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Albert : Les "nez rouges" le font voir rouge

Publié le 7 septembre 2007

Marc Giacone ne pensait pas à mal en créant le "Monaco Politic Circus" sur Internet en caricaturant AlbertMarc Giacone ne pensait pas à mal en créant le "Monaco Politic Circus" sur Internet en caricaturant Albert

Marc Giacone est un artiste de 53 ans, un marginal diront certains. Pour gagner sa vie, il joue de l'orgue dans les églises. À Monaco, où le luxe a trouvé refuge, ce compositeur détonne.

Sa chemise bariolée et sa barbe drue l'éloignent singulièrement de la population sophistiquée qui parcourt le petit État. Un État que ce farfelu, pince-sans rire, amateur de caricature, lecteur assidu de Charlie Hebdo, avait malencontreusement décidé de brocarder en caricaturant Albert.

Tout commence au printemps dernier, lorsque l'organiste, lassé de voir les puissants de ce territoire minuscule se prendre autant au sérieux, malheureux de constater que des lois rétrogrades le régissent encore (l'avortement, même thérapeutique, y est sévèrement puni), décide d'«imaginer des trucs drôles » et de «tourner un peu en dérision» les gouvernants de son pays.

->Voir aussi - Albert : La dernière fois où il a Grace vivante

S'inspirant du cirque, si apprécié à Monaco, il crée anonymement un petit site internet qu'il baptise le «Monaco Politic Circus». L'affaire Giacone, ainsi que la presse locale la qualifie aujourd'hui, est sur le point de débuter...

«J'ai seulement voulu me moquer gentiment, avec mon humour potache et, parfois, il est vrai de mauvais goût», nous a expliqué Marc. Se moquer de quoi ? Impossible de le savoir précisément, puisque le site a été fermé.

Marc Giacone décrit un site sur lequel une douzaine de personnalités étaient représentées en photo, à commencer par le prince Albert II, suivi de Jean Paul Proust, le ministre d'État de la principauté, et d'autres figures connues. Détail important, toutes ces personnes avaient été affublées d'un nez rouge et de sobriquets plus ou moins heureux.

Le souverain avait été baptisé «Bébert : chef clown séducteur», le ministre d'État «clown ronfleur». Plus grave sans doute, ces quelques insinuations énigmatiques. Hélas pour son auteur, les autorités ont vu rouge' à la vue de ces nez rouges ! «Le 22 mai, je reçois un coup de fil. La police veut m'entendre pour un témoignage, explique Marc. Je ne savais pas du tout ce qu'on me voulait.» Rapidement, il est mis au courant.

Après qu'il a confirmé qu'il connaissait bien le «Monaco Politic Circus», on lui notifie sa garde à vue, invoquant un article de loi qui dit que toute offense faite au chef de l'État est passible d'une peine de prison' Marc Giacone demande un avocat, apprend qu'il n'y a pas droit.

L'interrogatoire se poursuit, au cours duquel, submergé par l'émotion, il perdra momentanément connaissance. Sa garde à vue durera vingt-deux heures, ponctuée par une perquisition à son domicile, la saisie de son ordinateur et entrecoupée par une nuit peu agréable dans un cachot tout bétonné.

Quelques semaines plus tard, il était jugé. Si la plupart de ses victimes ne demandaient que des dommages et intérêts symboliques, Marc a été stupéfait à l'énoncé du réquisitoire : six mois de prison ferme, assortis de 1.500 euros d'amende pour «offense au chef de l'État », «injures» et «diffamation» !

Les excuses qu'il présentera n'y changeront rien. Il attend maintenant le verdict, qui sera rendu au mois d'octobre. Entre-temps, un autre coup dur a ébranlé sa vie. L'administration a estimé que ses ennuis avec la justice étaient incompatibles avec son métier.

Dans ce pays où il n'y a pas de séparation de l'Église et de l'État, Marc Giacone, qui n'a pas encore été officiellement condamné, a dû quitter son cher orgue. Seul réconfort, un comité de soutien s'est créé en vue de sa défense. Sa « petite » blague à l'encontre d'Albert lui vaut donc de se retrouver sans ressources.

Cyril Bousquet

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