France Dimanche > Actualités > Alexandre Benalla : On a voulu l’enlever trois fois !

Actualités

Alexandre Benalla : On a voulu l’enlever trois fois !

Publié le 16 août 2018

Alexandre Benalla, l’ex-garde du corps d’Emmanuel Macron, est devenu une cible.

Depuis que la vidéo de son intervention musclée contre deux personnes lors de la manifestation du 1er mai, place de la Contrescarpe, dans le Ve arrondissement, est tombée entre les mains des journalistes du quotidien
Le Monde, il est devenu l’homme à abattre.

Sauf à vivre sur une île déserte, plus personne n’ignore désormais l’existence d’Alexandre Benalla, cet ancien judoka poids lourd rattaché à la sécurité de l’Élysée.

Tandis que préfets, conseillers et membres du cabinet du président de la République et même le ministre de l’Intérieur, Gérard Collomb, défilent devant la commission d’enquête parlementaire de l’Assemblée nationale et celle du Sénat, il a été licencié par l’Élysée, mis en examen par le parquet de Paris pour
« violences par personne chargée d’une mission de service public »,
« usurpation de fonctions », et son domicile a été perquisitionné.


Ce garde du corps de 26 ans a beau avoir les épaules larges, il serait permis de penser, sans préjuger de ses responsabilités dans cette affaire, que certains n’hésitent pas à comparer au Watergate, que ce colosse doit aujourd’hui avoir des pieds d’argile.

Car cet inconnu projeté brutalement sous les feux des projecteurs s’est fait en quelques jours des centaines de milliers d’ennemis, voyant en lui l’incarnation de la brutalité policière et d’une République pas si exemplaire que cela…

Services secrets

Et, ironie du sort, celui dont la mission consistait à protéger des personnalités, a peut-être dorénavant de bonnes raisons de craindre pour sa propre sécurité.

Une inquiétude d’autant plus légitime que Le Journal du dimanche vient de révéler qu’il a fait l’objet de trois tentatives d’enlèvement.

Toutes ont, fort heureusement, avorté, mais même ceux qui ne le portent pas dans leur cœur ne peuvent que condamner ce genre de représailles.

Et se demander, à raison, comment, en moins de deux semaines, l’homme que bien des gens adorent détester a failli se retrouver à plusieurs reprises victime d’un rapt, lui qui doit, malgré ou à cause de ses déboires médiatiques et judiciaires, être surveillé de près par les forces de l’ordre. 

Eh bien, l’explication en est simple, et c’est l’intéressé lui-même qui livre la réponse dans l’interview fleuve qu’il a accordée à nos confrères du JDD le week-end dernier.

L’auteur de ces tentatives de rapt n’est autre que son père.

« Je ne l’ai pas connu. Il a essayé de m’enlever trois fois, se souvient-il. On a dû me cacher chez ma tante. »

La mère de Benalla, venue du Maroc en 1980 pour étudier la chimie (elle finira par passer le Capes et enseignera les mathématiques), se séparera de lui peu après la naissance d’Alexandre.

Est-ce ce passé douloureux qui lui donnera très jeune l’envie de protéger ?

Toujours est-il que devenu un adolescent ne manquant pas de culot, à 15 ans, il écrit une lettre à… Nicolas Sarkozy pour lui demander de faire un stage d’observation au Raid, l’unité d’élite de la police.

En fin de compte, le jeune homme passera trois jours en immersion à l’Élysée (déjà) avec les membres du Service de protection des hautes personnalités.

De cette initiation, il reste une photo de lui posant, tout sourires, entre deux limousines.

C’est la naissance d’une vocation, stimulée par le film Dans la ligne de mire, où Clint Eastwood joue un agent des services secrets américains courant à côté du cortège présidentiel roulant au pas.

Il déclare alors à sa mère : « Un jour, c’est moi qui courrai à côté de la voiture. »

Un vœu exaucé en 2012 lorsqu’Alexandre Benalla suit le véhicule du tout nouveau chef de l’État, François Hollande.

Entre-temps, il a gagné ses galons d’agent de sécurité auprès de Marion Cotillard, Léa Drucker et Kad Merad, des vedettes qu’il suivra pas à pas lors du Festival du film romantique de Cabourg.

Et à tout juste 20 ans, il devient membre du service d’ordre du PS.

De ses nombreuses rencontres, il garde une trace sur un cahier d’écolier, où les stars de cinéma côtoient Martine Aubry, Laurent Fabius et Arnaud Montebourg (avec qui ses rapports seront brefs et orageux).

S’il ne fait pas partie du sérail de la gendarmerie, ce qui lui vaut de solides inimitiés, cet ambitieux, détenteur d’un master en droit, grimpe les échelons à la vitesse grand V, suivant Emmanuel Macron depuis le début de son aventure.

Aujourd’hui, foudroyé en pleine ascension, Alexandre Benalla, qui dit « vivre tout cela comme une épreuve de plus », se rappelle d’un détail qu’il souhaite ne pas être prémonitoire : « J’ai grandi avec ma mère, mon petit frère et ma petite sœur dans 15 m2, à La Madeleine, une ZUP d’Évreux. La fenêtre donnait sur la maison d’arrêt… »

Claude LEBLANC

À découvrir