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Alain Delon : Dévasté par la mort de Roger Borniche !

Publié le 6 juillet 2020

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L'ACTEUR ÉTAIT FASCINÉ PAR LES AVENTURES DE CE FLIC QU'IL AVAIT INCARNÉ AU CINÉMA…

Le Guépard est à nouveau en deuil. Terrible travers du temps, Delon n'arrête pas de voir disparaître ceux qui ont fait son univers. Aujourd'hui, voilà son grand complice et ami des belles heures du cinéma, le « flic » Roger Borniche, qui vient de tirer sa révérence, ce 16 juin. Le monde de Delon continue de s'écrouler. « On était très proches, des amis de cinquante ans. Ça m'a fait beaucoup de peine d'apprendre sa mort ce matin, a déclaré l'acteur mercredi à l'AFP. Je ne m'attendais pas à ça même si on ne dépasse pas beaucoup cent ans, bien évidemment… C'était un copain, un pote… »


C'est au début des années 70 que les deux hommes s'étaient rapprochés. Il faut dire que, par bien des aspects, ils se ressemblent. Intuition animale, franc-parler, intelligence aiguë, ils ont aussi en commun ce que l'on appelle aujourd'hui le sens des « valeurs ». Dont celle, entre autres, de l'amitié.

Roger Borniche avait d'ailleurs commencé par vouloir devenir comédien. Tour à tour chansonnier, comique, animateur radio, lorsqu'il est mobilisé en 1939, c'est avec une troupe de théâtre qu'il vient égayer les casernes trois années durant. Mais alors que la France est occupée par l'Allemagne, refusant de se soumettre au STO – le Service du travail obligatoire destiné à renforcer l'envahisseur nazi – il trouve le moyen d'y échapper en s'engageant dans la police… Pour quelque temps seulement, car son refus de collaborer avec le régime de Vichy le fait démissionner de sa brigade d'Orléans.

Mais la police vient le rechercher en 1944, et Borniche replonge dans la PJ… Ce qui n'est alors pas une vocation va le devenir. Son talent de conteur, son côté roublard, font merveille pour traquer les gangsters !

Il arrête ainsi Pierre Carrot, dit « Pierrot le fou numéro 2 », en se déguisant en clochard. Jo Attia et René Girier, alias René la Canne, font les frais de son cerveau en ébullition… Ce dernier avait fait l'objet d'une nouvelle mise en scène : pour mettre fin à ses agissements, Borniche avait prétendu être journaliste et disputé avec lui une partie de 421, avant de l'appréhender… Ce superflic n'avait, semble-t-il, jamais tout à fait abandonné l'envie de jouer la comédie.

Mais, contrairement à tant d'autres, même s'il se targuait d'avoir arrêté 567 truands en treize ans d'une riche carrière, Roger Borniche avait une façon bien à lui de procéder : il ne portait jamais d'arme ! « J'ai toujours pensé qu'il fallait prendre les truands vivants […], avait-il confié. Parce qu'après, ces gens parlent et on apprend des choses »…

Des « choses » que l'on retrouvera dans la trentaine de romans qu'il écrira après avoir quitté les forces de l'ordre, en 1956. Dont certains best-sellers, comme Le Privé, Le Gang, Le Ricain, Le Gringo, traduits dans le monde entier.

Delon aussi avait été fasciné par ses aventures. Au point de l'avoir incarné, au cinéma, dans une adaptation d'un de ses polars ! « C'est grâce à Borniche que j'ai fait Flic Story, a expliqué la star à l'AFP. Il voulait absolument que je joue son propre rôle. C'est lui qui m'a choisi. On est devenu amis. […] Roger Borniche était très heureux que le film existe. Moi, j'étais fou de bonheur […]. Il a assisté au tournage. C'était son histoire, sa vie… J'étais sous son œil. Il me donnait des indications, notamment dans les face-à-face avec Émile Buisson »…

Le film, sorti en 1975, raconte la traque et l'arrestation de ce célèbre malfrat, interprété par Jean-Louis Trintignant. Après avoir réussi à infiltrer l'entourage de Buisson, Borniche l'avait arrêté le 10 juin 1950. Sa bande était accusée de 36 meurtres et agressions ! Le truand finira sous le couperet de la guillotine le 28 février 1956. Delon joue Borniche avec tant de précision, de fidélité, que l'auteur avait été troublé par tant de ressemblance. Leur entente était telle, que l'année suivante, l'acteur jouait à nouveau au cinéma dans une adaptation d'un polar de Borniche : Le Gang. Cette fois, Delon y incarne un membre du gang des Tractions.

Aujourd'hui, c'est le cœur gros qu'il apprend la disparition de son comparse. Et le fait de savoir que son ami avait atteint l'âge respectable de 101 ans ne suffit pas à le consoler. Après avoir vécu aux États-Unis, à Los Angeles, à la fin des années 80, et avoir exercé le métier de détective privé, il était revenu en France, à Cannes.

Aujourd'hui, nous adressons nos sincères condoléances à sa famille, et nos pensées les plus douces à Alain Delon.

Laurence PARIS

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