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Alain Gillot-Pétré : Ses cendres attendent toujours un cyclone !

Publié le 20 février 2015

Le 31 décembre 1999, Alain Gillot-Pétré, le Monsieur Météo de TF1 nous quittait après avoir vaillamment lutté contre le cancer. Quinze ans plus tard, nous avons rendu visite à � Marie-Claude�, sa veuve.

Alain Gillot-Pétré, c’était l’homme le plus curieux du monde. Météorologie, géographie, littérature, politique, tout l’intéressait. Malheureusement, quelques jours avant le ­passage à l’an 2000, son cancer l’a emporté. Depuis, beaucoup de bulletins météo sont passés sur le petit écran.

Pourtant, dans la mémoire des téléspectateurs, Alain Gillot-Pétré reste toujours « le » présentateur météo, savant et extravagant à la fois. Ce précurseur (qui a introduit les images satellite à l’antenne) a aussi laissé une empreinte très forte chez ses confrères et successeurs.

Pas une année, en effet, sans que ces derniers ne lui rendent hommage : « La météo est devenue un rendez-vous construit grâce à Alain qui a scénarisé l’ensemble, tout est parti de là. » (Catherine Laborde, Sud Ouest) ; « Il a su faire partager sa passion de la météo. » (Louis Bodin, Le Parisien) ; « Un grand vulgarisateur qui a révolutionné la présentation. On se sert toujours des chartes graphiques qu’il avait mises au point. » (Sébastien Folin, Libération).

Vœu

Pour mieux connaître cet homme, France Dimanche s’est rendu à Orgeval (Yvelines) à quelques kilomètres de Paris. Là réside toujours Marie-Claude Gillot-Pétré, la veuve d’Alain, la femme de sa vie, épousée quand il avait 22 ans, et mère de ses trois enfants.

Marie-Claude Gillot-Pétré © Jérôme Mars et collection personnelle
Marie-Claude Gillot-Pétré © Jérôme Mars et collection personnelle

Dynamique et conviviale, notre hôtesse nous offre le café près de la cheminée de cette grande maison achetée quatre ans avant la mort d’Alain Gillot-Pétré. « Il était tellement heureux d’habiter ici, se souvient Marie-Claude. Malheureusement, il en aura peu profité. » À 49 ans, son mari a succombé à la maladie, la laissant inconsolable, tout comme Frédérica (30 ans aujourd’hui), Maximilien (34) et Alexandra (37).

Dans son bureau, où nous emmène Marie-Claude, on retrouve les « joujoux » favoris de cet amoureux de la nature : ses baromètre et anémomètre, ses trophées de meilleur présentateur météo et son téle­scope, qui lui permettait d’admirer les étoiles depuis son jardin.

Journaliste politique puis littéraire, c’est son amour de la Guadeloupe (où il passa son adolescence) qui l’a conduit à s’intéresser à la pluie et au beau temps. Apprenant qu’il revenait régulièrement sur son île pour en approcher les cyclones, Jean-Pierre Elkabbach lui dit un jour : «Tu es exhibitionniste, tu devrais faire la météo. » Il se jette alors à corps perdu dans l’aventure.

Il n'hésitait à braver les éléments. Ici, face au cyclone Luis, en 1995, en Guadeloupe
Il n'hésitait à braver les éléments. Ici, face au cyclone Luis, en 1995, en Guadeloupe

« Il adorait la Guadeloupe où il rêvait de prendre sa retraite, se souvient son épouse. Il disait “Je suis un nègre blanc”. Alain Gillot-Pétré n’hésitait pas à prendre des risques pour filmer ses chers cyclones, comme lorsqu’il s’était attaché à un arbre avec une chaîne pour ne pas s’envoler ! Ou quand il s’était embarqué à bord d’un avion militaire américain pour atteindre l’œil d’un cyclone ! »

Ce fils d’une concierge versaillaise avait même demandé à ce que ses cendres soient dispersées dans un cyclone de force 5 sur son île chérie. Mais aucune dépression de cette puissance n’ayant frappé la Guadeloupe depuis sa mort, son vœu n’a toujours pas été exaucé ! « L’urne est toujours là-bas, chez un ami, explique Marie-Claude. Alain a placé la barre un peu haut. » Et même si l’occasion se présentait, l’opération pourrait être risquée...

Écrivain

Cette histoire est à l’image de cet homme atypique qui « méprisait les mondanités et le parisianisme », selon sa veuve. « Il partait en fin de matinée et revenait après son bulletin. Il se mêlait peu au milieu de la télé, mais adorait Catherine Laborde [qu’il a formée, ndlr] ou PPDA, avec qui le prenaient des fous rires. » Ce fin lettré souffrait aussi de ne pas avoir été reconnu comme écrivain, malgré ses douze livres publiés en seize ans. « Il était un peu considéré comme un guignol par les médias. Il aurait tant aimé être invité chez Pivot ! »

Alain et Marie-Claude retournait dès qu'il le pouvait en Guadeloupe où il avait grandi
Alain et Marie-Claude retournait dès qu'il le pouvait en Guadeloupe où il avait grandi

Heureusement, l’homme le plus regardé de France avait d’autres priorités dans la vie. Ayant grandi sans son père, il mettait un point d’honneur à emmener ses enfants en vacances. Ils se rendirent ainsi à Cuba puis au Maroc quelques semaines avant sa mort. Un périple dont Marie-Claude garde un souvenir amer : « Il souffrait beaucoup. » Alain avait alors enchaîné par un séjour de deux semaines, seul, en Guadeloupe, avant d’être hospitalisé dès son retour.

Le jour de sa mort, l’homme qui accordait ses pochettes de costume aux couleurs du ciel figurait pourtant sur le planning de la météo de TF1. Alain Gillot-Pétré annulera la veille.

Cette météo, sa femme la regarde parfois avec un pincement au cœur. « J’aime bien Louis Bodin mais, au début, j’ai eu du mal : avec son crâne chauve, je trouvais qu’il ressemblait à Alain à la fin [quand la chimiothérapie l’avait obligé à raser son catogan, ndlr]. » Marie-Claude a aussi un penchant pour la « mignonne et fidèle » Catherine Laborde.

Alain Gillot-Pétré se définissait comme un « clown triste ». Malade, il aimait décrocher son téléphone en disant : « Funérarium de TF1, j’écoute ! » Sa veuve lui rend hommage en nous racontant une dernière anecdote : « Parfois, les gens reconnaissent mon nom et me demandent : “Comment va-t-il ?” Ça l’amuserait beaucoup. »

Texte : Benoît Franquebalme
Photos : Jérôme Mars et collection personnelle

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