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Albert : Les révélations sur sa douloureuse enfance !

Publié le 1 mai 2018

Comme l’atteste ce livre d’entretiens, Albert de Monaco 
a grandi sous la coupe d’un père tyrannique et d’une mère absente. Sans amis.
 Un régal pour les psy…

Depuis 1939, Jean-Paul Sartre fait des émules. Dans sa nouvelle, L’enfance d’un chef, tirée du recueil Le mur, le philosophe racontait l’histoire d’un homme destiné à prendre la succession de son père à la tête d’une usine.

« C’est pour cela que je t’ai fait ! », tonnait le paternel.

Un avenir programmé qui conduira le fils à vouloir mieux se connaître grâce à l’introspection et à la psychanalyse.

Cette œuvre a inspiré bon nombre d’historiens qui se sont penchés sur les jeunes années de nos présidents et anciens rois, afin de mieux cerner leur parcours adulte et leur mode de gouvernement.

Aussi manque-t-il peut-être un mot dans l’ouvrage coécrit par Isabelle Rivière et Peter Mikelbank, paru aux éditions Fayard.

Les auteurs auraient pu l’intituler : Albert II de Monaco, (l’enfant), l’homme et le prince, car cet ouvrage permet surtout de mieux se familiariser avec la jeunesse (et la genèse ?) de Son Altesse, qui vient de fêter ses 60 ans.

A l’image du personnage de Sartre, le fils de Grace et de Rainier a-t-il suivi une psychothérapie ?

Cela n’est pas précisé dans le livre. Mais une chose est sûre. Il s’agit d’un vrai régal pour tous les Freudiens.

Carcan

Car en parcourant les interviews du prince et de son entourage (ses sœurs Caroline et Stéphanie, sa femme Charlène, l’ancienne nurse anglaise, l’ex-père chapelain du palais), on perçoit que ce qui intéresse deux journalistes spécialistes du Gotha, ce sont justement les années de formation du futur souverain.


Certes, ce dernier se méfie et reste volontiers vague quand on lui pose des questions intimes. Mais il lui arrive parfois de jouer le jeu, quand il est interrogé sur ses parents.

Notamment sur son père, Rainier, auquel il a succédé. « Une sorte d’obligation morale » pour Albert. Depuis tout jeune, il se prépare à régner. Mais sans doute pas par vocation : « Je ne voulais décevoir personne, ni mes parents ni les membres de ma famille. » Seulement, s’il avait eu le choix, il aurait fait autre chose : « J’aurais aimé tenter des expériences différentes […], avoir la possibilité d’exercer un autre métier. »

Toujours très proche des enfants, il se serait bien vu éducateur ou entraîneur.
« J’aurais aimé enseigner », affirme-t-il. Le maître du Rocher garde de bons souvenirs de ses expériences de moniteur dans des camps d’été aux États-Unis. Et puis l’exemple de son père ne l’encourageait pas non plus à monter sur le trône.

Car le pouvoir était un véritable carcan pour Rainier III : « J’en ai marre, je ne fais pas ce que je veux », lançait-il à son héritier. La différence est que les deux hommes n’ont pas le même caractère. Albert ne s’en cache pas, même s’il a été « éduqué pour ça », il lui a fallu forcer sa nature.

Gentil et conciliant, préférant se faire aimer plutôt que craindre, il utilise à dessein la métaphore du joueur de baseball qui « frappe quand c’est nécessaire pour son équipe ». Rainier, lui, avait une autorité naturelle. Tous les témoignages du livre vont dans ce sens.

« Mon père était un homme strict, exigeant, vieille école », rapporte la princesse Caroline, dont le témoignage est, sans doute, le plus éclairant sur le mode de fonctionnement de la famille Grimaldi et sur l’enfance de ce chef dont elle n’est l’aînée que d’une année.

Aussi, s’ils s’entendaient « comme chien et chat », le frère et la sœur étaient aussi les deux meilleurs amis du monde. Sachant qu’ils n’en avaient pas d’autres… Car Rainier a fait en sorte de les mettre sous cloche.

Père très possessif, « il ne comprenait pas que l’on puisse éprouver l’envie d’avoir des amis », raconte encore Caroline. Il leur avait appris à ne faire confiance à personne et leur disait : « Si un ami te demande un service, c’est que ce n’est pas un ami. » Et Albert confesse que son père n’aimait pas qu’ils reçoivent trop souvent des copains : « Nous devions prendre la température de son humeur avant d’inviter qui que ce soit à la maison. »

Si bien que, jusqu’à l’âge de 12 ans, les deux enfants ont suivi leurs cours à domicile, en compagnie de trois enfants des membres du personnel du palais. Pas d’école pour eux ! « Nous avons été élevés en vase clos », se souvient l’aînée qui a été mise en pension à 14 ans.

