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Alain Delon : "Je ne meurs pas si facilement !"

Publié le 10 juillet 2021

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Dans le documentaire intitulé “Alain Delon face au monde”, diffusé sur TV5 Monde le 1er juillet, le samouraï a fait de nombreuses révélations au journaliste Cyril Viguier. Morceaux choisis…

LA TENTATION DU SUICIDE

Il y a deux ans, suite à un accident vasculaire cérébral dans la nuit du 10 au 11 juin 2019, l'acteur a frôlé la mort. Et ces jours-ci, même s'il semble avoir retrouvé la forme, il semble toujours autant hanté par sa fin de vie, au point de défendre le droit de s'éteindre dans la dignité. « Je suis pour. Depuis des années. D'abord parce que je vis en Suisse, où l'euthanasie est possible, et aussi parce que je trouve que c'est la chose la plus logique et la plus naturelle qui soit. »

Écorché vif, il avoue aussi qu'il lui arrive même d'avoir envie de mettre fi n à ses jours. « Tout au long de ma carrière, qui a été extraordinaire, je n'y ai pas pensé. Maintenant oui, peut-être plus qu'avant. C'est une question d'âge, une question d'époque. » Et il a même imaginé comment il quitterait ce bas monde annonçant froidement préférer mourir « en sautant par une fenêtre qu'à cause d'un dysfonctionnement du cœur ».

HIROMI, MON AMOUR

S'il s'est si bien remis de ses graves pépins de santé, c'est surtout parce qu'il était bien entouré. Le vieux lion a bien sûr pu compter sur le soutien de ses enfants, mais aussi sur l'amour d'une femme douce et forte à la fois, venue d'un pays où il est vénéré comme un dieu vivant : le Japon ! C'est désormais offi ciel, le monstre sacré de 85 ans n'est plus un cœur à prendre. « Ma compagne japonaise, Hiromi, a été très présente à mes côtés tout au long de ma convalescence », a-t-il ainsi confi é à Paris Match sans fournir plus de détails sur cette histoire d'amour qui semble lui donner une nouvelle jeunesse.

UNE RELÈVE IMPOSSIBLE

Quand on lui demande quels pourraient être les acteurs, aussi charismatiques que lui, capables de lui succéder ? Non, vraiment, il ne voit pas ! On essaie de le mettre sur la voie : Brad Pitt ou Matt Damon ? « Je les connais peu », rétorque-t-il. Jean Dujardin ? « Pfff… Pardon ? » balance-t-il. Omar Sy ? Là, il explose : « Qu'est-ce que vous voulez que je vous dise ? » Le Samouraï n'aurait donc toujours pas d'héritier ? « Si, il y en a », réplique-t-il avant d'avouer son admiration pour Vincent Cassel. « J'aime bien. J'aimais bien son père », lâche-t-il, sans pour autant désigner nommément le fi ls de Jean-Pierre Cassel comme son digne successeur. Qu'on se le dise : Delon est unique et tient à le rester !

L'HOMME DES PRÉSIDENTS

À Emmanuel Macron, devenu, à 39 ans, le plus jeune président de la Ve République, il reproche d'avoir quelque peu désacralisé la fonction. « Ah bah, ce n'est pas de Gaulle ! Il aurait mieux fait de continuer ce qu'il faisait avant ! » Toujours est-il que la claque infl igée au chef de l'État l'a ulcéré. Mais, à ses yeux, rien ne vaut le général à qui il trouvait « toutes les qualités ». Hélas, il n'aura pas eu la chance de le rencontrer : « On ne se présente pas au général de Gaulle comme ça, en disant : “Je viens vous voir.” On attend d'être invité et ça s'est trouvé ainsi, on ne s'est jamais rencontrés. » En homme de droite qu'il s'est toujours revendiqué, il fustige pourtant violemment Donald Trump : « Je m'en fous de Trump. C'est un con, un mauvais acteur. Qu'il aille sur son golf et qu'il n'emmerde plus le monde ! » En revanche, le nouveau locataire de la Maison-Blanche l'a conquis, au point qu'il déclare : « J'ai une passion pour Biden. J'adore ce qu'il est, ce qu'il fait, son vécu, cette vie très dure qu'il a traversée… »

