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Alain Barrière : Sa vie a été un éternel combat !

Publié le 14 janvier 2020

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© BESTIMAGE Alain Barrière

Le parcours d'Alain Barrière fut semé d’embûches. De l’élève peu enclin aux études à la maladie, en passant par l’indélicatesse de collaborateurs et les démêlés avec le fisc.

En 2011, il avait fait ses adieux définitifs à la scène… Un crève-cœur pour les admirateurs de la première heure d’Alain Barrière qui, plus de cinquante ans après ses débuts, fredonnent toujours ses tubes comme Elle était si jolie, Ma vie ou encore Tu t’en vas, qu’il chantait en duo avec Noëlle Cordier… Mais le 18 décembre dernier, le chanteur livrait son ultime combat, terrassé par un arrêt cardiaque. C’est un profond chagrin que ses fans ont ressenti en apprenant sa disparition à Carnac, dans ce Morbihan qu’il aimait tant.

Si l’existence a le bon goût d’épargner certains d’entre nous, elle n’a pas été tendre avec le Breton né à La Trinité-sur-Mer le 18 novembre 1935. Dernier d’une fratrie de trois que Marie-Louise, la maman, élève seule, le petit Alain Bellec, de son vrai nom, ne s’intéresse pas à l’école. Le gamin rebelle, issu d’une famille de mareyeurs, préfère passer son temps entre la criée, les barques des pêcheurs et les côtes bretonnes.

Un jour pourtant, un miracle se produit : tandis qu’il semble devenu évident que le bambin, plus fasciné par les merveilles de la nature que par les tables de multiplication, va rater son certificat d’études, une rencontre providentielle va tout changer. Un instituteur chevronné parvient à le motiver et à éveiller sa curiosité pour l’apprentissage et le savoir. C’est ainsi qu’Alain obtient son « bachot », quitte sa Bretagne chérie pour entrer à l’école nationale des Arts et Métiers d’Angers. Nous sommes en 1955, l’année où cet étudiant modèle achète sa première guitare. Hélas, dans cette période paisible, les épreuves ne tardent pas à le rattraper. En effet, alors qu’il s’apprête à obtenir son diplôme d’ingénieur, le jeune homme de 20 ans apprend qu’il est atteint de la tuberculose. Contraint de partir en cure durant une année, le malade tue le temps en écrivant et en composant des chansons. à quelque chose malheur est bon, dit-on. Et cette maxime va se vérifier !

En 1961, Alain, qui ne s’appelle pas encore Barrière, finit d’écrire et de composer Cathy, et le titre est sélectionné à un concours d’Europe 1, ce qui lui vaut de passer pour la première fois à l’Olympia.

Le succès est immédiat, suivi d’un autre, deux ans plus tard, plus phénoménal encore, avec Elle était si jolie, qui arrive cinquième au concours de l’Eurovision… 1964 est l’année de la consécration, avec la sortie de Ma vie qui se propulse en tête des ventes en France et restera à tout jamais son plus grand tube.

La star Alain Barrière est définitivement née ! Arrivé en haut de l’affiche, l’ex-cancre de La Trinité poursuit désormais sa carrière dans le monde entier, enchaînant les tournées, en Amérique du sud, au Japon, au Canada, tout en continuant à écrire. La fin des années 60 approche, et l’artiste à la voix chaude et puissante qui ensorcelle la gent féminine offre à son public de nouveaux titres, tels Emporte-moi, en 1968, ou à regarder la mer, en 1970.

Tandis qu’une décennie se termine et laisse la place à la suivante, le succès n’est plus autant au rendez-vous. L’auteur de Rien qu’un homme se désespère… et réfléchit à son avenir. Comprenant que ses ballades romantiques ne sont plus à la mode, il se tourne vers des textes plus engagés et en profite pour créer Albatros, son propre label. Hélas, là encore, la mayonnaise ne prend pas, mais il se console en se lançant en 1973 dans un projet fou : le Stirwen, qui signifie l’étoile blanche, en breton.Un retour aux racines pour celui qui n’a qu’une idée en tête : bâtir, près de Carnac, en pleine forêt et à 3 km de la mer, un temple de la culture et de la fête : « C’était une démarche folle à l’époque ! confiait sa fille Guénaëlle à Ouest-France, en 2018. On aurait imaginé ce genre de lieu plutôt dans une grande ville. Mais non, c’est ici qu’il voulait le créer parce que l’endroit avait de bonnes ondes. »