Elle a même dû lutter pour suivre ses études car sa mère trouvait cela absurde pour une fille : « Si tu en fais, tu ne trouveras jamais de mari ! », lui répétait-elle. « Je devais juste apprendre à bien me conduire, poursuit la princesse de Hanovre. On m’a expliqué dès mon plus jeune âge que l’important c’était Albert. » Drôle d’éducation !

D’ailleurs peut-on même parler d’une véritable éducation, sachant que Rainier et Grace, très pris par leurs fonctions, passaient peu de temps avec leurs enfants. D’où le rôle central de leur chère nanny, Maureen King, une jeune nurse anglaise qui restait 24 heures sur 24 avec eux.

Jusqu’à l’âge de 14 ans, Caroline et Albert ont pris tous leurs repas avec elle car ils ne voyaient leurs parents que le soir et, certains jours, le matin ! « Petits, nous étions sans doute plus attachés à notre nounou qu’à nos parents », concède Caroline. Si bien que lorsque celle-ci partait en vacances, c’était un déchirement pour eux. Grace était même obligée de la rappeler afin qu’elle écourte ses congés !

Dégâts

En fait, c’était lors des vacances d’été, notamment dans leur maison de campagne de Rocagel, un domaine surplombant Monaco, que la famille se retrouvait un peu.

Et encore ! Caroline, se souvient encore avec effroi de leurs « obligations ».

Pas seulement celles liées aux inaugurations et autres commémorations. Non, elle veut parler des séances de pose en famille auxquelles il fallait se plier. A la plage, à la montagne ou devant un sapin de Noël qu’il fallait décorer plus tôt pour que les images puissent être publiées à temps. C’est surtout leur mère qui leur imposait cela.

L’ancienne actrice américaine pensait que s’ils posaient pour les photographes, ces derniers les laisseraient tranquilles. On connaît le résultat. Dès lors, il est aisé de comprendre que leurs meilleures vacances se déroulaient de l’autre côté de l’Atlantique dans des summer camps avec leurs cousins américains, les Kelly. C’était leur bouffée d’oxygène.

Cependant, comme l’explique Caroline, ils étaient « pris dans un engrenage », constamment mis sur le devant de la scène et aux ordres de l’attaché de presse du palais. Si l’aînée s’est rebellée à 12 ans – « Exaspérée, je n’ai plus voulu avoir quoi que ce soit à faire avec tout ça ! » –, elle se montre désormais plus indulgente envers ses parents : « Je ne pense pas qu’ils aient jamais eu conscience des dégâts que cela pouvait occasionner. » Le fait d’être deux les a sans doute sauvés. Stéphanie, née sept ans après Albert, a, par la force des choses, dû faire bande à part.

Maniaque

Avec Caroline, ils restaient dans leur bulle, en s’inventant un langage qu’eux seuls comprenaient. Ils aimaient déjà se déguiser et se donner des rôles dans des univers imaginaires. Quand on vous dit qu’un psy se régalerait à les entendre parler de leur jeunesse dans leur prison dorée !

Devenus ados puis adultes, lâchés en pleine nature, les jeunes Grimaldi ont fait les 400 coups. Albert se félicite d’ailleurs que les téléphones portables n’existaient pas à l’époque de ses années universitaires aux États-Unis : « Avec l’ambiance qui régnait dans les fêtes étudiantes, je me serais sans doute retrouvé deux ou trois fois dans l’embarras. »

De même, doit-on déduire que de cette enfance hors norme, sont nés ses soucis d’élocution et de bégaiement 

 Idem pour les autres travers dénoncés par sa grande sœur.

D’après elle, Albert est très pointilleux et maniaque : « Il repère tout de suite un objet qui n’est pas à sa place. » Il a également une sorte de marotte avec les conventions : « Tel dîner doit être donné tel soir et pas un autre, simplement parce qu’il en a toujours été ainsi. Il peut même être compliqué avec ça. »

Sans oublier son autre manie : il garde tout, « les coupures de journaux, ses vêtements d’enfants, etc. » Une habitude héritée de sa mère.

Freud se régalerait vraiment !

Mais Albert est tout l’inverse des enfants rois devenus des adultes tyrans. Sa jeunesse, plus difficile qu’il n’y paraît, a fait de lui un adulte modéré et bienveillant. Sans doute aussi parce que le sexagénaire est doué d’une certaine candeur et que, conditionné à vivre comme un prince, il ne s’est jamais rendu compte de son statut. Comme en atteste cette magnifique confession : « Nous menions une vie on ne peut plus normale […], nous avions toujours du personnel autour de nous. »

Pierre-Antoine BRIONNE

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