LA RELIGION, SA NOUVELLE PASSION

Le grand fauve blessé a trouvé dans la foi une forme d'apaisement qui lui permet d'appréhender la mort avec sérénité. Persuadé de retrouver « là-haut » sa maman adorée à laquelle il dit devoir tout, ainsi que Romy Schneider, Mireille Darc, Nathalie Delon, les femmes qui ont partagé sa vie, il se sent en paix. « Je sais qu'elles m'attendent, on se retrouvera là-haut. » Tutoyant régulièrement la mort et l'au-delà, il dit parler souvent à Édith, sa mère tant chérie. Et s'il a pu se remettre de son AVC, c'est, selon lui, grâce à ses prières adressées à la Vierge, qu'il le doit. Affi rmant croire en « Dieu, le Christ et surtout Marie », il livre sa dernière volonté : un enterrement catholique à l'église, mais « dans la plus grande discrétion », avant d'être inhumé dans son domaine de Douchy qui possède une chapelle privée et où il a fait creuser sa tombe.

“J'AI ÉTÉ SEUL TOUTE MA VIE”

Contrairement à Jean-Paul Belmondo, toujours entouré de sa bande de copains, Alain avoue se complaire dans la solitude. « Je suis seul. J'ai été seul toute ma vie. Ça, je pense que c'est une question d'enfance, d'éducation, de comportement et puis c'est une forme d'amour de la solitude, que j'ai connue. C'est une question d'éducation et surtout de naissance. Son père était sculpteur, artiste. Moi, j'ai été élevé par des personnes formidables, ma mère et son mari, mon beau-père, Paul, qui était charcutier. » Un métier dur et exigeant qui demandait au compagnon de sa maman, Édith (sur la photo ci-dessus avec lui en 1988), beaucoup d'abnégation et qui laissait peu de place à une vie sociale. Un travail que le jeune Alain a voulu embrasser à son tour en passant son CAP de charcutier. « Tous les lundis soir, j'allais aux Halles en voiture prendre mes cours. J'ai même eu le prix du “Jambon français”, j'ai été décoré. » Pourtant, certains jours, cet isolement lui pèse : « C'est très dur, mais, par moments, c'est appréciable aussi… Les chats et les chiens sont souvent plus compréhensifs et plus intelligents que les humains… » conclut-il, plus misanthrope que jamais.

TROIS FEMMES

Mireille Darc s'efforça de lui donner le goût du bonheur durant quinze ans.

Romy Schneider, à laquelle il fut fiancé, avant de rompre, en décembre 1963.

Avec Nathalie et leur fils, Anthony, né en 1964.

Même si l'acteur est désormais heureux auprès de Hiromi, sa nouvelle compagne, il n'oublie pas pour autant les femmes de sa vie… qui ne sont hélas plus de ce monde : « Elles sont toutes mortes. Il n'y a que moi qui reste, ça me fait de la peine ». Inconsolable, il ne parvient pas à revoir les œuvres où jouent ces actrices disparues qui ont tant compté pour lui : « Je ne peux pas voir des films avec Romy, Nathalie ou Mireille. Ça me fait mal. » Et lorsqu'il évoque Nathalie Delon qui s'est éteinte en janvier dernier, il semble inconsolable : « La seule femme que j'ai épousée et qui m'a donné un fils extraordinaire, Anthony », précise-t-il avec beaucoup d'émotion.

OBSCUR OBJET DU DÉSIR

Sa beauté insolente lui a valu d'être harcelé autant par les femmes que par les hommes, même si l'acteur trouve le terme un peu fort : « J'ai été emmerdé un peu mais je n'étais pas harcelé. J'aimais ça, si je ne l'avais pas été, je l'aurais regretté… Étant qui j'étais, je l'ai pris pour quelque chose de normal, et je ne trouvais pas normal de ne pas le faire moi-même. » Mais se sentir à ce point convoité s'est avéré quelquefois difficile à supporter : « C'est toujours agréable d'être désiré sauf quand on est désiré par quelqu'un de moche [Il rit.]. C'est difficile de lui dire : “Écoute, sois gentille. Laisse-moi passer.” » Quant aux vieux messieurs qui voulaient le mettre dans leur lit, il les a toujours éconduits avec tact. « En leur expliquant simplement que je n'étais pas comme ça », affirme Alain Delon, très cash.

Valérie EDMOND

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