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Alexandre Benalla : Il menace de tout révéler !

Publié le 16 janvier 2019

Depuis son licenciement cet été, l’ex-garde du corps Alexandre Benalla aurait gardé un lien très très privilégié avec Emmanuel Macron.

Voici l’homme par qui le scandale arrive. Depuis le 19 juillet, date de la parution d’un article à son sujet dans le quotidien Le Monde. Alexandre Benalla, qui veillait auparavant sur la sécurité du président de la République, est devenu son cauchemar. Accusé, entre autres, d’avoir usurpé les fonctions de policier et usé de violences volontaires en réunion lors des manifestations du 1er mai, l’ancien habitué de l’Élysée est sous le coup d’une troisième mise en examen.

Et si la mise en cause de ce garde du corps de 27 ans, né dans les quartiers chauds d’Évreux et devenu l’ange gardien du chef de l’État, avait surpris à l’époque, déclenchant une grave crise politique, Emmanuel Macron pouvait espérer, fin 2018, que le plus dur soit derrière lui. Interrogé, tout comme les principaux membres du cabinet présidentiel, par des commissions sénatoriales et parlementaires, Benalla semblait faire amende honorable.

Cependant, ces derniers jours, ce trublion du pouvoir est réapparu sur les radars, faisant couler à nouveau beaucoup d’encre. Tout d’abord en se rendant au Tchad deux semaines avant que le président n’y rejoigne les troupes françaises stationnées dans ce pays d’Afrique subsaharienne. Certains se sont empressés d’y voir là bien plus qu’une drôle de coïncidence. Le gros bras, reconverti dans les affaires, était venu parler business avec le président Idriss Déby. Une nouvelle déjà en soi étonnante, mais le plus surprenant, c’est que, pour passer la douane sans encombre et rencontrer les personnalités locales, Benalla avait présenté l’un de ses deux passeports diplomatiques.

Comment cet homme dans le collimateur de la justice pouvait-il encore avoir en sa possession de tels documents ? Réponse du principal intéressé : un collaborateur de l’Élysée lui aurait remis en main propre ces précieux sésames en octobre dernier. Notre homme jure qu’il les avait auparavant restitués fin août aux services de l’Élysée, mais que, puisqu’on les lui avait rendus, il ne voyait aucune raison de ne pas les utiliser « par confort personnel ».


Une version vite contredite, puisque le site d’Europe 1 a mis en ligne un courrier officiel du ministère des Affaires étrangères, du 26 juillet, exigeant la restitution de ces deux fameux documents. Une injonction à laquelle Benalla ne semble pas s’être plié puisque, le 29 décembre, le parquet de Paris a ouvert contre lui une enquête préliminaire, notamment pour abus de confiance.

Cette mise en accusation a sans doute été celle de trop. Celui qui, quelques jours auparavant, dans les colonnes de L’Express, menaçait de tout dire et s’indignait des réactions des collaborateurs de l’Élysée, qui auraient, selon lui, été au courant de son escapade tchadienne, est passé à l’acte.

Son interview exclusive accordée au site Mediapart a fait l’effet d’une bombe et menace directement le président. Benalla y affirme que, contrairement aux déclarations officielles de l’Élysée, il entretiendrait toujours des relations régulières avec Emmanuel Macron ! Leurs dialogues passeraient par la messagerie cryptée Telegram, en théorie plus discrète que ses concurrentes et outil de prédilection des terroristes.

« Nous échangeons sur des thématiques diverses, précise le confident supposé. C’est souvent sur le mode “Comment tu vois les choses ?”. Cela peut aussi bien concerner les “gilets jaunes”, des considérations sur Untel ou Untel. C’est, en gros : “Comment tu sens le truc ?” » Et cette éminence grise autoproclamée d’ajouter avoir déjà joué ce rôle quand il était encore en cour.

Il aurait aussi discuté avec d’autres proches du président jusqu’à cette affaire des passeports. « Là, le lien est coupé », reconnaît l’ancien garde du corps. Un sujet très sensible sur lequel il revient en détail dans Mediapart, précisant pourquoi ses effets personnels lui ont été remis en pleine rue : « C’est parce que je suis comme un pestiféré ». Preuve à ses yeux de la duplicité du pouvoir à son égard, « quand vous voyagez à l’étranger avec un passeport diplomatique, l’ambassade de France est au courant que vous arrivez. Les services de sécurité, pour certains pays, comme Israël ou des États africains, sont au courant. La DGSE peut être au courant. »

Au-delà de ce plaidoyer, pour la première fois depuis le début de sa déchéance publique, Alexandre Benalla, amer, s’épanche sur sa situation dans cet entretien : « Je vais vous dire des choses qui vont être niées. Je ne veux pas rentrer là-dedans, je veux garder ma crédibilité […] À chaque fois que je dis quelque chose, on saisit le procureur de la République. Quoi qu’il se passe, il restera de moi l’image d’un menteur. »

Pourtant, cette fois, l’ex-gros bras semble sûr de lui : « Ça, ils ne pourront jamais le nier, affirme-t-il. Ça va être très dur de le démentir parce que tous ces échanges sont sur mon téléphone portable. » Sans doute aura-t-il besoin de son smartphone pour prouver ses propos, car un porte-parole de l’Élysée explique que Benalla se venge après son licenciement avec des contre-vérités, ajoutant que le Palais ne désire pas poursuivre un tel dialogue par médias interposés. Il appartiendra, une fois de plus, à la justice de démêler le vrai du faux dans cette histoire. Ce qui est en revanche certain, c’est qu’Emmanuel Macron a autant de mal à se défaire d’Alexandre Benalla que le capitaine Haddock de son sparadrap…

Claude LEBLANC

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