France Dimanche > Actualités > Alain Delon : Il se laisse mourir !

Actualités

Alain Delon : Il se laisse mourir !

Publié le 31 août 2019

Hospitalisé en juin dernier pour des vertiges, Alain Delon, qui a fait un AVC doublé d’une hémorragie cérébrale, affronte le pire…

Nul doute que le Guépard se souvient, comme si c’était hier, de ce dimanche 19 mai 2019. Ce jour-là, sur la musique du Clan des Siciliens, composée par Ennio Morricone, Alain Delon, smoking noir et chemise blanche, foulait le tapis rouge du Festival de Cannes, sous les vivat ! de la foule. Accroché au revers de sa veste, un badge, miniature de la couverture de Paris Match annonçant la naissance de sa fille, Anouchka. C’est d’ailleurs des mains de cette enfant chérie que l’acteur, en larmes, avait reçu, sous un tonnerre d’applaudissements, une Palme d’or d’honneur pour l’ensemble de sa carrière. « Il y a longtemps que je n’ai pas autant chialé », avouait-il, submergé par l’émotion, avant de déclarer : « Ce soir, c’est un peu un hommage posthume, mais de mon vivant. Je vais partir, mais je ne partirai pas sans vous remercier. »


Nul lieu mieux choisi que ce Palais des festivals, temple du 7e art pour annoncer la fin de sa longue et magnifique carrière ! Et contrairement à nombre de ses pairs qui reviennent sur le devant de la scène après leur dernier film, la star de 83 ans a tenu parole. Ce pour quoi il avait vécu, vibré, aimé, durant près de sept décennies, fait désormais partie d’un glorieux passé. Hélas, il y a plusieurs semaines, c’est en urgence qu’il était admis à l’Hôpital américain de Neuilly-sur Seine dans les Hauts-de-Seine…

La mort, l’acteur l’envisage de sang-froid depuis longtemps déjà. En 2012, un sérieux pépin de santé lui fait en effet prendre conscience qu’il n’est pas éternel. Et que son organisme, qu’il n’a jamais ménagé, est fatigué. Opéré suite à une arythmie cardiaque, il repasse sur le billard l’année suivante pour le même problème. à ses proches, il fait part de ses dernières volontés : il veut être enterré dans sa propriété de Douchy, dans le Loiret, et reposer parmi ses amis de toujours, ses chers chiens…

Malgré ce double avertissement et contre l’avis des médecins, le comédien reprend le chemin de la scène. Il y a encore des choses à défendre, des sensations à éprouver, du plaisir à donner au public. Aux côtés d’Anouchka, il se lance dans une longue et éprouvante tournée à travers la France. Une journée ordinaire est saluée tant par les critiques que les spectateurs. Delon y est à son meilleur et forme avec sa fille un duo confondant de réalisme.

En 2014, sa santé lui joue de nouveau des tours. La star souffre d’une légère paralysie faciale et a du mal à marcher. Hospitalisé à Lariboisière à Paris, on lui diagnostique une défaillance du système nerveux. Opéré avec succès du nerf trijumeau, « le grand fauve », de nouveau sur pied, espère enfin pouvoir réaliser son rêve : faire un film avec une femme réalisatrice.

Hélas, après les nerfs, ce sont ses yeux qui le lâchent. En 2015, il doit subir une délicate intervention du nerf optique. Fatigué, tant physiquement que moralement, le comédien se retire à Douchy où il tente de se ressourcer parmi les milliers de souvenirs qui peuplent les murs et les pièces de son manoir.

Après un court répit, la série noire se poursuit. En 2017, souffrant de terribles douleurs au dos et à la hanche, Delon subit en urgence un pontage de l’artère fémorale. Puis, en février dernier, il glisse dans l’escalier de sa maison et se retrouve une nouvelle fois à l’hôpital. Couché mais pas vaincu pour autant, il force l’admiration des médecins se lançant avec rage dans les exercices de rééducation… Il ne pouvait pas ne pas assister à ce Festival de Cannes dont il était l’invité d’honneur.

Maintenant qu’il a fait ses adieux au cinéma, aura-t-il la force, la volonté et surtout l’envie de poursuivre la bataille ?

Admise en juin dernier à l’Hôpital américain pour des vertiges et de violents maux de tête, la star a été transférée à la Pitié-Salpêtrière de Paris, où elle est restée trois longues semaines en soins intensifs. Et le sublime Tom Ripley de Plein soleil aurait bien failli basculer pour de bon dans la nuit éternelle, comme le laisse entendre le communiqué publié le 8 août dernier par son fils Anthony : « Mon père a fait un accident cardio-vasculaire et une légère hémorragie cérébrale. […] Toute la famille s’est relayée à son chevet, mon frère, ma sœur et ma mère Nathalie. » Comme l’a souligné Anouchka, le lendemain sur son compte Instagram : « Il a eu beaucoup de chance »…

Très affaibli, le comédien est depuis en convalescence dans une clinique en Suisse. Selon Anthony : « Son état s’est stabilisé. Ma sœur qui réside maintenant en Suisse suit son rétablissement de près et nous tient au courant de ses progrès quotidiens. »

Des nouvelles rassurantes dont il convient néanmoins de ne pas se réjouir trop vite. En effet, dimanche 11 août, c’était au tour d’Alain-Fabien, le benjamin de la star, de publier sur son compte Instagram une photo de son père, accompagné d’un message qui se voulait résolument optimiste : « Comme vous pouvez le voir, il va de mieux en mieux et il vous embrasse. » Certes, le cliché présente un Delon souriant dont le regard semble toujours aussi perçant. Mais si l’acteur est assis sur un fauteuil, et non cloué sur son lit d’hôpital, il est difficile de ne pas remarquer les cernes encerclant les yeux azur, ni la fatigue chiffonnant son beau visage.

Il est également un autre indice montrant que le comédien ne va peut-être pas aussi bien qu’il veut le laisser paraître. Il y a quelques mois, il avait déjà envisagé de vendre sa propriété : « Dès que je peux, je la vends. Ma fille voulait garder le domaine, mais une personne seule ne peut pas s’en sortir. Douchy me coûte une fortune en entretien », confiait-il alors à l’hebdomadaire suisse L’Illustré. L’argent est-il la seule raison poussant la star à se séparer de ce lieu où reposent ses chiens adorés ?

En effet, c’est en Suisse, où il possède un appartement que Delon a décidé de s’installer. Un pays où l’euthanasie est autorisée par la loi. Décider de sa propre mort, un choix qui n’est pas pour déplaire, loin de là, au Guépard, comme il s’en était expliqué, toujours dans L’Illustré : « Il y a un côté, très propre, net. Tu es dans ta chambre avec les gens que tu veux, avec les amis que tu as choisis. Ce sont tes derniers moments mais c’est toi qui décides et personne d’autre. »

Une idée qu’il ne mettra, espérons-le, pas à exécution de sitôt ! S’il a bel et bien fait ses adieux définitifs au cinéma, l’acteur espère remonter une fois encore sur les planches, ainsi qu’il le confiait à Gala, juste avant le Festival de Cannes : « On me verra finir sur scène, le théâtre clôturera ma vie d’artiste. » Le crépuscule d’un fauve, ainsi s’intitule la pièce d’Anne Fontaine qu’il rêve d’interpréter. On n’aurait pu trouver titre plus approprié…

Lili CHABLIS

À découvrir