Il passera trois années à dessiner les plans du complexe comprenant, bar, restaurant et discothèque, et à sillonner la Bretagne à la recherche de vieilles pierres. Il aurait fallu trois ans de chantier mais en dix-huit mois, la bâtisse est bientôt terminée. Il faut dire que le chanteur a prévu d’assurer sa rentrée à l’Olympia et que, à sa grande surprise, en 1975, Tu t’en vas rencontre un succès international ! Un bonheur qui s’ajoute à celui d’avoir rencontré un an plus tôt son grand amour… « J’ai vécu pas mal d’expériences mais, à 38 ans, je me suis dit : “ça suffit, maintenant tu attends, elle va finir par arriver, la femme de ta vie, arrête les liaisons faciles”, confiait-il, en 2006, dans Nous Deux. Deux ans après, Anièce est arrivée, et je l’ai tout de suite reconnue. »


Tout comme la star, la frêle brunette souhaite ardemment un enfant. Un vœu qui se réalisera le 29 août avec la naissance de Guénaëlle, à peine six mois après les noces des tourtereaux, le 10 février 1975…

Mais cette félicité est de courte durée. Car pour construire le Stirwen, Alain a dû s’endetter, et, comme un malheur n’arrive jamais seul, la municipalité s’est opposée à la construction du domaine. Résultat : la dernière tranche des travaux qui aurait permis de rentabiliser le projet n’a pu être menée à bien. La star est alors contrainte de déposer le bilan. C’est à ce moment-là que le fisc débarque : « Je n’ai pas été assez méfiant, nous confiera le chanteur quelque temps plus tard. On a essayé de m’éliminer, de me faire perdre pied, de me voler le Stirwen. […] Comme je résistais, on a utilisé l’arme fiscale contre moi. »

à l’époque, les impôts lui réclament 4,8 millions de francs, tous ses biens sont saisis, il est mis sous tutelle et interdit de chéquier. En 1985, sa notoriété n’est plus qu’un beau souvenir et l’administration fiscale ne le lâche pas. Pour Alain c’en est trop, il s’exile avec sa famille à Los Angeles, puis au Canada, où il enregistre un album.

En 1990, il rentre définitivement en France où l’attendent toujours ses ennuis financiers mais aussi, peu de temps après, un autre traumatisme… En effet, un soir, deux individus cagoulés pénètrent dans sa maison de Mantes-la-Ville, le rouent de coups et menacent sa fille, alors âgée de 13 ans. « Je suis convaincu qu’il s’agit d’hommes de main, déclarera-t-il. Ils n’ont rien pris, qu’un peu d’argent. » Après cette violente intrusion, l’artiste traverse de grandes périodes de dépression, et commencera lentement à remonter la pente en résolvant ses problèmes avec le fisc, mais surtout grâce à l’amour de sa chère Nana et de son épouse adorée. Pourtant, la longue descente aux enfers n’est pas terminée.

Dans les années 2000, sa carrière est toujours en dents de scie, et sa fille unique, devenue avocate, le pousse à la relancer. L’idole écrit de nouvelles chansons et remonte sur scène. Parallèlement, il publie aux éditions du Rocher son autobiographie, Ma vie qui rencontre un grand succès. Mais au cours de sa tournée 2007, il est victime d’un premier AVC suivi, à l’été 2009, d’un deuxième, plus grave qui lui vaut un an de rééducation, et enfin, d’un troisième en 2011.

Malgré tout, ces dernières années, ce combattant dans l’âme a continué à lutter. En mai dernier, il avait même sorti un triple best of avec des inédits, dont il était heureux d’assurer la promotion malgré les séquelles de ses attaques cérébrales. Mais, alors que le barde breton se réjouissait de voir que son public ne l’avait pas abandonné, il apprenait que l’amour de sa vie était atteint d’un cancer du pancréas ! L’artiste qui ne se déplace plus qu’en fauteuil roulant voit l’état de sa dulcinée décliner inexorablement… 

à la fin du mois de novembre, c’est au tour d’Alain de sombrer dans la maladie : très fatigué, il est victime d’un quatrième AVC foudroyant et transporté d’urgence à l’hôpital. Sur son lit de douleur, il ne pourra pas dire adieu à son épouse tant aimée qui s’est éteinte le 6 décembre dernier. Il n’aura pas non plus pu l’accompagner vers sa dernière demeure, le 10, dans le caveau familial de La Trinité-sur-mer où son tendre époux avait déjà sa place. Le 18 décembre, douze jours après Anièce, l’auteur-compositeur de Tu t’en vas, victime d’un arrêt cardiaque, a fini par la rejoindre.

De cet homme exceptionnel, nous garderons en mémoire de superbes chansons, L’étoile blanche de Carnac, toujours en activité grâce à sa fille Guénaëlle à qui nous adressons nos plus sincères condoléances…

Clara MARGAUX

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