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Alain Gillot-Pétré : L’éternel trublion des nuages

Publié le 18 janvier 2020

Alain Gillot-Pétré vouait une passion aux ouragans et aux cyclones, ses pochettes étaient assorties à la couleur du ciel. A jamais dans nos cœurs, le présentateur météo star des années 90 est parti le 31 décembre 1999, il y a juste vingt ans.

Sa gouaille et ses bons mots nous manquent. Son humour et ses éclats de rire aussi. Ses dictons et sa façon de nous raconter la pluie et le beau temps avant les journaux télévisés d’Antenne 2 puis de TF1, assurément. Et puis, il y avait également son look unique, avec son catogan et sa pochette de couleur.

C’est vrai qu’avec Alain Gillot-Pétré à la barre des prévisions, la météo est devenue un spectacle à la télé. Finis les bulletins monocordes et les cartes statiques. Avec lui, le bulletin se mue en une vraie info, mais assortie d’histoires drôles et d’animations satellitaires inédites. 

L’homme est savant et extravagant à la fois. Et il insuffle un nouveau ton dans les bulletins. Il le reconnaîtra lui-même : « C’est exact, j’ai imposé un style. Mais si la forme est délirante, le fond est très rigoureux. »


La météo a toujours été sa passion. « J’ai collectionné les ouragans comme d’autres des pièces de monnaie », avait-il coutume de dire à ceux qui s’étonnaient de voir à quel point il devenait fou lorsque les éléments naturels se déchaînaient, sans oublier les risques qu’il prenait pour filmer ses « chers » cyclones.

Sa veuve, Marie-Claude, nous racontait il y a quelque temps : « Un jour, je me souviens qu’il s’était même attaché à un arbre avec une chaîne pour ne pas s’envoler. Une autre fois aussi, il n’avait pas hésité à s’embarquer à bord d’un avion militaire américain pour atteindre l’œil d’un cyclone. » Intrépide, courageux, gentiment zinzin forcément…

Ce fantaisiste parcourait la planète pour « chasser » (c’est-à-dire observer de très près) les dépressions et les cyclones, avec un groupe de neuf amis qu’il avait lui-même fondé – l’Amicale des ouragans ! – et dont chaque membre portait le surnom d’un cyclone célèbre. Le sien était « Hugo », en référence à celui de 1989.

Alain Gillot-Pétré, fils d’une concierge versaillaise, avait même demandé à ce que ses cendres soient dispersées dans « un cyclone de force 5 » sur son île chérie, la Guadeloupe. Mais aucune dépression de cette puissance n’ayant frappé les Antilles depuis sa mort, son vœu n’aurait toujours pas été exaucé !

Né le 16 juin 1950 à Versailles, le jeune Alain passe sa jeunesse en Guadeloupe, île où il aurait voulu finir ses jours, lui qui répétait souvent : « Je suis un nègre blanc ». Après des études d’histoire et de géographie, il débute sa carrière de journaliste en 1972. Il entre à l’ORTF en tant que rédacteur de politique étrangère, avant de devenir critique littéraire à France Inter (1975-1977) puis à Antenne 2. C’est sur cette dernière, en 1981, qu’il présente son premier bulletin météo. Et fait de cet exercice jusque-là très conventionnel, un intermède un brin déjanté.

Pendant les quatre années qui suivent, il signe des chroniques météo dans le quotidien Libération, fait un bref passage sur La Cinq – où il présente le jeu C’est beau la vie ! qui ne trouve pas son public – et intègre TF1 en 1987, chaîne privatisée, pour douze ans. Un laps de temps au cours duquel il imprime ce ton si personnel à la météo, qui le rendra célèbre.

Humble, il était aussi très pro lorsqu’il déclarait, lucide : « Je ne suis pas un prévisionniste, je ne suis qu’un haut-parleur. Les ingénieurs de Météo-France sont, eux, de vrais pros. Ce sont des amis. Je travaille avec eux, ils savent faire des prévisions ; moi, je les présente ! »

Avec ses milliers de bulletins savoureux (plus de 9 000 au total), l’énergumène sérieux et compétent pouvait tout de même s’enorgueillir d’un Audimat flirtant avec les 30 % chaque jour, un signe de l’affection que lui portait le public friand de ses dictons rigolos et de ses conseils de bon sens : « Demain, n’oubliez pas de prendre une petite laine si vous sortez… »

Le 1er juin 1998, il fait un malaise en direct sur TF1 pendant son bulletin, après le journal de 20 heures. Cinq millions de téléspectateurs sont pétrifiés. À partir de ce moment-là, il n’apparaît plus qu’irrégulièrement à l’antenne. Le soir de la finale de la Coupe du monde de football, le 12 juillet 1998, il fait un bref retour en ayant revêtu un maillot des Bleus. S’il présente alors un crâne rasé – comme Fabien Barthez – il s’agit en réalité des stigmates d’une chimiothérapie qu’il subit pour lutter contre la maladie qui le ronge.

À sa mort, survenue en plein réveillon du 31 décembre 1999, à seulement 49 ans, ses nombreux fans et téléspectateurs apprennent alors qu’il souffrait d’un cancer depuis plusieurs années, qu’il se savait condamné, mais qu’il n’avait jamais voulu en parler. Celui que Libération surnomma poétiquement « le pitre des nuages » s’en est allé sur la pointe des pieds après vingt-cinq ans de télé (dont dix-huit de météo), tout en nous susurrant à l’oreille un dernier fameux… « Bon vent » !

En quittant TF1, Catherine Laborde a salué sa mémoire

« J’avais choisi la date du 1er janvier 2017 et ce n’était pas un hasard. Symboliquement, cela marquait la fin d’une année et la naissance d’une autre. De façon plus personnelle, ce choix du 1er janvier était également une manière de saluer la mémoire d’Alain Gillot-Pétré dont j’avais annoncé le décès en direct à l’antenne. C’est aussi lui qui m’avait fait entrer à TF1 et qui m’avait appris le métier… » avait déclaré la présentatrice – atteinte elle-même d’une démence à corps de Lewy – en tirant sa révérence avec une grande émotion, après vingt-huit années de bons et loyaux services.

Ce sont ses confrères qui en parlent le mieux…

Louis Bodin : « Il a su faire partager sa passion de la météo. »

Sébastien Folin : « Un grand vulgarisateur qui a révolutionné la présentation. On se sert toujours des chartes graphiques qu’il avait mises au point. »

Catherine Laborde : « La météo est devenue un rendez-vous construit grâce à Alain qui a scénarisé ­l’ensemble, tout est parti de là. »

Alicia COMET

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