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Alexandre Benalla : Recruté par Sarkozy !

Publié le 20 février 2019

Avec cette incroyable et surprenante collaboration, le plus grand rêve de gamin d'Alexandre Benalla est devenu réalité.

Il est dans le collimateur de la justice depuis la parution dans Le Monde, le 19 juillet dernier, d’un article l’accusant d’avoir usurpé les fonctions de policier et usé de violences volontaires en réunion lors des manifestations du 1er mai. Pourtant, l’ancien responsable de sécurité du chef de l’état persiste et signe. S’il reconnaît avoir « dépassé les bornes », il n’a jamais voulu qu’une chose : servir le « patron », comme il appelle Emmanuel Macron, un homme qu’il continue d’admirer bien que ce dernier l’ait démis de ses fonctions.

« Moi, je suis un moine-soldat ; quand on demande quelque chose, je suis là », affirme Alexandre Benalla dans un entretien qu’il vient d’accorder au Point. Depuis son limogeage, le jeune homme de 27 ans s’est converti dans les affaires. Ses voyages à l’étranger avec des passeports diplomatiques qu’il n’aurait pas rendus lui ont valu trois nouveaux chefs d’accusation dont ceux d’« abus de confiance », et d’« usage sans droit d’un document justificatif d’une qualité professionnelle ». Pas de quoi ébranler l’ex-Rambo de l’Élysée, qui relativise : « Dans la vie, il n’y a rien de grave. »

Devenu la bête noire du gouvernement, Benalla menait grand train. On l’a souvent croisé dans les palaces et les restaurants chics du VIIIe arrondissement parisien. « Je n’allais pas m’empêcher de vivre, qu’est-ce que j’ai fait de honteux ? », se défend-il. Dans son carnet d’adresses bien rempli figurent des personnalités influentes à la réputation parfois controversées, comme le milliardaire syrien Mohamad Izzat Khatab, l’homme d’affaires Vincent Miclet, qui a bâti sa fortune en Angola, ou encore Alexandre Djouhri, visé par une enquête sur le financement libyen présumé de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy… autre vieille connaissance d’Alexandre Benalla, qui lui doit beaucoup ! Le garde du corps a été recruté par l’ancien président de la République !

Assurer la protection des grands de ce monde, tel est le rêve du natif d’Évreux, du jour où il découvre au cinéma le film de Wolfgang Petersen, Dans la ligne de mire. L’histoire de Frank Horrigan, magnifiquement incarné par Clint Eastwood, agent des services secrets américains chargé de la protection de John Fitzgerald Kennedy, le bouleverse. « Un jour c’est moi qui courrai à côté de la voiture du président », déclare-t-il avec le plus grand sérieux à sa mère.


Il a 13 ans et se montre déjà d’une maturité peu commune, malgré (ou grâce) à son enfance difficile. Fils de deux professeurs, le jeune Maroine a grandi dans les quartiers difficiles de la cité normande. Ses parents, d’origine marocaine, se sont séparés alors qu’il n’avait pas 3 ans. à trois reprises, son père tente de l’enlever pour le ramener au pays. Sa mère décide alors de franciser son prénom, qui de Maroine devient Alexandre, et déménage à la campagne…

Est-ce le fait de sentir celle qui lui a donné la vie constamment aux aguets, sous la menace perpétuelle d’un ex-mari violent qui fait naître chez le jeune garçon l’impérieux besoin de protéger ? Toujours est-il qu’une fois qu’il a découvert ce pourquoi il était fait, il a travaillé dur pour s’en donner les moyens. Loin d’être la petite canaille qu’ont décrite certains, Alexandre était un adolescent calme, investi dans sa scolarité et très appliqué. Dans L’énigme Benalla, le documentaire que lui a consacré BFMTV, diffusé le 1er février dernier, son professeur de français raconte : « C’était un bon élève, avec une conscience scolaire, studieux, calme, serviable. J’ai le souvenir d’un garçon sympa, qui est dans la sollicitude. Je suis enceinte, il propose de m’aider à porter des bouquins. » C’est aussi à la même époque qu’il entre chez les scouts et devient éclaireur de la patrouille des Léopards.

2005. Lors de cette dernière année de collège, Alexandre doit faire son stage d’observation de troisième. Il sait exactement où il veut passer cette semaine d’initiation à la vie active : au sein des SPHP (Service de protection des hautes personnalités). Une fois de plus, il se donne les moyens de son ambition, adressant une lettre de motivation fort bien tournée au ministre de l’Intérieur de l’époque… Nicolas Sarkozy. Ce dernier, séduit par son bagou et son culot, accepte ! Durant ces huit jours, Alexandre Benalla vit un rêve éveillé, comme en témoigne son rapport de stage. « Un des chauffeurs m’emmène auprès de la voiture du Premier ministre, grand privilège. Je monte à l’intérieur et découvre nombre de gadgets qu’il m’a été interdit de révéler. […] Un policier me fait visiter le ministère (j’ai trouvé ça magnifique)… » Le dernier jour, on le conduit à l’Élysée, où il assiste à la sortie d’un conseil des ministres. Il se fait même prendre en photo auprès des limousines garées dans la cour. Il a 14 ans, et la réalité est ce jour-là aussi belle que dans son film culte…

Deux ans plus tard, il entre comme bénévole au service de sécurité du Festival de Deauville, où il assure la protection de Marion Cotillard qui vient de tourner La môme. Puis il s’engage dans la réserve opérationnelle de la gendarmerie, où il se fait très vite remarquer par son chef, éric Plumer, alors chargé de la Sécurité du parti socialiste. Ce dernier ne tarit pas d’éloges à son sujet : « Il bosse très bien, il a une grosse capacité humaine, ne compte pas ses heures. On sent qu’il en veut, il a ça dans ses gènes. » Il sort major de promotion avec les félicitations du jury. « Très attiré par le milieu militaire. Fera sans conteste un réserviste efficace. » Son seul défaut ? Un tempérament par trop bouillonnant…

Garde du corps de Martine Aubry, François Hollande, Arnaud Montebourg, Alexandre Benalla n’a que 25 ans lorsque, le 7 mai 2017, il exauce, grâce à l’élection d’Emmanuel Macron, dont il a assuré la sécurité de la campagne, son vœu le plus cher : pendant plus d’un an, il ne quittera pas le chef de l’état d’une semelle…

Et aujourd’hui ? Comme il le confie au Point : « J’ai réalisé un rêve de gosse et ça s’arrête. Si demain il faut devenir maçon ou vendre des pizzas, je le ferai ! »…

Lili CHABLIS

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