France Dimanche > Actualités > Adieu Leny Escudero : Tendre et rebelle

Actualités

Adieu Leny Escudero : Tendre et rebelle

Publié le 16 octobre 2015

  Le dernier des artistes engagés s’est éteint le 9 octobre à Giverny, dans l’Eure. Ce fils de réfugiés espagnols n’a jamais cessé de lutter pour ses idées même si c’est une chanson légère qui a rendu célèbre Leny Escudero…Le dernier des artistes engagés s’est éteint le 9 octobre à Giverny, dans l’Eure. Ce fils de réfugiés espagnols n’a jamais cessé de lutter pour ses idées même si c’est une chanson légère qui a rendu célèbre Leny Escudero…

On avait un peu oublié sa voix et son visage taillé à la serpe autour de deux grands yeux tristes, presque désespérés, qu’une frange épaisse dissimulait parfois. Son timbre rocailleux avait cessé de s’élever pour défendre les petites gens depuis quelques années.

Pourtant, il suffisait que quelqu’un entonne Pour une amourette, son premier et immense succès, sorti en 1962, pour que la mémoire nous revienne.

Hélas, l’homme libre et engagé qu’était Leny Escudero, son auteur, s’est éteint le 9 octobre dernier à Giverny, dans l’Eure, des suites d’une insuffisance respiratoire aiguë. Il avait 82 ans.

Né le 5 novembre 1932, à Espinal, en Navarre, il arrive en France à 7 ans, avec ses parents qui ont fui l’Espagne de Franco. De Mayenne, les Escudero et le petit Joaquim – son vrai prénom – partent pour Paris, pour finir par s’établir en Lorraine.

La vie est dure pour ce fils de gitan qui trime pour subsister. Ouvrier maçon, carreleur, il côtoie ceux de « la France d’en bas ». Lorsqu’il commence à chanter, ce n’est pourtant pas ce monde que Leny évoque dans ses textes. Pour une amourette n’avait vraiment rien d’une chanson engagée ! Mais ce tube, ainsi que l’album du même nom, lancera sa carrière.

Leny Escudero livreMélancolique

Pourtant, il faut croire que ni le show-business ni la gloire n’intéressent l’artiste tendre et rebelle, puisqu’il décide, en 1965, juste après la sortie de Tant pis pour Verdun, de quitter la France ! Il part au Bénin (alors le Dahomey), avec le projet de construire, de ses propres mains, une école.

C’est sa façon à lui de remercier les instituteurs qui lui ont permis de décrocher son certificat d’études. Il restera cinq années en Afrique.

À son retour, il sort l’un de ses plus beaux albums, Escudero 71, produit par Eddie Barclay, puis, deux ans plus tard, Vivre pour des idées.
Jusqu’aux années 80, cet artiste militant, qui chantait le poing levé, ne cessera de se produire : des salles parisiennes mythiques, comme l’Olympia ou Bobino, le programment plusieurs semaines d’affilée.

Leny Escudero en passera douze au théâtre de Paris devant un public en liesse ! Tout le monde se l’arrache ! Il est l’une des têtes d’affiche du premier Printemps de Bourges, en 1977 !

Mais, dans les années 90, les temps changent : les chanteurs à texte qui délivrent des messages au peuple ne suscitent plus autant d’intérêt… Même s’il est encore invité dans des festivals qui lui rendent hommage, Leny n’occupe plus le devant de la scène.

S’il a participé à la tournée Âge tendre et donné un récital à l’Olympia en 2007, ses derniers enregistrements datent de 1997. Dans Leny Escudero chante la liberté, il interprète certains de ses succès, entre autres reprises.

Celui qui était trois fois père et huit fois grand-père avait également « fait l’acteur » dans plusieurs longs-métrages, tels La femme flic, en 1980, Le braconnier, en 1989, ou encore dans des séries télé, comme Louis la Brocante, en 2002.

En 2013, ce grand monsieur avait publié, au Cherche Midi, Ma vie n’a pas commencé, le premier tome de ses mémoires. Le second, Le début… La suite… La fin, devrait paraître cet hiver.

« Pour une amourette qui passait par là, j’ai perdu la tête et puis me voilà », pour une amourette… on ne t’oubliera pas Leny Escudero. Salut l’artiste !

Clara Margaux

À découvrir