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Alain Delon : Un homme supplicié et exécuté sous ses yeux !

Publié le 30 juillet 2017

A 81 ans, le Samouraï Alain Delon n’a jamais pu oublier la  scène atroce 
qu’il a vécue quand il n’était encore qu’un petit garçon.

«Comme un boxeur qui ne veut pas faire le combat de trop, je souhaite ne pas faire le film de trop », déclarait l’acteur en mai dernier au Festival international du film policier de Liège, dont il était l’invité d’honneur. Cet ultime tournage est prévu à l’automne : Alain Delon y incarnera un octogénaire amoureux d’une femme plus jeune, jouée par Juliette Binoche, sous la houlette du réalisateur Patrice Leconte. Et ensuite ?

Comme il s’en est maintes fois expliqué, le Samouraï prépare sa disparition. À bientôt 82 ans, qu’il fêtera le 8 novembre prochain, pas question que la grande faucheuse le prenne par surprise… Sa superbe propriété de Douchy (Loiret) sera sa dernière demeure.

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Et comme la star compte bien passer l’éternité entourée de ses fidèles amis les chiens, il a fait creuser un caveau, face au cimetière canin où reposent ses chers compagnons. Désireux d’assurer la sécurité financière de ses enfants et leur éviter de se disputer son héritage, le comédien a également vendu aux enchères ses collections d’art, d’armes, de grands crus ou de montres.

Hanté

Debout ! C’est ainsi que l’interprète de Rocco et ses frères voudrait mourir, comme il l’a confié lors d’une interview accordée au quotidien La Libre Belgique. Cette mort, qu’il lui arrive de désirer parfois, ne lui fait pas peur. Elle pourrait même peut-être le libérer de certains souvenirs qui, comme des cauchemars, reviennent régulièrement le hanter. Des images encore très nettes, et surtout des sons, qui continuent de résonner en lui, glaçants, intacts, bien que plus de soixante-dix années se soient écoulées depuis.

15 octobre 1945. Pour le comédien, qui n’est encore qu’un petit garçon, c’est un jour comme les autres. Même si sa vie ne ressemble pas tout à fait à celle des enfants de son âge. Alain avait 4 ans quand sa mère, Édith, s’est séparée de son père, Fabien. Elle s’est remise en ménage avec Paul Boulogne, qui possède la plus grande charcuterie de Bourg-la-Reine, en banlieue parisienne.

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Très accaparée par sa boutique, Édith, qui n’a plus le temps de s’occuper de son fiston, l’a mis en nourrice chez le couple Nérot, à Fresnes, la ville voisine, tristement célèbre pour sa prison. C’est justement là que travaille Monsieur Nérot. Il est surveillant et, à ce titre, occupe un logement de fonction au sein même de l’établissement pénitentiaire. Comme le confiera le comédien dans Alain Delon, cet inconnu, le très beau documentaire diffusé sur France 3 en novembre 2015 : « J’ai grandi dans la cour de Fresnes, entre les murs, à jouer avec les gamins des gardiens. »

Il a 10 ans, la guerre est finie. Le petit garçon a d’ailleurs assisté à l’arrivée de la 2e division blindée, menée par le Général Leclerc, à Bourg-la-Reine. Un moment fort qu’il n’a jamais oublié. Mais, ce 15 octobre, ce ne sont pas des cris de liesse qui le font sortir dans la cour de la prison, pleine de monde, et où se passent de drôles de choses.

Fer rouge

Une planche a été plantée dans le sol au milieu des détritus. À côté, un cercueil, des croque-morts, un corbillard. Un homme arrive, ligoté sur une chaise, livide et visiblement mal en point, mais encore bien vivant. La veille, afin d’échapper à son sort, il a avalé une fiole de cyanure. Cet inconnu, comme l’apprendra plus tard l’enfant, c’est Pierre Laval, chef du gouvernement de Vichy et principal artisan, avec le Maréchal Pétain, de la collaboration avec l’Allemagne nazie.

Retrouvé en Espagne, où il s’était réfugié, il a été jugé et condamné à mort par les Alliés pour haute trahison et complot contre la sûreté intérieure de l’État. Des chefs d’accusations que le jeune Delon n’est guère en mesure de comprendre. Il voit juste ce monsieur attaché à une chaise, demandant, comme ultime faveur de pouvoir mourir debout, ce qui lui sera finalement accordé. Puis il entend le sifflement des balles résonner dans la cour. C’est bref, intense, terrible.

Comme il le raconte dans Le mystère Delon, la biographie que lui a consacrée Bernard Violet, parue aux éditions Flammarion : « J’ai entendu la salve qui tua Laval et puis ensuite les commentaires : on l’a empoisonné, on l’a traîné, on l’a attaché sur sa chaise, c’était affreux. Ce sont moins des images que des sons qui me restent de cette cour de la prison de Fresnes. »

Est-ce son enfance passée au milieu des barreaux et cette scène imprimée en lui, comme marquée au fer rouge, qui ont poussé l’acteur Alain Delon à faire de sa vie une quête de liberté ? S’échapper dans des rôles, jouer la comédie pour oublier que ce matin d’octobre 1945 n’était pas du cinéma ?

Lili Chablis

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