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Alain Delon : il a frôlé la mort !

Publié le 15 août 2018

Alain Delon a reçu un coup terrible sur la tête et a failli périr noyé dans la mer.

La mort, elle l’a toujours accompagné.

Alain Delon a flirté avec elle, en a souvent senti le goût, quand ceux qu’il aimait, ami, amante, complice – ses chiens adorés aussi, si importants pour lui – l’ont quitté.

« La mort est la seule chose au monde dont nous soyons sûrs. C’est une question de temps. Combien d’années me reste-t-il à vivre ? Je peux aller jusqu’à 90-92 ans. Ce n’est pas moi qui décide, c’est l’Autre, là-haut », confiait-il à Paris Match au début de cette année.

Aujourd’hui, l’immense comédien n’a pas peur de cette fin inévitable, qui mettra un terme à son existence riche, folle, rare.


Mais s’il ne la redoute pas, s’il a même déjà préparé sa tombe, à côté de ses chiens, dans la chapelle de sa demeure de Douchy dans le Loiret, où il se sent un peu à l’abri des contingences d’un monde dans lequel il ne se reconnaît pas, Alain Delon a bien failli en faire l’expérience, d’une façon aussi prématurée que violente.

La mort était peut-être en effet partie à sa rencontre bien avant l’heure, quand il n’était encore qu’un très beau jeune homme au corps long et gracieux, au regard incisif, comme l’ont tous ceux qui n’ont peur de rien car ils n’ont rien à perdre.

Alain Delon aurait pu devenir un James Dean, une image plus qu’un homme, que le destin aurait certes arraché à la vie, mais aussi – et surtout – à la vieillesse, aux regrets éternels, à la mélancolie…

Fauve

Il n’a alors que 23 ans, et sent que le monde va lui appartenir. Avec quelques films à son actif, il n’est pas encore cet acteur au talent fou, qui paraît si naturel à l’écran.

Mais beaucoup ont déjà remarqué sa présence de fauve et la fascination qu’il exerce aussi bien sur les femmes que sur les hommes.

À l’époque, le grand metteur en scène Luchino Visconti sait déjà qu’il va le faire tourner.

Mais, en août 1959, le réalisateur René Clément a devancé le maestro italien.

Il prépare un film tiré d’un livre de Patricia Highsmith, qui raconte l’affrontement de deux jeunes gens : d’un côté, un riche Américain oisif qui mène la grande vie et peut se permettre de porter un regard cynique sur le monde, Philippe Greenleaf.

De l’autre, un mauvais garçon d’origine modeste qui ne peut que rêver de prendre sa revanche sur le rôle que lui a attribué le destin, Tom Ripley.

C’est pour interpréter le gosse de riche que Clément a pensé à lui.

Erreur de casting, selon Delon.

Bien qu’encore novice dans le monde du cinéma, il n’est pas du genre à se laisser impressionner par ses aînés.

Il a fait l’Indochine, après avoir été renvoyé des collèges et des pensions où on l’avait placé. Il a passé du temps avec les carcasses d’animaux, en faisant l’apprentissage du métier de charcutier et a dû parfois s’imposer dans le monde à la force de ses poings.

Alors, qui pourrait bien le forcer à faire quoi que ce soit ?

Après avoir lu le scénario de ce qui deviendra un chef-d’œuvre du septième art, Plein soleil, il va voir le réalisateur et lui dit qu’il jouera le rôle du voyou, dont il se sent proche, et pas celui du nanti.

Face à tant d’aplomb, et sans doute aussi parce que la future star a raison, René Clément – sur l’insistance de sa femme, Bella – finit par accepter de le laisser jouer Tom Ripley.

Duel

Un jeu dangereux, au côté d’un Maurice Ronet aussi beau et intrigant que lui.

Entre eux, le ton monte durant le tournage, comme la tension dans le film.

Il faut dire que leur duo vire très vite au duel : deux candidats idéaux qui s’opposent dans un combat de boxe où tous les coups sont permis.

Dans la vraie vie, Ronet est issu d’une famille de lettrés, de comédiens. Grand bourgeois, à l’aise à tous les égards dans l’existence, de huit ans l’aîné de son partenaire, il l’écrase par sa confiance en lui.

Aussi, quand, suivant le scénario, le personnage d’Alain Delon doit tuer à coups de couteau le fils à papa incarné par Maurice Ronet, chacun sent que la tragédie a des accents de vérité.

Dans ce film, le paroxysme de la tension est atteint quand Delon poignarde son rival sur le pont d’un grand voilier.

Mais une fois cette scène d’assassinat dans la boîte, Clément, qui veut du réalisme, demande à Delon de rester seul à bord du bateau pour le manœuvrer, de se débrouiller à la barre contre les éléments déchaînés, pendant qu’il est filmé depuis une chaloupe.

Car, comme si elle faisait partie de la scène, la tempête s’est levée.

La panique réelle du comédien doit, selon le réalisateur, donner à cette prise toute la violence et l’intensité dramatique qu’il souhaite faire ressentir au spectateur.

Et c’est à cet instant que la mort va frôler de très près l’acteur.

Soudain, Delon sent un coup violent, venu de nulle part, s’abattre sur sa tête !

« C’était horrible, a-t-il raconté en 2013 à Paris Match. On tournait dans la baie de Naples. J’étais malade comme un chien. René Clément attendait. […] La bôme m’a frappé en pleine tête, ce qui n’était évidemment pas écrit dans le scénario. Toute l’équipe a eu peur. Je n’ai jamais autant souffert physiquement que sur ce maudit bateau. »

Si la bôme avait heurté sa tempe, Delon serait mort. Noyé ou victime d’une fracture du crâne.

Mais le comédien n’a pas cédé à l’appel des sirènes. Et le film a connu un énorme succès.

Après sa sortie, Delon est devenu une star. Une étoile qui jamais n’a filé et dont le soleil brille encore.

Laurence PARIS

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