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Albert II : Piégé dans la tour infernale !

Publié le 1 septembre 2015

Cette luxueuse construction de 170 m de haut aurait dû être l’orgueil de la principauté et de son souverain Albert II : elle est en train d’en devenir le cauchemar.

C’est ce qu’on pourrait appeler un été agité. Alors que le prince Albert II ne demanderait sans doute pas mieux que de souffler un peu et de profiter pleinement de la grâce de son épouse et des sourires de leurs jumeaux, voilà que les contrariétés se mettent à pleuvoir sur sa tête comme une pluie d’orage après la canicule.

Fin juillet, c’était Jazmin Grace, sa fille « cachée », qui apparaissait soudain en pleine lumière pour affirmer que grandir sans père lui avait été pénible : ce n’est jamais très agréable de s’entendre dire que l’on n’a pas été à la hauteur…

Mais ce n’était encore rien par rapport à la catastrophe qui vient de tomber sur le souverain monégasque. Car, aujourd’hui, Albert se retrouve bel et bien piégé… dans une tour infernale ! Il serait d’ailleurs plus juste de dire piégé par une tour infernale. Mais le résultat n’est pas moins critique, et la question que va devoir résoudre le prince est la même dans les deux cas : comment faire pour trouver la sortie ?

Odéon : tel est le nom de ce fameux building qui s’érige désormais sur le Rocher, face à la mer, au 36 de l’avenue de l’Annonciade, à un jet de pierre de la frontière française et de la petite ville de Beausoleil.

Commençons par quelques chiffres pour planter le décor : 170 m de haut, 50 000 m2 habitables, 10 000 tonnes d’acier, 80 000 m3 de béton, 10 niveaux de sous-sol abritant 550 places de parking, des fondations creusées dans la roche jusqu’à 40 m de profondeur. Situé à l’est de Monte-Carlo, non loin de la place du Casino, ce gratte-ciel réunit deux ailes asymétriques de 47 et 49 étages, reliées par un noyau central comprenant six cages d’ascenseurs.

Il y a encore plus élevé que la tour elle-même : ce sont les prix des appartements qui y sont mis en vente. Au 22e étage, un 6 pièces de 400 m2 est affiché à 28 millions d’euros, soit 70 000 le m2. Au 31e étage, c’est encore plus cher, la facture s’élevant à 83 000 euros le m2. Plus tu montes, plus tu paies ! Au sommet, c’est du délire : un « penthouse » de 3 300 m2 s’étire entre le 45e et le 49e étage.

Parmi les « commodités » de ce petit pied-à-terre : une piscine à débordement avec toboggan, une salle de fitness, un hammam, sans même parler de la vue panoramique sur le Rocher et la Méditerranée, jusqu’à Bordighera sur la côte italienne. Le prix du rêve ? Il est estimé à plus de 300 millions d’euros. Soit à ce jour, l’appartement le plus cher du monde ! Mais on peut toujours surenchérir si on tient vraiment à se l’offrir…

Nous venons de parler de rêve : nous aurions mieux fait de prononcer le mot « cauchemar ». Car Odéon est devenue un casse-tête dès le premier coup de tractopelle donné, voilà plus de cinq ans. Montage financier très complexe, soupçons de corruption, colère des riverains, logements publics non conformes aux attentes : cette opération immobilière fait décidément bien des vagues.

La première chose qui coince, c’est l’emplacement choisi pour ce projet pharaonique. Prévu à l’origine pour abriter 307 logements, Odéon se dresse à l’angle de deux rues sinueuses dans le quartier escarpé de la Rousse. « Comment desservir ses abords sans créer un embouteillage permanent ? » se demande le magazine L’Express, qui a consacré un important dossier à la tour infernale.

Contrairement à ce qu’on pourrait penser, la première révolte contre Odéon est née non pas à Monaco, mais en France : chez les habitants de Beausoleil ! Car, malgré le nom de leur commune, les plus proches du chantier se sont vite aperçus que le monstre qui sortait de terre allait leur boucher la vue sur la mer et leur voler au minimum deux heures de soleil chaque jour ! Pas bon du tout pour la valeur des propriétés…

Bas de laine

L’association de riverains créée pour la circonstance n’obtiendra, hélas, rien de bien satisfaisant. Mais, bientôt, l’affaire tourne au scandale politique. Si l’on en croit notre confrère L’Express, les parlementaires monégasques auraient découvert que le gouvernement aurait accordé des facilités financières très généreuses aux promoteurs de l’édifice.

Il aurait ainsi décidé de puiser 268,3 millions d’euros dans le fonds de réserve constitutionnel, le « bas de laine des Monégasques ». Même s’il n’y a pas eu à ce jour de réaction officielle des autorités de la principauté.

Et voilà comment Albert II se serait retrouvé englué dans cette histoire de gros sous, qui, rapidement, s’est mise à « déborder » sur la France voisine. En novembre 2009, le maire de Beausoleil, Gérard Spinelli, est mis en examen et incarcéré durant quatre-vingt-dix jours pour « corruption passive » et « trafic d’influence » par le juge marseillais Charles Duchaine.

Monsieur le maire est soupçonné d’avoir reçu 65 000 euros en espèces de la part d’un intermédiaire pour ne pas faire obstacle au chantier. Pot-de-vin que M. Spinelli nie farouchement avoir touché. Il appartiendra à la justice de trancher.

Une affaire de cette importance ne peut que nuire au prestige de la principauté… et à celui de l’homme qui en est le souverain ! C’est bien pourquoi Albert II, certains jours, doit se mordre les doigts d’avoir autorisé la construction de cette maudite tour.

Jean-Louis Vinteuil

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