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Agnès Varda : Elle a rejoint Jacques Demy !

Publié le 18 avril 2019

La cinéaste oscarisée pour l’ensemble de sa carrière Agnès Varda nous a quittés le 29 mars dernier à l’âge de 90 ans.

Elle avait une place à part dans le cinéma français, celle d’une artiste libre, engagée, provocatrice, à la carrière éclectique, commencée à une époque où les films de femmes étaient trop peu nombreux. Le parcours d’une « Glaneuse » pleine d’humour, d’une richesse et d’une originalité infinies, qui nous avait embarqués depuis les années 50 pour un beau voyage qu’on aurait aimé ne jamais voir s’achever. Hélas, la réalisatrice Agnès Varda, qui aurait fêté ses 91 ans le 30 mai, s’est éteinte le 29 mars, des suites d’un cancer, dans sa jolie maison rose située rue Daguerre, dans le XIVe arrondissement de Paris, où elle vivait depuis plus de soixante ans…

Petite par la taille mais grande par le talent, Arlette (son vrai prénom), était née à Ixelles, en Belgique, le 30 mai 1928. Mais en 1940, sa famille quitte cette banlieue de Bruxelles pour fuir la guerre et se réfugier à Sète, dans le sud de la France. Après y avoir passé toute son adolescence, la jeune fille monte à Paris étudier l’histoire de l’art à l’école du Louvre, mais aussi la photographie aux Beaux-Arts. En 1951, Jean Vilar et son épouse, pour qui Agnès a eu un coup de foudre artistique, lui proposent de devenir la photographe du TNP (Théâtre national populaire). 

Celle qui, tout récemment, dans l’émission à voix nue, sur France Culture, affirmait en souriant : « J’aime penser mais ça me fatigue », profite de ces années passées derrière son objectif dans l’univers du théâtre, pour bâtir son art, forger son regard et former son inspiration. En 1955, la cinéaste sort son premier long-métrage, La pointe courte, qui raconte les déboires amoureux d’un homme en vacances à Sète, avec Philippe Noiret et Silvia Monfort. Réalisé avec un budget très réduit, le film, monté par Alain Resnais, reçoit pourtant les louanges d’un certain André Bazin, critique éminent des Cahiers du cinéma, qui estime que les Truffaut et autres créateurs de la Nouvelle vague lui doivent tout ! 

Sa carrière est lancée… ainsi que son étonnante coiffure reconnaissable entre toutes : « À 19 ans, j’ai mis un bol sur ma tête et j’ai dit : “Coupez” », avait-elle raconté au magazine AnOther en 2015. Cette chevelure à l’architecture unique, pimentée, ces dernières années, par une couche de blanc neigeux au-dessus d’une longueur très foncée, « Comme une glace au chocolat et à la vanille », elle s’amusait souvent à en expliquer la genèse à ses interlocuteurs. Ainsi, dans Vulture en 2017, elle ne se privait pas de comparer son style capillaire à la pratique de son métier : « C’est juste que j’aime l’harmonie avec ce rouge foncé, vaguement rouge, violet, commentait la réalisatrice. J’aime beaucoup les couleurs. Je suis très attentive aux couleurs. Je les observe. J’observe les gestes des gens. C’est comme ça qu’on fait des documentaires. C’est en observant, en restant attentive. » 

Au cours de ces premières années derrière la caméra, elle vit une histoire d’amour avec un homme de théâtre, Antoine Bourseiller (décédé en 2013). De cette courte romance, naîtra, en 1958, Rosalie, qu’elle élèvera seule, dans un premier temps. Féministe dans l’âme, Agnès avait confié au Figaro Madame en 2017 : « J’étais ce qu’on appelait une fille mère, c’était mal vu. Cela ne me dérangeait pas, au contraire. J’ai signé le Manifeste des 343 salopes [pétition parue dans Le Nouvel Observateur du 5 avril 1971, à la suite de laquelle ces 343 femmes s’exposaient à des poursuites pénales en déclarant avoir eu recours à une interruption volontaire de grossesse, illégale à l’époque, ndlr], je déclare que j’ai avorté. » 

Fille mère, elle ne le restera pas longtemps, car lors du Festival du court-métrage de Tours, peu après la naissance de sa fille, elle tombe amoureuse de celui qui restera l’homme de sa vie : Jacques Demy. Ce compagnon auquel, à peine quelques mois après sa disparition en 1990, elle avait dédié l’un de ses films, Jacquot de Nantes, adopte sa fille, et ce n’est qu’en 1972 que tous deux accueilleront un fils, Mathieu, devenu comédien.

Mais revenons au parcours atypique de celle qui, dans les années 60, s’était taillé un beau succès avec Cléo de 5 à 7, Le bonheur et Les créatures, tout en produisant d’autres films. Elle quitte la France pour Los Angeles, en Californie, et y séjourne deux ans, de 1968 à 1970. 

C’est dans la Cité des Anges que la cinéaste rencontre Jim Morrison, et sa compagne Pamela Courson, dont elle devient proche. Une amitié que cette femme à l’esprit rock’n’roll conservera jusqu’à la mort mystérieuse du leader des Doors, survenue à Paris, le 3 juillet 1971. Retrouvé inanimé dans sa baignoire, dans un hôtel particulier de la rue Beautreillis, dans le Marais, Jim avait, en réalité, pris une dose d’héroïne de trop dans une discothèque branchée, et rendu son dernier souffle dans les toilettes de l’établissement. Une catastrophe pour le patron des lieux qui aurait dû fermer boutique si l’affaire avait été révélée. 

D’où la version officielle d’une crise cardiaque alors que la star prenait son bain… « Seule Agnès Varda sait ce qu’il s’est passé, a expliqué Éric Jeanjean au micro de Thomas Hugues, dans l’émission La curiosité est un vilain défaut, sur RTL. C’est elle qui est venue faire le ménage dans l’appartement et enlever toute la drogue qui s’y trouvait, tandis que Pamela était allée déclarer le décès à l’ambassade américaine. »

Cette Mamita Punk – surnom que lui ont donné ses petits-enfants, Valentin, Augustin, Corentin et Constantin – voguait au fil de ses envies et de ses recherches artistiques, alternant documentaires, fictions et projets originaux, tels Mur Murs, sur les peintures murales à Los Angeles, sorti en 1982, Les glaneurs et la glaneuse, en 2000, ou encore, en 2017, Visages, villages, réalisé avec le jeune artiste JR.

« Je travaille depuis très longtemps, je n’ai pas fait une carrière d’argent, je n’ai pas réussi, je n’ai pas eu de succès d’argent, mais j’ai été connue, je suis connue, reconnue et appréciée, confiait Agnès Varda, après avoir reçu son Oscar d’honneur en 2018. Donc mon travail n’est pas dans l’ombre, mais mon travail est dans la discrétion.

Rue Daguerre, devant sa chère maison rose, on a déposé des bouquets de fleurs, des objets qui lui rendent hommage et disent toute la tristesse des habitants de son quartier. La grande dame a été inhumée le 2 avril au cimetière du Montparnasse. Agnès a retrouvé Jacques, l’amour de sa vie…

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Clara MARGAUX

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