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ADIEU JOHNNY HALLYDAY : La chaleur humaine 
a fait oublier le froid

Publié le 21 décembre 2017

Certains étaient venus de très loin pour saluer une dernière fois leur idole Johnny Hallyday.

Ce samedi 9 décembre 2017, Johnny Hallyday a pris son ultime bain de foule. À 9 h 30, place Charles-de-Gaulle, je découvre l’estrade réservée à la presse recouverte d’une épaisse couche de verglas. Autour d’elle, depuis plusieurs heures, et pour certains depuis la veille, les fans de la star patientent, transis par un froid glacial et humide, encadrés par la police et les CRS.

La plupart ont prévu de se poster sur le côté gauche de l’avenue des Champs-Élysées, interdite à la circulation, afin d’approcher au plus près le convoi funéraire qui circulera à droite de l’artère la plus célèbre du monde, côté Seine. Sur l’estrade, photographes et cameramen se plaignent d’avoir le soleil dans les yeux. Place de l’Étoile, le ballet des véhicules d’enlèvements bat son plein pour permettre aux piétons d’envahir les lieux. Certains tentent de rejoindre l’Arc de triomphe, réservé à la presse. Les policiers vigilants leur ordonnent de rester derrière la barrière de sécurité rouge et blanche.

Tous ces fans, recueillis et tranquilles, se réchauffent comme ils peuvent en improvisant un mini-concert, chantant Allumer le feu, Que je t’aime, ou encore Diego, libre dans sa tête, des textes que tous connaissent par cœur. Il est 11 h 09 quand les premiers bikers s’avancent sur la place et font une boucle jusqu’au rond-point des Champs-Élysées, avant de revenir vers nous, tous phares allumés, pour saluer la foule en klaxonnant. Eux aussi commencent à bouillir d’impatience. Un confrère convoite ma place sur l’estrade. Guère généreux ou fauché, il me propose de l’acheter pour 20 €. Je décline bien sûr son offre quand, soudain, des oiseaux s’envolent dans le ciel. Ils semblent nous annoncer l’arrivée imminente de la dépouille de Johnny.

Concorde

À 11 h 44, en effet, les premières motos officielles annoncent l’arrivée du corbillard, une Mercedes noire, et le convoi funéraire entame sa descente de la plus belle avenue du monde. La foule applaudit à tout rompre, scande le nom de Johnny Hallyday, comme si tous assistaient à son ultime spectacle. Devant moi, faisant face à des policiers débordés, les badauds s’avancent, entourant notre estrade. Je décide de rejoindre les spectateurs qui se dirigent vers la place de la Concorde.

L’ambiance est chaleureuse, les gens sont venus en famille, avec des poussettes et des sacs à dos remplis de sandwichs et de boissons. Alors que je descends l’avenue, les bikers ont coupé leur moteur. Certains ont même délaissé leur gros cube, le temps de partager une bouteille de Jack Daniel’s. Paisibles, ils profitent de la musique issue des haut-parleurs et regardent les écrans diffusant les clips de leur idole. Je croise un homme au regard triste, emmitouflé dans une grande étole à l’effigie de la star. J’en profite pour l’interroger : « Comment vous appelez-vous ? – Daniel, mais pour mes amis, c’est Johnny. Avec un copain, j’ai pris le train depuis Senlis, dans l’Oise, pour rendre hommage à mon idole. – Vous espérez entrer dans l’église de la Madeleine ? – Je vais me rapprocher le plus possible. Il y a un écran géant devant, et ses musiciens seront juste à côté de nous. On va chanter avec eux. – Depuis combien de temps êtes-vous fan de Johnny ? – Je l’aime depuis que j’ai assisté pour la première fois à l’un de ses concerts. J’avais 4 ans. Je l’ai vu partout ou presque. Je ne suis pas allé à Las Vegas, mais j’ai tout vu à la télé. »

À 12 h 30, je me dirige vers la grande roue, où est affiché un superbe portrait de notre rocker. Les moteurs des Harley-Davidson tournent à nouveau plein pot, accompagné par le bruit strident des sirènes. Je reste bloquée à l’entrée de la rue Royale, noire de monde, et remarque une famille assise sur le trottoir, en train de pique-niquer. Deux très jeunes enfants courent autour du couple, qui picore dans des boîtes en plastique. C’est l’heure du déjeuner et la faim doit commencer à tenailler l’assistance, car, parmi les spectateurs brandissant des drapeaux belges et suisses, je remarque une femme en train de terminer son sandwich. Véronique est venue en voiture depuis Nancy, avec sa fille et son gendre, et confesse, avec un brin de culpabilité dans la voix : « Je suis en arrêt maladie, je ne devrais pas être là. Mais pour mon Johnny… Cela fait quarante-trois ans que je l’adore… – Qu’allez-vous faire maintenant ? – On attend la retransmission de la messe sur grand écran. J’aurais bien aimé, au moins, déposer ma rose blanche sur sa dépouille. Mais quand le cercueil est passé tout à l’heure, j’étais tellement émue que j’ai oublié de la lancer. – Que pensez-vous de son inhumation à Saint-Barthélemy ? – Franchement, je ne suis pas d’accord. [sa voix s’étrangle] J’aurais préféré qu’il repose au Père-Lachaise pour pouvoir me recueillir sur sa tombe. Ce n’est pas moi qui irai à Saint-Barth, j’ai peur de l’avion. »

Larmes

Juste avant 13 h, la voix d’Emmanuel Macron retentit dans les haut-parleurs. Une photo en noir et blanc de Johnny apparaît sur les écrans. Des applaudissements ponctuent le discours présidentiel. J’aperçois des larmes couler sur le visage de Véronique, qui se cache pour pleurer. Elle n’est pas la seule. D’autres clament en chœur le nom de la star. Un homme s’avance vers moi. Je l’arrête. Bruno n’a pas eu à faire un grand voyage pour venir jusqu’ici, puisqu’il vit à Paris, dans le XIXe arrondissement. Il est arrivé en même temps que les bikers et regrette lui aussi que son dieu soit enterré si loin de son public : « Pour les fans, c’était mieux qu’il reste en France. Mais, c’est normal que l’on respecte les vœux de la famille. Et je trouve que cet hommage est à la hauteur de Johnny. Il méritait tout ça. »

La foule se dispersant autour de moi, j’essaie de m’approcher de la Madeleine, en contournant l’hôtel de Crillon, par la rue Boissy-d’Anglas. En passant devant un restaurant, j’entends quelques couplets : « Il suffira d’une étincelle, et d’un mot d’amour, pour, allumer le feu… » Un peu à l’écart des gens, je remarque une, deux, puis trois femmes aux cheveux blancs, assises par terre, enroulées dans des couvertures de survie, et accompagnées de quatre hommes de la Protection civile. Le froid et la fatigue ont été plus forts que leur désir de saluer une dernière fois leur idole. Le Samu et les secouristes ont été aussi efficaces que discrets. Cette chanson me revient à la mémoire : « Je te promets la clé, des secrets de mon âme. / Je te promets ma vie, de mes rires à mes larmes. / Je te promets le feu, à la place des armes. / Plus jamais des adieux, rien que des au revoir. » On aimerait tellement que notre rocker préféré tienne sa promesse. Ce n’est qu’un au revoir, Johnny Hallyday restera à jamais dans nos cœurs. 

Anita BUTTEZ

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