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Alain Delon : Dévasté par la mort de son plus vieil ami !

Publié le 16 décembre 2019

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© BESTIMAGE Alain Delon

Alors qu’il se remet difficilement de son AVC, Alain Delon pleure la disparition de Jacky le Mat, le truand marseillais avec qui il s’était lié d’amitié il y a soixante ans.

Le Samouraï ne s’est jamais caché d’avoir eu de mauvaises fréquentations. Dans les années 1970, il voyait régulièrement un ténor du milieu marseillais, un certain Jacky Imbert dit « Le Mat » (le fou, en gouaille de truands du sud). Un dur à cuire avec qui l’acteur va nouer au fil des années de solides liens d’amitié. Mais Le Mat, qui avait inspiré le film l’Immortel réalisé par Richard Berry – d’après un livre éponyme de Franz-Olivier Giesbert –, avec Jean Reno et Kad Merad, en référence à une incroyable fusillade qui aurait dû le laisser pour mort, a tiré sa révérence à l’âge de 89 ans. Un vrai choc pour le Samouraï, qui se remet par ailleurs difficilement de son AVC… Le monstre du cinéma français ne pouvait être que fasciné par le destin de ce voyou hors norme, dont la vie ressemble à un film noir.

C’est le 1er février 1977 que Jacky Imbert entrer dans la légende. Ce jour-là, il revient chez lui à Cassis, situé à une vingtaine de kilomètres de Marseille. Sur le parking de la résidence des Trois Caravelles, trois hommes masqués l’attendent, puissamment armés. Au moment où Jacky sort de sa voiture, ils ouvrent le feu sur lui, puis s’enfuient. Criblé de balles, Imbert est conduit à l’hôpital de La Timone, à Marseille. À son arrivée, il est donné pour mort. Les chirurgiens vont extraire 22 projectiles de son corps, 7 balles de 11,43, 15 plombs de chevrotine. Le miracle, c’est qu’aucun organe vital n’a été touché. Il s’en sort, décrochant par la même occasion un nouveau surnom : « l’immortel ». Parmi les nombreux amis venus le soutenir dans ce moment difficile, on aperçoit la silhouette d’Alain Delon…


Delon et Le Mat s’étaient connus au début des années 60 dans une boîte de nuit située rue Balzac. à cette époque, le truand y a sa table. Un soir, alors qu’il arrive plus tard que d’habitude, il constate amèrement que sa place est occupée par un homme aux yeux bleus, accompagné d’une très jolie femme. Le Mat fulmine et va aussitôt se plaindre au maître d’hôtel qui, gêné, lui explique qu’il ne pouvait pas faire autrement que de placer Delon à sa table. L’acteur, qui a déjà tourné trois films – Plein Soleil de René Clément et Rocco et ses frères de Luchino Visconti, notamment –, se voit dérouler le tapis rouge partout où il passe. Un traitement de faveur qui n’est pas du tout du goût de Jacky. Avant d’en venir aux mains comme dans un film noir signé Melville, les deux hommes se fixent intensément… puis se ravisent. C’est le début d’une amitié qui durera plus de cinquante ans.

Très vite, ils se découvrent une passion commune : les chevaux de course. Dans les années 70, Imbert, ancien jockey, est driver de sulky en trot attelé. C’est un bon, son palmarès compte 29 victoires. Il a remporté le prestigieux prix de la Côte d’Azur, il est même devenu, en 1973, champion de France. Par ailleurs, les deux hommes ont des connaissances communes, notamment un lieutenant de Jean-Dominique Fratoni et de Tany (Gaëtan) Zampa, deux grandes figures du milieu marseillais. En 1973, à l’époque du tournage de Borsalino and Co, de Jacques Deray, on verra souvent Alain Delon assis à la même table que Jacky Imbert à l’Ascenseur, la discothèque marseillaise à la mode.

