France Dimanche > Actualités > Albert : Il se prend pour un Pharaon ! (VIDEOS)

Actualités

Albert : Il se prend pour un Pharaon ! (VIDEOS)

Publié le 9 septembre 2018

albert-20180810-1

D’ici à 2025, la Principauté de Monaco aura gagné 6 hectares sur la mer. Avec ce chantier dantesque, le Prince Albert compte bien marquer de son empreinte l’histoire du Rocher.

Le prince est aux anges !

Plus de douze ans qu’il en rêvait, et voilà qu’enfin son pharaonique projet d’extension sur la mer prend forme.

L’événement s’est déroulé le 25 juillet dernier.

Ce jour-là, il y a de l’orage dans l’air, mais ce ne sont pas les aléas de la météo qui vont empêcher le souverain d’inaugurer le premier des 18 caissons monumentaux destinés à aménager, à l’horizon 2025, un nouveau quartier de 6 ha entièrement gagné sur la Méditerranée, à l’est de Monaco. 

Situé à 100 m du rivage, ce caisson a été acheminé par remorqueur depuis Marseille, son lieu de construction.

Pour la photo souvenir, Albert pose tout sourires debout sur un bateau secoué par les vagues devant le monstre de béton armé de 10 000 t et de 27 m de hauteur, pour 28 m de côté, soit la taille d’un immeuble de 10 étages, qui porte désormais une plaque représentant son monogramme en forme de double « A ».

Une grande fierté pour le souverain, qui ne cachait pas son émotion aux côtés de son neveu Andrea Casiraghi et de Martin Bouygues, PDG du groupe du même nom, en charge de ce chantier démentiel.

L’« iceberg gris » a même été béni par Monseigneur Bernard Barsi, archevêque de Monaco, qui avait lui aussi embarqué sur le bateau princier avec Serge Telle, le ministre d’État de la Principauté.

“Prince bâtisseur”

Acculé par le manque de place, le Rocher doit faire face depuis toujours à l’étroitesse de son territoire, d’une superficie de 2,02 km2 seulement, dont un cinquième a déjà été gagné sur la Méditerranée.

Avec ses 37 500 résidents et une densité de 18 000 habitants au kilomètre carré, la Principauté est au bord de l’asphyxie.

Aujourd’hui, Albert assume pleinement ses ambitions de conquistador.

Certes, il ne s’agit pas là d’un coup d’essai.

En 1961, un premier terre-plein voit le jour, faisant gagner 3,5 ha.

En 1963, ceux du Sporting et du Larvotto vont permettre au pays de s’étendre sur 13 ha supplémentaires.

Le record est établi en 1971 avec la construction du terre-plein de Fontvieille et ses 22 ha conquis sur la mer.

En 2003, l’aménagement du port Hercule permet cette fois une extension d’environ 9 ha.

Au total, en près de cent cinquante ans, la cité-état a réussi à s’agrandir de plus de 40 ha, valant à Rainier le surnom de « prince bâtisseur ».

Dans cette bataille acharnée pour acquérir de l’espace, son héritier, Albert II, compte bien laisser lui aussi son empreinte.

Pour ce faire, il n’a pas lésiné sur les moyens, s’engageant dans un défi d’une ampleur hors norme dans lequel 18 blocs de béton, imbriqués comme des Legos géants, constitueront une ceinture autour du littoral actuel.

Un tour de force digne d’Hercule !

Une fois ballastés, ils vont reposer sur un remblai composé d’un million et demi de tonnes de granulat, afin de former une digue permettant d’aménager le terre-plein destiné à accueillir de luxueuses infrastructures.

Ce futur quartier, baptisé l’Anse du portier, entièrement piétonnier, sera essentiellement composé de logements de très grand luxe, villas et appartements, où le prix du mètre carré devrait se négocier entre 55 000 et 100 000 euros. Hallucinant !

Sont aussi prévus des commerces et des équipements publics, port, parking, promenade littorale et parc public d’1 ha « à l’instar des premières urbanisations de la Riviera ».

Le tout dans une profusion de nature domestiquée et durable conférant à cet éden le statut d’écoquartier.

Les détenteurs de la concession sont une entreprise anonyme de Monaco, la SAM de l’Anse du portier, mais aussi la société Bouygues travaux publics, filiale de Bouygues construction, qui est garante du chantier.

Le montant global des travaux pour l’aménagement de cette infrastructure marine dantesque est de l’ordre d’un milliard d’euros, a indiqué un responsable du groupe Bouygues, pour un montant total, aménagements terrestres inclus, de 2 milliards. Une somme colossale !

La SAM de l’Anse du portier finance l’intégralité de la construction et pourra ensuite valoriser l’opération en revendant logements et commerces.

Outre une soulte de 400 millions versée par la société d’aménagement, l’État monégasque espère récupérer 750 millions d’euros en recettes de TVA et droits d’enregistrement du fait de la vente des biens immobiliers construits dans ce futur repaire de milliardaires. Un joli coût de maître !

Ecosystème marin

Mais pour s’agrandir, Albert doit se montrer exemplaire en matière de développement durable et faire face à un cahier des charges particulièrement contraignant afin de préserver l’écosystème marin.

Pour être irréprochable, il n’a pas hésité à faire déplacer manuellement et avec minutie 518 m2 de posidonies, plantes aquatiques à fleur installées sur le site du futur remblai, ainsi que 143 grandes nacres, des coquillages géants.

Toutes ces précautions suffiront-elles à calmer les défenseurs de l’environnement, plutôt sceptiques face au projet situé entre deux réserves naturelles protégées (la réserve du Larvotto, au nord-est, et le tombant coralligène des Spélugues, au sud-ouest) ?

Pas si sûr…

Sophie MARION