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Amanda Sthers : " L'amour ne se déclare pas mais se montre. "

Publié le 31 juillet 2020

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Une “femme novembre” de 48 ans se réconcilie avec son corps et assume son désir… pour un masseur japonais ! Un amour fantasmagorique, ciselé avec les mots choisis de l'auteure Amanda Sthers, aussi sensuelle que ces belles lettres.

France Dimanche : Ce titre est un hommage à Serge Joncour et son roman L'Amour sans le faire ?

Amanda Sthers : J'y ai pensé mais c'est surtout une référence aux Japonais qui n'ont pas de traduction littérale pour dire « je t'aime ». Ils disent plutôt : « Il y a de l'amour qui flotte ». C'est plus pudique, comme ces lettres.


FD : Comment résumer ce court roman ?

AS : C'est l'histoire d'Alice, une femme de 48 ans, encore belle et charmante, qui se refuse à la vie amoureuse pour ne pas risquer de souffrir. Alors qu'un jour elle se retrouve un peu perdue à Paris, elle pousse la porte d'un salon de thé japonais. On la confond avec quelqu'un et elle se retrouve par hasard à se faire masser par un Japonais. Elle se découvre alors une émotion charnelle qui la surprend et ressuscite en elle le désir d'aimer et de vivre. Un an plus tard, elle va tenter de retrouver cet homme reparti au Japon, en apprenant sa langue et en lui faisant une déclaration par lettres. Comme une bouteille à la mer.

FD : Comment vous est venue l'idée ?

AS : Déjà, ce n'est pas du tout autobiographique ! Mais après une enquête effectuée sur la tuerie de Newtown dans le Connecticut, j'ai fait un truc de filles, avant de reprendre mon avion à New York : me faire les ongles dans une boutique chinoise. Comme j'étais tendue, on m'a proposé un massage des épaules. Ça m'a fait bizarre qu'on me touche parce que cela faisait assez longtemps… Comme si on me rappelait que j'avais un corps. D'un coup, j'ai été ramenée à la réalité d'une enveloppe physique. Et puis j'ai vu une femme d'un certain âge et, association d'idées ? je me suis demandé à quel moment on doit trouver normal que plus personne ne nous touche. Comme Alice…

FD : Un manque qui se transforme en obsession…

AS : Oui, elle a fini par accepter ce besoin de se faire toucher et d'en éprouver du plaisir, même si le massage shiatsu reste chaste, en pyjama ! Je le sais car, avant d'écrire, j'en ai fait un !

FD : Alice en avait aussi besoin en raison de sa vie triste…

AS : J'ai vu plein de belles femmes d'un certain âge, éteintes parce qu'elles n'ont pas vécu d'histoire d'amour depuis longtemps. Par choix parfois. Comme si elles avaient renoncé à leur corps.

FD : La cinquantaine vous fait peur ?

AS : C'est un âge spécial pour une femme car on ne peut plus avoir d'enfant et il faut accepter de faire l'amour juste par plaisir. Dans notre culture moitié judéo-chrétienne moitié Disneyland, ce n'est pas évident. Il faut pouvoir assumer, à 50 ans, d'avoir encore du désir pur sans projection. Surtout quand, à l'image d'Alice, vous avez eu un rapport aux hommes difficile.

FD : Elle est en plus timide, même si écrire reste une forme d'impudeur…

AS : Elle semble désormais ne plus vouloir se fier à cet instinct rejeté pendant si longtemps ! Les verrous sont souvent difficiles à débloquer. Moi-même, je ne peux pas dormir nue quand je suis toute seule car ça ne fait pas partie de ma culture.

FD : Vous avez été tentée d'en faire un récit plus érotique vu le sujet ?

AS : Le dosage était particulier, mais le plus important pour moi était d'instiller un doute entre le fait que le masseur japonais l'aime ou pas, il ne fallait donc pas que ça dérape !

FD : Vous pourriez écrire de telles lettres pour séduire ?

AS : Pour moi, l'amour ne se déclare pas mais se montre. On connaît souvent le degré des sentiments de quelqu'un dans les actes, pas dans les mots.

FD : Si Alice est une « femme novembre », vous êtes une femme de quel mois vous ?

AS : Moi, comme la chanson de Voulzy, je suis une « fille d'avril ». La promesse du printemps me va bien parce que j'ai toujours des espoirs et des projets.

FD : De pièces et de films ?

AS : Avec le confinement, tout a été interrompu. Notamment ma pièce écrite avec David Foenkinos, Amis, avec Kad Merad et Claudia Tagbo. Et puis je dois tourner au printemps prochain un film adapté de mon précédent roman, Les Promesses.

FD : Et vous avez un autre roman en cours…

AS : Un gros livre cette fois ! Une saga familiale tendance thriller qui sera publiée en deux tomes. Un gros chantier commencé il y a quatre ans !

• Lettre d'amour sans le dire, d'Amanda Sthers, éd. Grasset, 14 €.

Recueilli par Yves QUITTÉ

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