Le comédien, qui, aux côtés de Mireille Darc, vient de se porter acquéreur du haras du Rousset au Puy-Sainte-Réparade près d’Aix-en-Provence, décide alors d’en confier les rênes à Imbert. Sur les conseils de ce dernier, il achète une quinzaine de pur-sang. Mais un scandale retentissant va mettre un terme à la belle aventure. Le 9 décembre 1973, le prix Bride-Abattue se court à Auteuil. Ce jour-là, de nombreux bureaux de PMU ont enregistré des paris similaires sur neuf chevaux, neuf « tocards » qui n’ont aucune chance d’arriver en tête, pas même en troisième position. Et pourtant, trois de ces outsiders sont à l’arrivée. Le rapport est phénoménal : 13 000 francs pour une mise de 3 francs. Le total des gains avoisine les 5,5 millions de francs. Imbert figure parmi les 22 gagnants. Une enquête est ouverte, 14 jockeys sont inquiétés, Jacky Imbert, confondu, est radié à vie, avec interdiction formelle d’approcher d’un champ de course. À part ça, ni lui ni Delon ne seront inquiétés, et les deux hommes resteront amis.

Après une première incarcération à vingt ans, à Toulouse, où il a rencontré un caïd qui va être à l’origine de sa « vocation », Imbert a toujours mêlé aventure et flirt avec le crime organisé. Il sait tout faire, piloter des avions, des hélicoptères, des bateaux. Petit à petit, il se fait une place dans le milieu et, dans les années 1960, il va se rapprocher de deux truands célèbres, Gaëtan Zampa et Francis Le Belge, deux caïds de la cité phocéenne. C’est ainsi qu’il va devenir un des mentors du milieu marseillais.

Quand, en 1977, après son exécution manquée, « l’immortel » retrouve l’air libre après trois mois d’hôpital, il n’a que peu de séquelles, juste une main droite en partie paralysée. La légende veut que Le Mat ait alors appris à tirer de la main gauche. Mais ce qui ne relève pas de la légende, c’est la vengeance féroce, le terrible règlement de comptes qui s’ensuit. Le Mat est convaincu que le commanditaire de son exécution est Gaëtan Zampa. À Marseille, on assiste alors à une guerre sans merci, que la police observe avec beaucoup de détachement : un truand mort, c’est autant de soucis en moins.

Et des morts, il y en aura près d’une quarantaine : en 1978, le cercle rapproché de Gaëtan Zampa est totalement décimé. On a beau soupçonner Le Mat, il ne sera pas inquiété…

Début des années 2000, la coke et le cannabis ont envahi Marseille. Les trafiquants, issus des quartiers nord, sont de plus en plus jeunes. Une période qui manque de panache pour Alain Delon… Son ami Jacky, lui, s’adapte. En 2003, il tombe pour contrebande de cigarettes. à 74 ans, le voici derrière les barreaux alors qu’il vient de se marier pour la première fois à Christine qui lui a donné un fils. Pour tuer le temps, il écrit à Alain, son ami de toujours.

Commence une correspondance digne d’un polar entre deux vieux de la vieille qui n’ont décidément peur de rien et surtout pas de l’administration pénitentiaire qui épluche le courrier des détenus. Delon est bien au-dessus de ça ! « Mon Jacky, je pense à toi tout le temps et je souhaite que tu restes calme, comme tu peux l’être, sinon, ce sera très dur… », lui écrit-il en précisant : « Je suis là pour quoi que ce soit. » Alain, ira même jusqu’à glisser dans l’enveloppe un mot que lui avait envoyé Gabin. L’acteur qui tourne alors Frank Riva, l’histoire d’un policier qui règle ses comptes avec son passé, tient à faire savoir à son pote taulard qu’il sera toujours là pour lui. « Sache mon Jacky, que je suis là près de toi… » Une correspondance surréaliste entre un acteur qui a toujours admiré les voyous à la Lautner et un parrain en fin de course…

Avec l’âge et après quelques séjours en taule, Jacky s’était rangé des voitures se reconvertissant en homme d’affaires prospère. L’ami d’Alain Delon a vécu les dernières années de sa vie à Fuveau près de Marseille, alors que son épouse Christine tient un institut de beauté et magasin de prêt-à-porter, Le Matou By Christine, dans le centre de la cité phocéenne, tout près de l’Opéra. Mais de l’avis de tous ceux qui le croisaient du côté du Vieux-Port, il avait gardé ce regard perçant qui « pouvait faire peur ». Jacky Imbert est mort le 11 novembre, le jour de l’Armistice, non pas en héros mais « de vieillesse », comme le précise sa femme, à l’hôpital d’Aix-en-Provence dans les Bouches-du-Rhône. Comme quoi, l’immortel était mortel…

Jean-Baptiste DROUET

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