansons étaient jouées simultanément sur l’estrade mise en place devant l’église de la Madeleine. Ce récital hommage a pris tout le monde aux tripes.

Hypnotisés

Des gens tentaient de toucher le corbillard où reposait la dépouille du chanteur. D’autres brandissaient des posters, des disques, des objets à son effigie. Après deux ou trois haltes, le convoi a marqué un dernier arrêt juste avant la place de la Concorde. Sur les écrans on pouvait voir Johnny en noir et blanc sur sa Harley, parcourant les grands espaces américains, tout en chantant Je te promets. On a tous retenu notre souffle, comme hypnotisés.

Parvenus à la Concorde, les motards ont été invités à prendre les rues qui mènent aux voies sur berge pendant que le convoi empruntait la rue Royale jusqu’à la Madeleine. La dernière image qu’on a eue, c’est celle de Læticia et ses filles en larmes serrées contre elle, baissant sa vitre pour saluer la foule. Elle a les yeux rougis par le chagrin. Une émotion partagée par le million de personnes qui a fait le déplacement pour accompagner Johnny dans cet ultime voyage. C’était un moment magique, exceptionnel que je n’oublierai jamais… »

Florian ANSELME

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