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Alain Barrière : Une tragique disparition !

Publié le 21 janvier 2019

Depuis l’été 2013, le chanteur Alain Barrière, malade, n’a plus fait d’apparition publique. Une absence inquiétante à plus d’un titre.

Sa voix crayeuse, si particulière, nous a baladés d’Une petite plage à Mon pays, en passant par Ma vie et Elle était si jolie… Des tubes qui ont marqué les années 60 et 70, comme leur interprète, ce Breton, un brin têtu, qui savait comme personne faire chanter les mots comme des bateaux sur l’eau…

Hélas, voilà plus de sept ans que l’ancien gadzart (élève de l’école nationale des arts et métiers) d’Angers n’a pas poussé une note. Sa dernière prestation publique remonte en effet à juillet 2011. Ce jour-là, il était venu donner avec sa guitare, le départ du Tour de France à Lorient. Ce n’était pas un vrai concert, juste un petit tour de chant et pourtant ce fut un calvaire pour l’artiste, alors âgé de 76 ans. Chancelant, il a eu toutes les peines du monde à terminer sa chanson. Un malaise passager ? Hélas, non.

Le 10 septembre de cette même année, Alain Barrière annulait un tour de chant, programmé à Lorient, dans sa chère Bretagne. Six jours plus tard, c’est une date programmée au Palais des congrès à Paris où il devait célébrer ses cinquante ans de carrière, qu’il déprogrammait, au grand dam des quelque 2 600 fans qui avaient acheté leur place… La raison de ces annulations en cascade ? Le chanteur souffrant d’un syndrome lombalgique aigu avec cruralgie était condamné à un repos total en position allongée avec interdiction formelle de se déplacer… 

Comme en témoignait à l’époque son agent et ami Fabien Lecœuvre, à nos confrères de France-Soir : « Il m’a dit qu’il souffrait le martyre, qu’il avait l’impression de recevoir des décharges électriques dans le dos. Pourtant, ce n’est pas un douillet… Il est déçu, blessé. à l’évocation de ces concerts, il était comme un gamin, mais je ne pense pas qu’on le verra en public avant six ou huit mois… »


Il y avait en effet toutes les raisons de penser que le vieux lion, qui avait survécu à trois accidents vasculaires cérébraux, survenus entre 2007 et 2011, sortirait une fois de plus vainqueur de son combat contre la maladie…

Mais les mois, puis les années ont passé et l’interprète de Partir n’est jamais remonté sur scène. à l’été 2013, toutefois, il avait assisté à la représentation de Secrets de guerre, une pièce avec Francis Huster. à cette occasion, ce dernier avait remis à Alain Barrière l’insigne de commandeur des Arts et Lettres. Une distinction qui, on s’en doute, avait réjoui ce fils de mareyeurs… D’autant qu’elle arrivait en même temps que la réouverture de son cher Stirwen (étoile blanche, en français), à Carnac. Dans cet ancien château doté d’un amphithéâtre, qu’il avait acheté en 1973 et réhabilité en espace festif, Alain a organisé jusqu’en 2000 de nombreuses soirées, dont ses inoubliables Nuits blanches où se sont produits Johnny Hallyday, Robert Charlebois, Brigitte Bardot, Serge Lama…

Sur la photo où il apparaît avec sa décoration au côté de Francis Huster, on voit un vieux monsieur à la crinière grisonnante, aux yeux cachés derrière des lunettes noires, souriant certes, mais visiblement fatigué, pour ne pas dire éprouvé par la maladie.

Et depuis ? Eh bien justement, c’est là que le bât blesse. De l’artiste qui a eu 83 ans le 18 novembre dernier, nul n’a plus aucune nouvelle. Une absence et un silence qui légitiment toutes les inquiétudes. Alain Barrière est-il si mal en point qu’il lui est devenu désormais impossible de quitter son lit, ni même de recevoir du monde dans sa chambre ? Ou bien pire encore, a-t-il réellement disparu ? Certes on sait que dans sa maison de Bretagne, il se trouve entre de bonnes mains, chéri par Anièce, son épouse depuis quarante-trois ans, et leur fille Guénaëlle, avocate à Paris qui a entrepris de redonner vie au Stirwen. Mais c’est justement la façon qu’à cette dernière d’évoquer son illustre paternel qui autorise les pires suppositions. En effet, elle en parle au passé !

En juillet dernier, interviewée par nos confrères de Ouest-France au sujet d’une soirée en hommage à Johnny Hallyday organisée au Stirwen, elle rendait ainsi cet étrange hommage à l’auteur de ses jours : « Mon père était quelqu’un de paternaliste. Certes, avec un mauvais caractère, mais ici, il a accueilli plein de monde. Il a eu plein d’enfants adoptifs ! »

Etait… serait-ce à dire qu’il n’est plus ? Dans cette même interview, Guénaëlle enfonce le clou, utilisant de nouveau le passé. Ainsi, évoquant la renaissance de ce lieu mythique fondé par son père, elle explique : « C’était une démarche folle à l’époque ! On aurait imaginé ce genre de lieu plutôt dans une grande ville. Mais non, c’est ici que mon père voulait le créer, parce que l’endroit avait de bonnes ondes. Il souhaitait même monter un centre spirituel. »

Il serait certes hasardeux, à partir de ce qui n’est peut-être qu’un usage malencontreux de l’imparfait, d’affirmer que ce barde du xxe siècle n’est plus de ce monde. D’autant plus que, comme nombre d’artistes qui ont marqué leur temps, les chansons d’Alain Barrière, comme son souvenir, demeurent, eux, bien vivants dans nos mémoires. Mais une chose est sûre, il nous manque !

Lili CHABLIS

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