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Adieu Raymond Kopa : L’enfant des corons devenu Ballon d’or

Publié le 10 mars 2017

Fils d’immigrés polonais, Raymond Kopa a échappé 
à la mine grâce au  football.

Tous les mordus de football se souviennent des exploits de Platini ou de Zidane, immortalisés dans des vidéos. Mais plus rares sont ceux qui se rappellent les prouesses de leur devancier, Raymond Kopa, qui vient de s’éteindre le 3 mars dernier à l’âge de 85 ans.

Né Kopaszewski, ce génie du ballon rond n’était pas seulement un joueur d’exception. C’était aussi le reflet d’une époque, un modèle de réussite de l’immigration de l’entre-deux-guerres, celles des Polonais venus tenter leur chance dans l’Hexagone et, pour la plupart, dans le nord de la France, au pays des corons.

La famille de la future star des stades émigre en effet en 1919 et pose ses valises à Nœux-les-Mines, une ville où, comme son nom l’indique, tout le monde allait alors au charbon dans des wagonnets, avec pour seule perspective le coup de grisou ou la silicose qui vous rongeait les poumons. Gamin, Raymond, né en 1931, ne brille pas vraiment à l’école et a toutes les chances de finir sur le carreau des mines, comme les 6.000 autres Polonais partis pour une descente aux enfers que même Dante n’aurait pas reniée.

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Mais si le français et les maths ne sont pas sa tasse de thé, le gamin s’exprime mieux que personne avec ses pieds. À tout juste 8 ans, il fonde une équipe de rue, mêlant « Polaks » et « Ritals », dont le nom est tout un programme : le Chemin perdu. Résistant précoce, il vole aux soldats allemands son premier ballon en cuir. Dribbleur fou et surdoué, l’adolescent intègre l’équipe locale à 14 ans. Mais à l’époque, le foot est un loisir, pas un métier.

Alors Raymond descend comme tous ses amis dans les filons ténébreux des charbonneries où, à la suite d’un accident, le pouce et l’index de sa main gauche sont écrasés. Ce qui ne l’empêche pas de briller sur les pelouses de la région, jusqu’à ce qu’un recruteur du SCO d’Angers propose à son père, en 1949, d’embaucher sa progéniture contre 100.000 francs, une vraie fortune !

Deux ans plus tard, malgré les mauvais résultats de son club, c’est Albert Batteux, alors patron du glorieux Stade de Reims, qui le repère et l’engage. Meneur de jeu, il invente le « football champagne » (pétillant) et conduit les siens jusqu’à la finale de la première Coupe d’Europe des clubs champions, le Real Madrid arrachant le trophée (4-3) au terme d’un match d’anthologie.

Mais Kopa a tapé dans l’œil des recruteurs ibériques. Il est transféré dans la capitale espagnole moyennant 520.000 francs, une somme colossale pour l’époque. Et même s’il éprouve très vite le mal du pays durant les trois années passées de l’autre côté des Pyrénées, c’est là que se 
construit sa légende. Triple champion d’Europe des clubs, premier Ballon d’or français de l’histoire, il sera aussi le principal artisan, avec Just Fontaine, de la troisième place décrochée par l’équipe de France lors du Mondial de 1958 en Suède. Blessé au genou, Raymond reviendra par la suite dans son club de 
cœur, Reims, où il finira sa carrière hors norme en 1967, à 35 ans.

Pionnier

Meneur d’hommes sur le terrain, Raymond Kopa l’était aussi dans la vie, se battant pour ses pairs. C’est ainsi qu’il déclara, dès 1960, à un journaliste de France Dimanche : « Les footballeurs sont des esclaves. Aujourd’hui, en plein XXe siècle, ce sont les seuls hommes que l’on puisse acheter et vendre sans leur demander leur avis. » Ce pionnier dans la lutte pour l’instauration d’un statut des joueurs n’aura pas été épargné par le destin.

Avec sa femme, Christiane, ils ont la douleur de perdre leur fils, Denis, victime d’un lymphosarcome, en 1963. Puis l’une de ses filles, Nadine, a été atteinte d’un cancer du sein, soigné à l’Institut Gustave-Roussy, auquel il a donné l’intégralité des droits de son livre Kopa par Raymond Kopa, sorti en 2006.

Preuve que celui qui vient de s’en aller pour un dernier voyage en ballon se servait autant de son cœur que de ses pieds…

Claude Leblanc

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