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Amélie Nothomb: "L'art m'a sauvée !"

Publié le 26 septembre 2015

La baronne est comme chez elle chez Albin Michel ! Et pas uniquement parce que Amélie Nothomb y publie un best-seller par an depuis son premier roman, Hygiène de l’assassin, sorti dans cette maison d’édition en 1992.

Pour ses interviews, Amélie Nothomb vient vous chercher à l’accueil et vous conduit dans son bocal où elle répond aux nombreuses lettres qui encombrent les étagères. Confessions sur ses angoisses et autres petits bonheurs distillés dans sa dernière production de stakhanoviste littéraire…

France Dimanche : Peut-on qualifier Le crime du comte Neville de fable ?

Amélie Nothomb : C’est un conte sur le mode du petit livre d’Oscar Wilde, Le crime de lord Arthur Savile. Mais c’est aussi un roman, terme qui initialement signifie « écrit en langue vulgaire ».

F.D. : De quoi vous êtes-vous inspirée pour ce « crime » ?

A.N. : Ce qui m’a « mise enceinte » de ce livre est un souvenir de mon adolescence désespérée, lorsque j’ai découvert les Lieder de Schubert au cours d’un récital snob. Je venais de passer des semaines entières sans éprouver quoi que ce soit et sans que personne ne m’adresse la parole, et d’entendre cette jeune femme chanter m’a fait pleurer ! J’avais conscience d’être sauvée par l’art et, en même temps, je me sentais encore plus rejetée !

F.D. : Comme la fille du comte…

A.N. : Je me suis mise dans la peau d’un personnage qui aurait assisté à cette scène et qui n’y comprend finalement rien.

F.D. : Le « crime » du comte Neville n’est-il pas de délaisser sa fille ?

A.N. : Je ne crois pas que ce soit un plus mauvais père qu’un autre. Il fait ce qu’il peut. Je n’ai pas d’enfant, mais j’imagine que ce doit être difficile. Son crime, c’est la prédiction…

F.D. : Pourquoi la jeune fille s’appelle-t-elle Sérieuse ?

A.N. : C’est un prénom associé à une vertu qui possède un côté tragi-comique. Ça me correspond bien quand on voit des photos de moi adolescente. C’est aussi une allusion à l’un de mes romans préférés, Le bal du comte d’Orgel, de Raymond Radiguet, où l’amant s’appelle François de Séryeuse.

F.D. : Un milieu que vous connaissez bien ?

A.N. : J’appartiens à l’aristocratie belge. Je ne sais pas si je la connais bien, mais j’en ai beaucoup souffert. Comme le dit le comte, ce statut nous confère des devoirs, pas des droits.

F.D. : Vous citez votre famille dans le livre en parlant des « Nothomb qui n’ont pas vendu le château du Pont d’Oye »…

A.N. : C’est un des éléments de tragédie qui m’a inspiré ce roman, car le château de ma famille ne nous appartient plus tout à fait. Je vous épargne les détails de l’affaire, mais tout ceci est très pénible.

F.D. : Un autre thème semble vous tenir à cœur dans ce livre : l’insomnie !

A.N. : Ah, mon Dieu ! Pas plus tard que cette nuit, j’y étais encore. C’est affreux ! Et incompréhensible : on est dans un lit confortable, tout pourrait être merveilleux, car, a priori, ce n’est pas si grave de ne pas dormir. En fait, c’est atroce car on est englué dans des pensées insoutenables dont il est parfaitement impossible de se détacher.

F.D. : En profitez-vous alors pour écrire ?

A.N. : Je commence à travailler tous les jours à 4 h du matin. Ou deux heures plus tôt quand je ne dors pas !

F.D. : Même épuisée, vous arrivez à travailler ?

A.N. : C’est un grand mystère : même quand ça ne va pas, l’écriture fonctionne, je suis grisée. C’est fascinant.

F.D. : Comment faites-vous pour sortir un livre par an ?

A.N. : J’en rédige trois ou quatre par an. Je suis actuellement en train d’écrire mon 82e, mais celui-ci n’est que le 24e à être publié. Je ne dévoile que du récent.

F.D. : Aura-t-on l’occasion de lire les autres un jour ?

A.N. : Non, car j’ai demandé dans mon testament que ceux qui ne sont pas encore sortis ne sortent jamais ! n

Yves Quitté

NOTHOMB_LE_CRIME_DU_COMTE_NEVILLE

Une fable… “atroce et drôle” !

C’est Amélie Nothomb qui qualifie le mieux son dernier ouvrage : « Atroce et drôle » ! Dans le château de Neville que le comte doit vendre après une ultime fête, la mort rôde et les dialogues fusent. La cadette de cette famille noble, prénommée Sérieuse, traîne sa peine, hantée par une prédiction tordue et des idées aussi noires que les robes de la romancière. Dans cette comédie tragique à l’ambiance surannée, on se demande jusqu’où un père peut aller par amour pour sa fille. Une merveille d’écriture et d’humour grinçant.

Le crime du comte Neville, d’Amélie Nothomb, Albin Michel, 15 €.

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