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Adieu La Boule : Fort Boyard était sa revanche sur la vie !

Publié le 7 octobre 2014

 Notre journaliste qui l’avait interviewé en août dernier était de ses amis. Il se souvient de ce bon gros �géant � aux pieds d’argile…

Jusqu’à la fin de son dernier été, son visage est resté rond, rose et bien joufflu, malgré la maladie.  Mon ami Bouboule, ça voulait dire : deux fois La Boule. Son crâne lisse et trop gros, comme une première boule, polie et luisante, posée sur une seconde, un ventre énorme et obèse. Cette «gueule » d’ogre m’invitait dans son « Musée 51 » de son village de Berneuil.

Quand on se croise, ce dernier été, son verre à lui reste désespérément vide. Son cancer à l’œsophage ne lui permet plus de boire la moindre goutte d’alcool. Yves Marchesseau, alias La Boule, veut vivre, malgré la maladie, malgré les autres blessures. À commencer par celles de l’enfance. Ces plaies-là, aussi douloureuses qu’un cancer à leur manière, ont été longues à guérir. Fort Boyard a été un puissant cicatrisant, son baume, sa revanche.

Jusqu’au bout, il s’est battu contre la mort. Fin juillet, amaigri de 20 kg, il était particulièrement anxieux. «  C’est la tête qui le fait tenir sur son corps  », me dit Patrice, qui garde les clés du Musée 51.

Tenir, ce qui veut dire, pour La Boule, travailler, la meilleure des thérapies selon lui. Et retrouver son public qui l’aime et lui fait la fête dans les super et hypermarchés de la région, où se vendent des produits dérivés de Fort Boyard. Il adore notamment faire plaisir aux enfants désireux que l’ogre qu’ils ont vu à la télévision les prenne dans ses bras.

La Boule pensifPersonne ne connaît la gravité de son état, pas même sa propre fille, Stéphanie, le grand bonheur de sa vie dont il est si fier. Pour ne pas lui gâcher ses vacances, il attendra en effet la fin de l’été pour ouvrir l’enveloppe contenant le résultat de ses examens. La mort, La Boule lui fait un bras d’honneur.

Combattre, lutter contre ses peurs, c’est l’histoire de sa vie. Lorsqu’il a 3 mois, une erreur médicale dérègle son système pileux : il n’a plus ni cils, ni poils, ni cheveux. Ce qui lui vaudra, durant toute sa scolarité de se faire railler, voire tyranniser par les autres enfants. De plus, pour ne rien arranger, il est gros. Un double handicap qui, à l’adolescence, lui fera vivre un véritable enfer. Les filles le rejettent, ne voyant pas le cœur d’or qui se cachait derrière ce physique si ingrat.

Très vite, heureusement, La Boule comprend que, à défaut d’être beau, il est unique. Et qu’il peut tirer parti de son physique... Repéré et «casté» parmi les lutins farceurs, les nains, les animaux magiques de Fort Boyard, il devient un phénomène : l’ogre qui effraye les enfants à la télé pour oublier ses propres peurs d’enfant.

Orphelins

Hélas, en cette fin de juillet, la tête ne suffit plus à le faire tenir. Pour la dernière fois, il livre des combats de boue avec les gosses du parc d’attractions de Moutiers-les-Mauxfaits, situé en Vendée à près de 100 km et dont il était le parrain. Mais quand il revient le soir, après s’être levé à cinq heures du matin, son visage est blême, livide.

L’infirmière qui lui fait ses pansements est en retard, Patrice a les clés du Musée 51 et fait l’ouverture du bar sans lui. Enfin, La Boule arrive, en fauteuil roulant. Je suis comme un gosse pour lui  car mon père et lui ont travaillé ensemble. «  J’ai repris deux kilos, m’annonce-t-il d'emblée. Mais dépêche-toi de m’amener ta famille, que je puisse leur servir une dernière fois l’apéro au Musée 51. »

La Boule chauveAujourd’hui, les enfants du musée sont orphelins de leur bon gros géant qu’ils croyaient éternel, et qui jusqu’au bout a cru qu’il gagnerait contre la maladie. « Jeudi dernier [le 25 septembre, ndlr] seulement, il a su qu’il allait mourir », a confié sa fille Stéphanie.

La Boule est aujourd’hui inhumé dans son cher village de Berneuil. Il a fait le dernier voyage, entouré de sa famille et de ses nombreux amis. C’était sans doute la première fois qu’il faisait pleurer ces gens à qui il a donné tant de joie…

Cédric Potiron

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