France Dimanche > Actualités > Alain Rolland : Sur les traces de Johnny à Los Angeles

Actualités

Alain Rolland : Sur les traces de Johnny à Los Angeles

Publié le 25 janvier 2020

Le photographe Alain Rolland a eu le privilège de suivre Johnny dans sa vie américaine. Pendant 3 ans, il n’a rien raté des moments en famille aux studios d’enregistrement, en passant par les virées en Harley et les balades en amoureux avec Læticia.

Pendant trois bonnes années, le photographe Alain Rolland a vécu dans l’ombre de Johnny, captant, de 2007 à 2010, son quotidien à Los Angeles. Le résultat de ce travail au long cours est saisissant. Comment ne pas être ému par tous ces clichés très intimes qui dévoilent un mari amoureux et un papa attentionné, mais aussi un artiste exigeant et à fleur de peau, capable de rester des heures en studio, jusqu’à atteindre la perfection. Des moments rares qui révèlent une vie à fond la caisse dans cette Californie rêvée que le chanteur affectionnait tant. Recueillies dans un très beau livre publié aux éditions Le Cherche Midi intitulé Johnny intime, ces photos chic et chocs commentées par les textes pleins de sensibilité de la journaliste Alessandra d’Angelo se regardent avec émotion.

Jamais Johnny n’a semblé aussi heureux ! En 2007, lorsqu’il s’installe à Los Angeles dans le quartier de Beverley Glen, à deux pas de Mulholland Drive, là où réside le gratin du cinéma, c’est comme s’il découvrait l’Amérique avec des yeux d’enfant. Pour être raccord avec ce décor de cinéma, il lui faut tout : la Cadillac Eldorado des années 50, les Harley-Davidson customisées, les Stetson et les tatouages…

Quand Alain Rolland le rencontre pour la première fois au cours d’un dîner chez leur ami commun, le styliste Christian Audigier, il découvre un « homme simple, très chaleureux » qui a envie de conquérir Los Angeles à pleines dents. à l’époque, le photographe qui a quitté Bruxelles, sa ville natale, en 1992 pour faire carrière dans la « cité des anges », connaît la ville comme sa poche. Il a déjà photographié les plus grandes stars, Tom Cruise, Brad Pitt, Julia Roberts, Ben Affleck, Matt Damon, Ricky Martin, Demi Moore et tant d’autres, sans oublier Robin Williams et Dustin Hoffman. Parti de rien – il a été serveur et valet de parking quand il a débarqué aux États-Unis –, il ne manque désormais jamais une cérémonie des Oscars. Que de chemin parcouru avant de pouvoir immortaliser le tout-Hollywood !

Lorsqu’en 2007, Daniel Angeli, fondateur de l’agence photo éponyme pour laquelle Rolland est correspondant à L.A., lui demande de suivre Johnny dans ses pérégrinations américaines, il ne se fait pas prier. Johnny, il en est fan depuis ses 13 ans, depuis qu’il l’a vu en concert à Bruxelles, plus exactement. Le suivre pas-à-pas, voilà une opportunité qu’il n’aurait jamais imaginée ! Une formidable épopée qui s’achèvera en 2010, quand Alain, le Bruxellois, en mal du plat pays décidera de rentrer en Belgique après dix-huit ans passés de l’autre côté de l’Atlantique. Le chasseur d’images a accepté de revenir pour nous sur cet album photos plein de nostalgie.

France Dimanche : Comment s’est passée votre première rencontre en 2007 ?
Alain Rolland : C’est au cours d’un dîner chez le créateur Christian Audigier, un ami commun, que je vais faire sa connaissance. Nous sommes dix à table, mais le hasard a fait que je me suis retrouvé assis à ses côtés. Même si je côtoyais pour mon job les plus grandes stars de Hollywood, j’étais très impressionné. Il avait un tel charisme ! Seuls Madonna et Michael Jackson que j’ai eu la chance de photographier m’ont donné l’impression de dégager une telle aura. Il m’a expliqué vouloir démarrer une nouvelle vie en Californie. Il me posait plein de questions, du style comment obtenir la « carte verte », devenir résident américain… Il était très simple et très ouvert. Mais au fil du temps, j’ai appris à le connaître. Il avait beau se montrer blagueur, on le sentait un peu meurtri. C’était en réalité un introverti qui était souvent dans sa bulle.

