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Alain Delon : Frappé par une mort atroce

Publié le 1 septembre 2019

Alain Delon, hospitalisé à domicile et incapable de marcher, a dû dire adieu le 3 août dernier à son ami Jean-Claude Bouttier, un immense boxeur doublé d’un homme magnifique.

Depuis quelque temps déjà, l’acteur évoque la fin de sa vie… Lors de ses dernières apparitions en public ou au cours des rares interviews données à la presse, Alain Delon, tel un fauve blessé, n’a cessé de parler de ce saut final qu’il semble vouloir accomplir le plus rapidement possible. Une mort à laquelle il faisait aussi référence à l’occasion du 72e Festival de Cannes : en recevant sa palme d’or d’honneur des mains de sa fille Anouchka, il confiait très ému : « Pour moi, plus qu’une fin de carrière, je pense que c’est une fin de vie. Ce soir, c’est un peu un hommage posthume… »

Un moral terriblement sombre, une attitude d’une détresse infinie que sa récente hospitalisation à la mi-juin n’a certainement pas contribué à améliorer. Certes, selon son assistante qui s’était alors empressée de rassurer ses nombreux admirateurs, le comédien avait simplement été admis afin de réaliser des examens pour des problèmes d’arythmie cardiaque. Mais ce souci s’ajoutait à la mystérieuse maladie dont la star a tout récemment révélé souffrir au micro de Catherine Ceylac, un mal entraînant des pertes de mémoire : « J’ai un problème de thyroïdite, confiait-il à la journaliste. Avec les effets que l’on imagine : je passe mon temps à chercher mes mots. C’est terrible. »

On apprenait hélas, en début de semaine, que l’acteur, incapable de marcher, avait été hospitalisé à son domicile parisien. Il affronte les derniers temps de son existence dans le plus profond désarroi et la plus intense des désillusions. Un mal de vivre permanent qui, le 3 août dernier, s’est doublé d’un incommensurable chagrin ! Alors que depuis quelque temps déjà l’acteur âgé de 83 ans, solitaire et malheureux, a déjà dû dire adieu à tant d’êtres qu’il aimait de toute son âme, il apprenait ce jour-là la disparition d’un autre de ses amis de longue date. « Jean-Claude Bouttier, vaincu par la maladie, nous a quittés aujourd’hui », informait le journaliste sportif Charles Biétry, ajoutant : « Le boxeur s’était illustré par ses titres de champion d’Europe et ses combats mythiques contre Monzon. Le consultant avait avec talent fait vivre la boxe sur Canal +. L’ami nous laisse un immense vide. »

Si l’on retient ses fameuses rencontres contre le champion du monde argentin, décédé le 8 janvier 1995, il faut savoir qu’Alain Delon a été à l’origine de l’un des matchs. Jean-Claude qui s’était déjà illustré en devenant champion de France, puis d’Europe, en 1971, avait mis les gants pour se mesurer une première fois, le 17 juin 1972, à Colombes, à ce maître des poids moyens venu d’Amérique du Sud. Victime d’un coup dans l’œil, le Français, souffrant d’une hémorragie interne, avait dû déclarer forfait à l’appel du 13e round. 

D’autres que ce formidable dur à cuire se seraient arrêtés là et auraient raccroché les gants, estimant que le jeu n’en valait pas la chandelle… Mais le jeune homme qui avait déjà disputé 31 combats en amateur dont 21 victoires n’avait pas dit son dernier mot. Le petit Bouttier était bien décidé à prendre sa revanche, quoi qu’il lui en eût coûté !

C’est alors qu’Alain Delon, fasciné par ce sportif au désir de vaincre et à la ténacité extraordinaires, décide d’entrer en scène ! Retrouve-t-il un peu de sa propre rage de vivre dans ce boxeur au talent si prometteur ? C’est possible… Chacun des deux hommes a en tout cas connu des heures sombres, difficiles, des moments où se battre était la seule issue possible. Un point commun qui les pousse à nouer des liens, une amitié qui va bien au-delà du besoin viscéral de gagner : « Le deuxième championnat du monde, il a été mis en place grâce à Monsieur Alain Delon qui, il faut le savoir, est très cocorico […], avait expliqué Jean-Claude Bouttier au journal L’Équipe. Il avait en face de lui un petit gars qui a été apprenti boucher. Lui a été apprenti charcutier. Il avait beaucoup d’estime, beaucoup de respect. »


Dès lors, très impliqué aux côtés du jeune boxeur, la star passionnée depuis toujours par ce sport ne fait, comme à son habitude, pas les choses à moitié ! Ainsi, non seulement Delon organise et finance entièrement le futur match retour contre cet adversaire jusqu’alors imbattable, et qui doit déboucher sur la ceinture mondiale des poids moyens mais, en plus, il offre à son poulain la possibilité de s’entraîner chez lui, à Douchy ! « Il m’a même invité chez lui pour que je puisse préparer dans les meilleures conditions ce championnat du monde », confiait encore Jean-Claude Bouttier, reconnaissant.

Dans la cour de La brûlerie, Alain fait carrément dresser un ring, sous les yeux ébahis de son fils, Anthony, alors âgé de 9 ans, qui voit débarquer chez son père les meilleurs entraîneurs du moment et côtoie ce champion dont tous vantent la gentillesse et l’exceptionnelle générosité.

Le comédien passe des heures avec lui, l’encourageant sans relâche, le poussant à donner son maximum. Jusqu’au jour fatidique du 29 septembre 1973, au stade Roland-Garros. Mais contre celui que l’on considère encore aujourd’hui comme l’un des meilleurs poids moyens de tous les temps, le Français échoue encore. « Monzon a été le plus fort. Te faire battre deux fois, c’est vraiment que l’autre est meilleur. Ou alors c’est que tu es toujours aussi con », déclarera-t-il.

En ce 3 août, Jean-Claude Bouttier a perdu son ultime combat face au cancer – il avait 74 ans –, et le monstre sacré du cinéma français, l’un de ses derniers amis…

Clara MARGAUX

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