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Amélie Nothomb : Victime d’un viol collectif

Publié le 3 octobre 2017

La romancière Amélie Nothomb est revenue sur le  drame qui a bouleversé sa vie.La romancière Amélie Nothomb est revenue sur le  drame qui a bouleversé sa vie.

Comme lors de chaque rentrée littéraire, elle est de retour avec son éternel chapeau vissé sur le chef et un sourire malicieux. Depuis 1992 et un succès immédiat avec son premier roman, Hygiène de l’assassin, Amélie Nothomb a rendez-vous chaque mois de septembre avec les journalistes, mais aussi avec son public de fidèles.

Des fans dont la romancière belge, hypermnésique, n’oublie jamais le nom ni l’histoire, ce qui transforme chacune de ses séances de dédicaces en véritable performance. Elle a par ailleurs toujours eu, et peut-être parfois un peu cultivé, une réputation d’excentrique.

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Mais cette personnalité peu orthodoxe lui a sans doute permis de créer un univers bien à elle, qui a su séduire des centaines de milliers de lecteurs. Et à l’occasion de la sortie de son millésime 2017, Frappe-toi le cœur (Albin Michel), son vingt-cinquième livre, mettant en scène Diane et racontant ses relations compliquées avec toutes les femmes de sa vie, l’auteure a choisi d’évoquer les sources de son inspiration puisée dans une jeunesse chaotique.

Une période qu’Amélie résume en quelques mots dans l’interview qu’elle a accordée au quotidien Le Monde : « Je suis le fruit d’une enfance heureuse et d’une jeunesse saccagée. »

À 12 ans

Car l’existence de la future romancière a été marquée au fer rouge par un drame, un traumatisme, dont il semble impossible de se relever jamais tout à fait. Pour la toute jeune fille qu’elle était, il y aura toujours un avant et un après, après ce jour maudit où elle a été victime d’un viol collectif à l’âge de 12 ans.

Une scène d’horreur sur laquelle elle revient avec pudeur et concision : « C’était au Bangladesh, où vivait alors ma famille, se souvient-elle, toujours dans les colonnes du Monde. Lors d’une baignade en mer, j’ai été agressée sexuellement par quatre hommes. Je ne veux pas m’appesantir sur cet événement qu’il m’a fallu dépasser. Disons simplement que l’année de mes 12 ans fut charnière. »

Jusque-là l’existence de cette gamine, voyageant au gré des affectations de son père diplomate, n’avait pas toujours été heureuse, mais, comme le raconte l’intéressée : « C’était quand même chouette. » Les insomnies, qui l’ont assaillie dès la naissance, mettaient du sel dans sa routine, car, au lieu d’en souffrir, elles ont stimulé sa créativité. Au début, elle se contentait de regarder sa sœur dormir, activité contemplative qui, on le comprend, finit par la lasser. Alors, à partir de 5 ans, Amélie commença à se raconter des histoires pour meubler ses nuits sans sommeil.

« L’idée était de me faire connaître les sensations les plus fortes possible, a-t-elle expliqué. Ce pouvait être l’aventure de deux enfants abandonnés qui devenaient cosmonautes. Ou celle du méchant prince torturant la gentille princesse. » Du coup, elle demandait à ses parents de la coucher le plus tôt possible, pour retrouver ses héros, dans un lit baigné d’obscurité, propice aux inventions de son imaginaire. Son père et sa mère, ravis, étaient persuadés d’avoir mis au monde la petite fille la plus sage qui soit…

Hélas, comme l’on pouvait s’en douter, le fait d’avoir été abusée sexuellement a bouleversé non seulement sa vision du monde, mais aussi son approche de la fiction : « Après ces drames, les insomnies sont devenues problématiques, a-t-elle confessé dans Le Monde. J’ai eu le sentiment de vivre avec un ennemi intérieur. Une sorte de monstre générateur d’angoisse. Ma vie a totalement basculé », a-t-elle précisé.

Les histoires qui jusque-là trottaient dans sa tête avaient désormais besoin d’un intermédiaire pour voir le jour. Cet intermédiaire, ce sera le papier. Et Amélie d’avouer que c’est – si l’on peut l’écrire – à cause du drame de son enfance qu’elle est devenue écrivain.

La naissance de cette vocation est cependant passée par un accouchement très douloureux : « D’un coup, j’ai découvert la puberté, la violence, la haine de soi, la haine tout court, la fatigue et le froid. Autant de sensations qui m’étaient jusque-là parfaitement inconnues. » Un an après la tragédie, ce malaise se traduit par des troubles alimentaires, dont elle ne parviendra à se débarrasser que bien des années plus tard.

L'anorexie de Amélie Nothomb lui fera vivre l’enfer : « Quand on veut recommencer à manger, c’est l’horreur, on découvre que l’on ne sait plus manger, que le corps ne supporte plus rien, qu’on est malade tout le temps, avec l’impression d’être possédée par le démon. » Un diable qui l’a mise au ban de la société et qui lui fait dire aujourd’hui : 
« Je serais quelqu’un de bien mieux si je n’avais pas été anorexique. »

Pierre Alban

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