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Albert II : Le juge qui accuse !

Publié le 22 octobre 2019

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© BESTIMAGE Albert II

Alors que le procès Dmitri Rybolovlev dévoile un vaste réseau de corruption sur le Rocher, le magistrat en charge de l’affaire a été évincé de son poste!

Comme nous vous le révélions dans France Dimanche (n° 3815), le prince Albert se trouve aujourd’hui au cœur de bien des interrogations… L’affaire de corruption qui ternit depuis des mois l’image de Monaco est en train de prendre des proportions énormes ! Et en même temps, c’est la très délicate et essentielle question de l’indépendance de la justice qui est posée…

Vous vous souvenez peut-être qu’en 2015, les principaux protagonistes en présence étaient Dmitri Rybolovlev, un milliardaire russe, patron de l’AS Monaco, auprès de qui Albert apparaissait souvent, et un homme d’affaires suisse, marchand d’art, Yves Bouvier. Le Russe accusait ce dernier d’escroquerie, puisque, selon ses dires, le Suisse, en lui vendant des tableaux de maîtres, se serait servi au passage et lui aurait facturé quelque 900 millions d’euros en plus du prix des œuvres… Mais ce qui aurait dû n’être qu’une affaire de gros sous entre un riche acheteur et un intermédiaire accusé d’être malhonnête s’est transformé en véritable affaire d’état.


En travaillant sur ce dossier, le juge en charge de l’instruction, Édouard Levrault, a découvert que de hautes personnalités du Rocher seraient aussi mouillées dans cette histoire, qu’il a d’ailleurs voulu requalifier ! Il n’est plus désormais seulement question d’escroquerie, mais de corruption et de trafic d’influence. Parmi les personnes impliquées, se trouvent l’avocate de Dmitri Rybolovlev, mais aussi l’ancien garde des Sceaux de Monaco, ainsi que l’ancien procureur général, l’ex-chef de la police du Rocher et l’ex-ministre de l’Intérieur ! De quoi faire trembler Albert et sa principauté.

Mais en juin dernier, alors que le juge édouard Levrault avait été officiellement reconduit dans ses fonctions pour trois ans, il a soudain appris qu’il serait remplacé par l’un de ses confrères, dès le mois de septembre 2019 ! Si le prince Albert, cible de tous les regards, a affirmé dans un communiqué son « attachement à une justice indépendante et impartiale », cette mutation tout à fait inattendue du juge donne à l’affaire une tout autre tournure… D’autant que l’homme de loi évincé a décidé de briser le silence. Et ce qu’il a à dire risque de faire trembler la principauté. Il avait déjà fait tomber la tête du garde des Sceaux qui, après les annonces du magistrat, avait soudain décidé de prendre sa retraite. Ce qui n’avait pas empêché le juge de faire perquisitionner son bureau au moment où il organisait son pot de départ. Mais cette décision a été suivie d’étranges comportements…

Comme l’a raconté édouard Levrault à L’Obs, plusieurs avocats monégasques lui ont alors demandé s’il savait « dans quoi il s’embarquait.» Le nouveau directeur de la police, sans doute conscient des dangers que l’attitude de ce juge très indépendant pouvait engendrer, lui aurait alors proposé, par deux fois, de lui affecter « une escorte policière » ! Comme le révèle toujours notre confrère, dans une note confidentielle adressée à Albert, le premier ministre du Rocher se serait inquiété des répercussions que pouvait avoir « la croisade Levrault » pour la principauté ! Et sans doute pour essayer de mettre fin à ces inquiétudes, ce même premier ministre aurait envoyé un courrier à la présidente du tribunal, pour lui souffler l’idée de dessaisir le juge Levrault…

Alors que ce dernier ne se démontait pas et inculpait les hautes personnalités citées plus haut, fin 2018, la Sûreté publique monégasque, l’équivalent de notre police, oubliait de convier le juge à la cérémonie annuelle des vœux. Dès lors, Édouard Levrault s’est senti surveillé, isolé. C’est à cette période que des rumeurs ont couru sur le Rocher, mentionnant une perquisition qui devrait cette fois avoir lieu au palais ! Dans l’antre même d’Albert !

C’est exactement à ce moment, en mai dernier, que le prince a étendu, par une ordonnance souveraine, l’immunité dont il bénéficie lui-même à certains de ses conseillers. Ce qui a fait dire à certains que cette mesure avait été prise pour lutter contre le trop grand zèle du juge. Et si, en avril dernier, les autorités monégasques lui annonçaient qu’il serait renouvelé à son poste, deux mois plus tard, Édouard Levrault apprenait, par la presse, qu’il n’en serait finalement rien ! Et ce, « sans qu’aucun grief ne soit invoqué, ce qu’aucun état de droit ne saurait admettre », a-t-il confié à L’Obs.

Par contre, selon lui, ce seraient de « pitoyables campagnes de presse […] sous couvert d’anonymat », qui auraient servi à justifier la décision des autorités monégasques de ne pas le garder en fonction sur le Rocher. Le juge a même attaqué le magazine Valeurs actuelles qui a publié, en juin dernier, des informations relatives à la vie privée de sa compagne. « J’ai réalisé qu’à Monaco, la justice devait être une institution qui arrange, et non qui dérange », a encore confié Édouard Levrault à L’Obs.

Il est certain que, dans ces conditions, l’affaire Dmitri Rybolovlev va être suivie de très près. Nous nous ferons bien sûr l’écho des prochains épisodes qui pourraient toucher le prince Albert.

Laurence PARIS

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