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Albert Uderzo : La potion passe mal !

Publié le 26 décembre 2018

Alors que le dessin animé, signé Alexandre Astier, sort sur les écrans, Albert Uderzo le père d’“Astérix” n’approuve pas vraiment le sort donné à ses créations…

A 91 ans, qu’il a fêtés le 25 avril dernier, il semble aussi irréductible que ses célèbres Gaulois ! À croire qu’Albert Uderzo a été taillé dans le roc d’un menhir… Victime d’une chute peu avant l’été dernier, le père d’Astérix s’est cassé le col du fémur et alors que, pour certains, cet accident diminue gravement les capacités, voire annonce une fin prochaine, lui s’en est incroyablement bien remis.

D’ailleurs, comme l’artiste vient de le confier dans les pages du Parisien Week-End, même s’il admet être bientôt au bout de son chemin et éprouver, comme la plupart d’entre nous, une peur bleue de la grande faucheuse, il se réjouit d’être vivant : « Avoir passé le cap des 90 ans est déjà miraculeux. Remarquez, dans la famille, la longévité est héréditaire. Ma mère est décédée dans sa centième année et mon père à 97 ans ! »

Oui, il faut bien avouer que, physiquement, le patriarche garde toujours bon pied bon œil, et à cette forme olympique s’ajoutent un esprit acéré et un moral au beau fixe, ses démêlés judiciaires avec sa fille, Sylvie, éditrice de ses bandes dessinées et de leur exploitation, étant désormais de l’histoire ancienne. Après sept ans d’une guerre sans merci entre eux deux, le calme est finalement revenu en 2014. Toutefois, au royaume du cocréateur, avec René Goscinny, des aventures fantaisistes de nos chers ancêtres, quelques nuages viennent assombrir le paysage.

Tout d’abord, Albert Uderzo qui, à la mort de son compère, le 5 novembre 1977, a poursuivi seul l’œuvre commencé à deux, ne peut plus exercer son métier, sa passion comme auparavant : « Regardez mes mains, a-t-il encore expliqué dans les pages de notre confrère. Parfois je me demande si je sais encore dessiner. Vous savez, j’ai tellement travaillé. La bande dessinée, ce n’était pas une profession qui payait bien quand j’ai commencé. »


Un crève-cœur pour cet artiste incomparable, obligé depuis quelque temps de laisser à d’autres le bonheur de mettre en images les aventures de ses héros. Pour poursuivre son œuvre, c’est le « bédéiste » Didier Conrad et le scénariste Jean-Yves Ferri qui ont été choisis par… le chef des Gaulois ! « Confier Astérix me déchirait un peu, a-t-il aussi déclaré. Mais j’ai compris qu’il fallait passer la main, pour que tout cela ne tombe pas dans l’oubli. »

Mais n’allez pas croire qu’Uderzo laisse carte blanche à ces deux artistes ! à chaque étape de la création, l’esprit du maître doit être respecté… « Je ne dessine plus mais je valide leurs idées. Ils ne font rien sans mon accord. Ils ont parfois tendance à vouloir mettre trop de gags au détriment du fil de l’histoire. Sur le prochain album qui paraîtra en 2019, j’ai été obligé de leur dire, au milieu de l’ouvrage, de reprendre depuis le début pour trouver une idée plus solide. »

Mais Astérix et Obélix, c’est un empire qui regroupe aussi des films, tels ceux tournés par des cinéastes reconnus, Claude Zidi, Alain Chabat ou encore Laurent Tirard, et des dessins animés, comme celui, tout récent, de Louis Clichy et Alexandre Astier, intitulé Astérix : le secret de la potion magique, sorti le 5 décembre dans les salles. Mais pour ce qui est de ce dernier volet des hilarantes péripéties des personnages cultes de Goscinny et Uderzo, la potion, justement, ne semble pas être passée ! Il faut dire pour commencer que l’auteur de la série comique Kaamelott sur M6, qui a également réalisé Le domaine des dieux, adapté de la BD éponyme, s’est fendu cette fois d’un scénario inédit, ce qui reste une première dans l’univers de nos Gaulois.

Ce film d’animation très réussi nous place devant un drame. Oui, un drame ! En effet, après être tombé d’un arbre en cueillant du gui, Panoramix s’est gravement blessé. Lorsqu’il sort du coma, ce membre éminent de la petite communauté de rebelles intrépides décide que le temps est venu pour lui de ranger sa serpe d’or et de choisir un successeur à qui révéler le secret de la fameuse potion magique. Voilà donc nos deux héros, Astérix et Obélix, partis pour un tour de Gaule durant lequel, au côté du sage bien fatigué, ils vont tenter de dénicher la perle rare. Une histoire qui, il faut bien le dire, n’a pas totalement plu à celui qui, pour le coup, n’est pas près de se retirer de la vie active… par Toutatis ! « Dans le film, Panoramix pense à prendre sa retraite. Pour moi, c’était inimaginable ! Au début, cette idée d’Alexandre Astier ne m’a pas plu. Le fait que le druide perde un peu la mémoire non plus. » Peut-être le papa de la BD a-t-il vu dans cette situation une référence à son âge, une sorte de message caché de la part du réalisateur ? Malgré tout, au bout du compte, Albert Uderzo a fini par accepter la proposition et même par la trouver excellente et originale : « Finalement, ce sont des ressorts scénaristiques riches. On place Panoramix dans une situation inhabituelle : il est blessé, il ne peut plus faire de potion magique lui-même. »

En revanche, ne lui parlez pas du personnage de Sulfurix ! Ce méchant, druide capable de faire du feu, n’a selon lui rien à faire dans l’univers de sa bande dessinée, semblant plus adapté à celui des super-héros… « J’ai moins aimé le personnage final du géant, un peu façon Transformers », a-t-il en effet déploré.

Clara MARGAUX

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