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Alain Delon : Intimidé par des membres du Milieu !

Publié le 29 avril 2011

Alain Delon aura tout tenté pendant ce déjeuner corse, mais devant les menaces, le Guépard a dû reculer.

Quand Alain Delon atterrit à Ajaccio, c'est pour une visite éclair. Son vol de retour est prévu dans l'après-midi. Invité à déjeuner chez les frères Carbone, à Propriano, l'acteur a préféré voyager en solitaire. Il compte beaucoup sur cette rencontre pour convaincre les deux hommes. C'est sa dernière chance pour obtenir leur accord et tourner le film dont il rêve.

Devant le perron de la maison familiale des Carbone, la poignée de main entre François, Jean et la star est musclée mais amicale. Installés confortablement, les trois hommes échangent quelques politesses d'usage en dégustant l'apéritif. L'ambiance semble détendue. Delon passe machinalement la main dans ses cheveux et relève sa mèche brune. Le regard bleu azur tourné vers la Méditerranée, il se souvient du jour où il a décidé de se lancer dans ce projet au budget de 20 millions de francs.

->Voir aussi - Alain Delon : Le Guépard est un vrai papa poule !

Tout commence en août 1968. Comme le relate Christian Chatillon, dans son livre Le séminariste (Les portes du Soleil), Delon était à Ramatuelle et incarnait le lumineux Jean-Paul, du film La piscine. Entre deux prises, il dévorait le livre d'Eugène Saccomano, Bandits à Marseille, retraçant l'ascension de Paul Venture Carbone et François Spirito, deux figures corses ayant régné sur la capitale phocéenne dans les années 30.

Fasciné par ces gangsters de haute voltige, Delon avait sollicité le réalisateur Jacques Deray : « Carbone et Spirito ont fait rire et pleurer la France entière. Il faudrait en faire quelque chose. » Puis, très vite, l'acteur producteur avait acheté les droits et formé son équipe avec Jacques Deray. Motivé, le Samouraï devait, néanmoins, respecter les règles concernant les ayants droit.

Mais ce jour-là, en Corse, la star doit faire face à une fratrie très difficile à amadouer. Pourtant ses amis corses du milieu, et résistants de la première heure, François Marcantoni et Mémé Guérini, l'avaient prévenu. La réponse des héritiers Carbone est très claire : « Pas question que le nom de notre frère apparaisse sur les écrans. Qu'il repose en paix, et que Delon trouve un autre titre. On veut bien en discuter avec lui. »

C'est ainsi qu'Alain a rejoint l'île de Beauté. Le repas se déroule tranquillement. Malgré le pâté de merle et les langoustes, Delon est accablé. Il vient d'essuyer un refus ferme et définitif. Son film ne pourra jamais s'intituler Carbone et Spirito. Au moment de se quitter, l'un des deux frères se fait insistant. L'interdiction doit être respectée : « Sinon, il y aura des ennuis... »

Roch Siffredi

À son retour à Aix-en-Provence, le tournage reprend sous haute surveillance... Des hommes coiffés de feutres mous, qui visiblement ne travaillent pas sur le film, traînent sur le plateau. L'atmosphère est lourde. Les coupures d'électricité se multiplient, des moteurs cassent, et plusieurs techniciens démissionnent. On redoute le pire.

Puis, un soir, au milieu de son équipe, l'idée jaillit : « Les truands portent souvent le borsalino. Pourquoi ne pas donner ce titre au film ? » Les patronymes des voyous sont aussi modifiés : interprétés respectivement par Jean-Paul Belmondo et Alain Delon, Carbone devient François Capella, et Spirito est rebaptisé Roch Siffredi. Une fois ces changements annoncés, les contretemps cessent.

Intimidé par les membres du milieu, le Guépard, Alain Delon, a dû faire patte de velours...

Anita Buttez

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