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Amélie Nothomb : "J'admire les survivants !"

Publié le 23 octobre 2021

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C'est une fille admirative qui rend hommage à son papa décédé d'un cancer l'an dernier. L'auteure de “Stupeur et Tremblements”, raconte un personnage hors du commun. Son père, ce héros.

France Dimanche : Comment résumer ce roman ?

Amélie Nothomb : Il s'agit de la première rencontre de mon père avec la mort et comment elle n'a pas voulu de lui… FD : Tout est vrai ? AN : Absolument ! Seules les émotions sont romanesques parce que mon père n'en parlait jamais. C'était quelqu'un de très émotif… Émotif mais, malgré son enfance compliquée, avec un père absent, une mère qui le rejette et ses vacances passées chez des oncles et tantes châtelains sans le sou, il a une nature très heureuse. Je pense que c'est un choix qu'il a très vite fait, il aimait sa vie quelle qu'elle soit. Même de sa terrible expérience d'otage comme consul – anti-colonialiste – au Congo, en août 1964, où il se retrouve attaché à un poteau d'exécution, il disait que c'était ce qu'il lui était arrivé de mieux dans la vie ! C'était plus une adaptation que sa nature en fait. Il avait décidé de tout trouver formidable !


FD : Même quand il « mourait » de faim en vacances chez ses cousins bohèmes… AN : Oui, si un enfant subissait ça aujourd'hui, il aurait vingt-cinq ans de psychanalyse derrière ! FD : Vous employez beaucoup le verbe « survivre »…

AN : C'est central, je considère mon père comme un survivant professionnel : il a survécu à son enfance, ce n'était pas évident, et à cette incroyable prise d'otages à 28 ans ! J'admire les survivants ! FD : Sans compter ses handicaps, avec sa phobie du sang…

AN : Il s'évanouissait à la vue du sang ! Cela donne une idée de son côté émotif.

FD : Vous reconnaissez-vous en lui ? AN : J'aimerais, mais rien ne peut prouver que je pourrais être aussi héroïque. Je suis dévouée envers les autres, mais beaucoup moins que lui. C'est donc prétentieux de penser que je marche dans ses traces. Je suis moins positive et je n'ai pas la moitié de son courage !

FD : Vous avez aussi des phobies ? AN : Oui, celle des rats ! FD : Vous validez cette phrase du roman : « Ne jamais tomber amoureux d'une femme sans l'avoir vue fâchée » ?

AN : C'était un des principes de mon père et je trouve ça d'une sagesse incroyable !

FD : Vous avez pu le vérifier ? AN : Je ne sais pas, mais je suis heureuse de ma vie amoureuse.

FD : S'agit-il de votre livre le plus personnel ?

AN : Oui, car il va très loin dans la relation que j'ai avec lui. En l'écrivant, je me suis rendu compte combien je suis le résultat de mon père.

FD : Il y avait urgence à l'écrire du fait de son décès l'an dernier ?

AN : Oui. Je voulais saisir mon père de l'intérieur, être Patrick Nothomb. Mais surtout, comme il est mort le premier jour du confinement, je n'ai pas pu me rendre à ses funérailles. C'était extrêmement dur ! J'ai pu lui dire adieu avant, mais cela n'a pas suffi. Le suprême adieu a été d'écrire ce livre. Mieux qu'une thérapie, cela m'a servi à dire au revoir.

FD : Et pour laisser une trace de lui… admirative ?

AN : Comment ne pas l'admirer ? Rendez-vous compte : il n'avait pas d'ennemis malgré son caractère très fort et son métier ! Moi j'ai des ennemis parce que je suis normale.

FD : Vous tenez de lui son originalité ? AN : Sans doute. Lui était aussi assez anticonformiste… tout en étant diplomate et issu d'une famille conventionnelle.

FD : On verrait bien ce livre adapté au cinéma. Qui verriez-vous pour jouer le rôle de votre père ?

AN : Mon Dieu, c'est une colle… J'adorerais Pierre Niney, même si mon père était très beau, mais pas aussi beau que lui !

• Premier sang, d'Amélie Nothomb. éd. Albin Michel 17,90 €.

Recueilli par Yves QUITTÉ

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