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Amélie Nothomb : "Parler littérature est très séduisant ! "

Publié le 13 novembre 2020

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Dans ce 29e roman, limite autobiographique, Amélie Nothomb narre des jeux de séduction littéraire entre profs et élèves. Lecture en apesanteur et interview sous le charme…

France Dimanche : Ce roman était-il l'un des nombreux textes que vous avez en stock ?

Amélie Nothomb : Non, je ne publie que des nouveaux manuscrits de l'année écoulée. Celui-ci, je l'ai écrit juste avant la parution de Soif, à l'été 2019. Les autres manuscrits ne seront jamais publiés, même après ma mort !

FD : Comment pourriez-vous résumer celui-ci ?

AN : Très simplement ! C'est un apprentissage de la lecture des classiques.

FD : Comme dans votre histoire, c'est un professeur qui vous a donné goût aux livres ?

AN : Non, c'est venu de moi. Mais mon père était aussi un grand lecteur. Il vénérait les classiques et en parlait facilement. Je me servais dans la bibliothèque et ça ne m'a jamais lâché.

FD : Dans le roman, c'est L'Illiade, d'Homère, qui débloque Pie, l'élève. Et vous, quel est le premier classique qui vous a marqué ?

AN : Il y en a eu beaucoup, mais le premier est Les Misérables, de Victor Hugo, que j'ai dévoré à 9 ans. Mon but était d'épater les parents, mais c'est moi qui ai été épatée, en fait ! Je l'ai relu pendant le confinement… et nom d'un chien, quel bouquin ! Il n'est jamais trop tard pour attraper ce doux virus, car on peut relire les classiques.

FD : Comment vous est venue cette idée d'une étudiante, Ange, embauchée par un père pour faire lire son fils de 16 ans dyslexique ?

AN : J'ai été Ange à 19 ans. Je vivais comme elle à Bruxelles, j'étais dramatiquement sérieuse, je vivais dans les bouquins. Et pour me faire de l'argent de poche, j'ai été répétitrice de français pour des ados. Pie est un peu la fusion de tous. Moi aussi, j'ai obtenu des résultats surprenants, c'est très gratifiant de faire aimer des classiques à des jeunes !

FD : Pie y prend goût également, pour surprendre et contrer les a priori de ses parents…

AN : Oui, il a relevé le challenge ! C'est intéressant de mettre des ados au défi, surtout aujourd'hui où on a tendance à les rabaisser.

FD : Comme Ange, vous avez eu des coups de cœur pour vos élèves ?

AN : Je n'ai jamais cédé comme Ange. À cette époque, je plaisais toujours à des hommes soit beaucoup plus âgés, soit bien trop jeunes. J'avais l'impression d'être maudite car je ne trouvais personne de mon âge ! J'étais en décalage complet… complètement cloche !

FD : Parler littérature est une arme de séduction, selon vous ?

AN : Oui, c'est très séduisant ! En général, communiquer sur sa passion rend terriblement séduisant, même si vous avez un physique moyen…

FD : Vous pensez que vous pourriez tomber amoureuse de quelqu'un qui n'aime pas lire ?

AN : Je ne l'ai jamais vécu. Mais je trouve qu'il manque quelque chose à la personne qui n'a jamais lu un livre avec passion.

FD  : Êtes-vous remise de la déception du prix Goncourt de l'an dernier ?

AN : Bien sûr ! Vous savez, il y a des choses bien plus graves dans la vie. Moi, par exemple, au printemps, pendant le confinement, j'ai perdu mon père… et c'est beaucoup plus douloureux que de ne pas avoir le Goncourt !

FD : Avez-vous déjà une idée de votre prochain roman ?

AN : Non, je suis en train d'écrire mon centième manuscrit, mais quant à savoir celui que je publierais l'an prochain, il est bien trop tôt…

Les Aérostats, d'Amélie Nothomb, éd. Albin Michel, 17,90 €.

Yves QUITTÉ

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