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Alexis Vastine : La trajectoire tragique d’un boxeur maudit !

Publié le 15 mars 2015

Après le décès de la sœur de 21 ans de Alexis Vestine, tuée dans un accident de la route il y a deux mois, c’est au tour de son champion de frère de connaître une fin dramatique�.

Ce devait être une parenthèse enchantée. À l’autre bout du monde, comme ses sept autres copains sportifs, Alexis Vastine avait décidé de se payer une tranche de rigolade et d’aventure avant de se lancer dans une nouvelle vie.

Alexis Vestine en bleuLui, le malheureux, lui, le malchanceux, lui qui restera, maintenant et à jamais, comme le boxeur qui par deux fois s’était fait voler la victoire aux Jeux olympiques, avait décidé de remettre les gants pour remporter la médaille d’or aux Jeux de Rio en 2016. Depuis de longs mois il se préparait, affûtait son corps d’athlète, pour récolter enfin les fruits d’un dur labeur.

Son ami Teddy Riner l’avait vu la semaine dernière à la salle de musculation, s’entraînant pour perdre du poids. « Aujourd’hui, il n’est plus là », se désole le colosse, inconsolable après la perte de son « frangin ». « J’ai été réveillé ce matin par des tonnes de messages pour me dire que mon pote était mort. J’ai eu envie de vomir tellement c’est dur, c’est horrible », a confié le judoka.

Horrible, inconcevable, inimaginable, aucun mot n’est assez fort pour qualifier la disparition tragique de nos héros. Comme Camille Muffat, Florence Arthaud, les cinq membres de l’équipe de production et les deux pilotes, Alexis Vastine a perdu la vie dans l’accident d’hélicoptères survenu durant le tournage de l’émission de télé-réalité Dropped.

Le boxeur était moins connu que ses deux compagnes d’infortune. Son palmarès, terni par d’injustes défaites, ne lui avait pas offert une immense notoriété. La sensibilité de ce garçon, sa fragilité, son parcours, son talent, ses yeux bleus qui lui donnaient les airs d’un mannequin sortant du ring lui avaient néanmoins permis de se faire un prénom.

Car, chez les Vastine, Alexis n’était pas la seule gloire. Son père, Alain, avait disputé par deux fois le championnat de France de boxe au début des années 80. Sa sœur aînée, Cindy, 32 ans, avait fini quart de finaliste du mondial en 2001. Son frère aîné, Adriani, 30 ans, avait empoché la médaille de bronze aux championnats d’Europe en 2011, et sa petite sœur, Célie, décroché le titre de championne de France cadette en 2009. Seule l’une de ses sœurs ne goûtait pas aux émotions du noble art.

« Dès que j’ai pu lever les bras, mon père m’a mis des gants de boxe », racontait en 2012 le champion au quotidien L’équipe. En 1994, à 8 ans, ce natif de Pont-Audemer gagne son premier combat. Le début d’une longue série de victoires sous le regard d’un père aimant, mais exigeant. « Parfois, racontait Alexis Vastine, des tartes nous arrivaient dans la gueule quand on avait la garde un peu basse. C’est là que notre mère intervenait… »

Désillusion

À 17 ans, le jeune homme, son BEP de vente en poche, quitte la Normandie et devient pensionnaire à l’Insep (Institut national du sport, de l’expertise et de la performance). C’est là qu’il rencontre Teddy Riner : « Alexis et son frère, Adriani, je les connais depuis 2004. Ils m’ont pris sous leurs ailes quand j’ai débarqué à l’Insep. C’était toujours un plaisir de discuter avec Alex. Je l’invitais d’ailleurs à mes anniversaires. C’était mon pote. On échangeait sur tout. Il était simple, cool. C’était un bon gars et un super boxeur. »

Alexis Vastine survêtementAlexis Vastine restera jusqu’à 25 ans dans cet antre du sport français, ayant embrassé entre-temps une carrière militaire : « Même si c’est top et qu’ils l’ont rénové, ça pèse, au bout d’un moment, de vivre dans une chambre pendant huit ans. Je l’ai rendue en juin. J’avais envie de goûter à la vraie vie, envie de sortir du contexte de l’Insep, envie d’avoir mon appartement, des plaisirs simples, de goûter à l’indépendance. » Le champion rêve de s’envoler, il va se brûler les ailes…

Lorsqu’il accorde cette interview au quotidien sportif à l’automne 2012, Alexis Vastine sort d’une terrible désillusion. Comme à Pékin en 2008, il a été victime d’une décision très litigieuse des arbitres et a été éliminé en quarts de finale des JO de Londres. Les images du boxeur, allongé sur le ring, hurlant sa rage et son désespoir à l’issue du combat avaient fait le tour du monde. Il était K-O debout.

Malgré le témoignage réconfortant de sa mère, Sylvie, employée de nuit dans une usine qui lui écrit ce message : « Je suis fière de toi et je t’aime fort », le grand gaillard est effondré. Revenu à Paris, il va s’enfoncer. On voit sa gueule d’ange dans toutes les soirées, toutes les fêtes parisiennes. Il sombre dans l’alcool et la dépression.

Épreuve

Alexis Vastine n’est cependant pas du genre à se laisser abattre. Poussé par son père, entraîné par son frère Adriani, il vainc ses démons, perd du poids et reprend goût à la compétition. En juin dernier, il devient champion du monde militaire. L’ébauche d’un retour et de belles promesses d’avenir. Les sponsors reviennent vers lui, son visage attire les caméras et les annonceurs, la télévision voit en ce combattant au passé bien rempli, en cet éternel second dont sont si friands les Français, une icône en devenir.

Ce n’est pourtant pas un homme heureux ou apaisé qui s’est envolé pour l’Argentine… Début janvier, un terrible drame s’est abattu sur les siens. Célie, sa petite sœur de 21 ans, a trouvé la mort dans un accident de la route du côté de Deauville. Alexis, dans son chagrin, avait pu compter sur le soutien de ses amis. Le champion de natation Yannick Agnel, le 5 janvier, avait posté ce tweet : « Une pensée pour Alexis Vastine et toute la famille. »

Quelques jours après, le boxeur avait répondu sur le réseau social : « Merci à tous pour votre soutien dans cette épreuve, prenez soin de vos proches. » À la fin de son message, le boxeur, connu pour se signer de nombreuses fois avant ses combats, un rituel adopté depuis le décès de sa grand-mère, avait collé un petit dessin : deux mains jointes. Comme une prière, comme un espoir. Prière vaine, espoir brisé.

Lundi matin, Alexis Vastine est tombé au sol pour ne plus jamais se relever.

Cyril Bousquet

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