FD : Il semble très heureux sur toutes ces photos…
AR : Ce n’était pas du chiqué, il l’était vraiment ! Læticia et lui étaient très amoureux. Ils venaient d’adopter Jade et allaient bientôt accueillir Joy. à ce moment-là, Johnny a envie de mettre de côté son statut de rock star pour devenir un vrai papa. C’est un Johnny qui aime aller au parc pour s’amuser avec ses enfants, qui va les chercher à la sortie de l’école, qui aime faire du vélo. C’est un autre homme…

FD : Comment avez-vous fait pour vous fondre dans le décor ?
AR : J’ai travaillé de manière très spontanée sans aucune mise en scène, ni aucun artifice. Tous les matins, à 10 heures, je me rendais sur le parking du centre commercial, situé en face de la maison des Hallyday où m’attendait Patrick, le garde du corps. On buvait un café au Starbucks et on attendait que le portail s’ouvre ! Je n’avais que quelques secondes pour sauter dans ma voiture pour le suivre, sans savoir de quoi allait être faite la journée… Il n’était pas question de le perdre en cours de route ! Il y avait cette adrénaline qui montait, car il n’était pas question de rater un moment qui pouvait être inédit. Il savait que j’étais présent mais je me faisais le plus discret possible, afin de capter des moments intenses et inédits. C’était parfait car Johnny n’aimait pas trop poser pour des photos…

FD : Vous en avez fait d’ailleurs la triste expérience plusieurs fois…
AR : Oui, ce n’était pas toujours facile de l’approcher. On ne savait pas toujours si on était le bienvenu ! Un jour, nous avions rendez-vous à Las Vegas. Je devais le retrouver sur le coup de midi à son hôtel pour faire des photos dans la ville. à l’heure dite, Læticia m’appelle pour me dire que son mari dort encore et me demande de revenir en fin d’après-midi. Quand je les retrouve enfin dans le lobby, Johnny dit qu’il a faim, et ne parle pas de la séance photo pour laquelle je suis là. Après avoir dîné dans un petit resto mexicain, il n’a plus du tout envie de se balader. Il veut faire une sieste ! En traversant le casino de leur hôtel, je suis complètement dépité. Je me risque à lui demander de poser devant les machines à sous. Il s’exécute et je mitraille trente secondes, jusqu’à ce que la sécurité nous mette à la porte car les photos étaient interdites dans l’enceinte du casino. Ce qui était amusant, c’est que les videurs n’avaient jamais entendu parler de Johnny Hallyday. Ce reportage a donc été réduit à une seule image mais par chance, elle était réussie ! Johnny était totalement imprévisible. Il fallait accepter le personnage et se plier à ses envies…

FD : Comme cet autre jour où il décide de se garer au beau milieu du décor que vous avez mis plusieurs heures à installer…
AR : Au printemps 2009, alors qu’il se trouve en pleine répétition de sa tournée Tour 66 dans un studio au nord de Hollywood, il me demande de faire, sur place, une photo, entouré de ses quinze musiciens avec, au premier plan, des Harley-Davidson vintage et, dans le fond, un décor de Far West ! J’avais trois jours pour m’organiser. J’avais réussi à dénicher une énorme fresque de 20 mètres de long qui représentait la route 66 avec Monument Valley au loin. Le jour du photo shoot, je passe plusieurs heures à installer tout ça sur le parking du studio. Johnny est attendu à 13 heures, mais il finit par apparaître trois heures plus tard au volant de sa voiture. Il klaxonne avec insistance pour se garer dans le parking, sans tenir compte de mon installation. Il faut bouger la fresque et il ne me donne que deux minutes pour la séance. Je lui propose de monter sur l’une des motos, d’enlever ses lunettes de soleil, ce qu’il refuse. Je dois improviser. Heureusement sur les trente photos que je parviens à faire en un temps record, il en ressort une, absolument parfaite. Là encore, j’ai eu chaud ! Johnny était vraiment un être à part, c’est ce qui le rendait au fond si attachant…

Valérie EDMOND

À découvrir