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André Pousse : La gouaille de l’emploi !

Publié le 4 octobre 2020

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Disparue il y a quinze ans, la voix grave de titi parisien” de ce second rôle fétiche d’Audiard, abonné aux rôles de truands, André Pousse, résonne encore dans toutes nos têtes…

Il avait ce qu’on appelle une gueule. Celle de l’emploi : celui des rôles de flingueurs et de truands. Avec sa gouaille et sa truculence, il a porté haut les répliques de Michel Audiard. Mais la vie bien remplie d’André Pousse n’a pas commencé avec le cinéma. Car, s’il est un acteur dont la vie fut un feuilleton à rebondissements, un roman, tel un héros de Blaise Cendrars, c’est bien la sienne.


Né à Paris le 20 octobre 1919, d’un père commissaire de police d’origine catalane et d’une mère auvergnate, le titi parisien gouailleur du septième art aura été surtout une star Junior du vélo en 1939, avant d’être dans la Résistance durant la guerre (il a même été arrêté six fois par la Gestapo !). Entre 1942 et 1949, il devient cycliste professionnel et se spécialise dans les courses de six jours, notamment celles du Vel’ d’Hiv’ de Paris. Une épreuve cycliste annuelle qui se déroulait sur six jours dans une ambiance de kermesse survoltée où s’entassaient jusqu’à 20 000 spectateurs, acclamant les meilleurs sprinters du monde. Très vite il devient un « cador », un des coureurs les plus populaires du vélodrome et il a de nombreux admirateurs dont un certain Alain Delon. « Un jour, sur un tournage, Alain Delon m’a appris, qu’en étant gamin, il aimait quitter son Auteuil natal pour le Vel d’Hiv. Les mômes s’y disputaient le privilège de porter le vélo des champions. Il fut de ceuxlà », rapportera Dédé Pousse.

Et, c’est également là, au Vélodrome d’Hiver, qu’il découvre les victimes de la rafle du 16 et 17 juillet 1942. « Je louais à l’année une guitoune au Vel’ d’Hiv’ dans laquelle je parquais mes neuf vélos. Et, un jour, je suis venu chercher deux de mes cycles pour une course que j’allais disputer au Parc des Princes. Un flic a voulu m’empêcher de passer. J’ai réussi enfin à entrer et là j’ai découvert qu’on y avait parqué des Juifs. Cela m’a vraiment marqué, surtout de voir ces femmes avec leurs enfants, qui partaient pour les camps », racontera-t-il.

En 1950, le pistard part faire fortune à Haïti mais en revient ruiné un an plus tard pour une « inoubliable parenthèse de six mois » durant laquelle il est le compagnon d’Édith Piaf à l’époque où elle venait de rompre avec Eddie Constantine. « Je suis allé la voir à l’ABC et elle m’a proposé de souper chez elle. Puis, ensuite, au bout de quelque temps, elle m’a proposé de venir m’installer dans son hôtel particulier de Boulogne. » Il devient le programmateur d’artistes divers. « À l’époque, tant les cinémas que les boîtes de nuit avaient besoin d’animations. Je suis ainsi devenu le programmateur des douze cinémas parisiens Gaumont », expliquait-il avant de devenir l’imprésario de Joséphine Baker, Henri Salvador, Petula Clark, Léo Ferré et Danielle Darrieux… Véritable touche-à-tout, rien ne l’arrête : « J’ai été le patron des programmes du Moulin-Rouge. J’ai ouvert le Casino du Liban à Beyrouth, celui de Knokke-le-Zoute, un autre à Vegas… J’ai vécu à 100 à l’heure. J’étais toujours en partance ! »

En 1959, André découvre un petit jeune : Johnny Hallyday. « Le môme me scotcha et on le prit sous contrat. Mon collaborateur d’agence d’alors, Georges Leroux, suivit sa carrière et devint son premier imprésario et Vogue lui fit enregistrer son premier 45 tours Souvenirs, Souvenirs. » En 1963, il lance la mythique salle La Locomotive où il organise un crochet d’amateurs qui verra la victoire de Michel Polnareff. Puis, la même année, il accepte un petit rôle dans D’où viens-tu, Johnny ? commençant ainsi sa carrière d’acteur. « C’est à la même époque que j’ai fait connaissance de ma femme Jocelyne qui avait été mannequin et danseuse au Moulin Rouge » dira-t-il. Elle lui donnera deux filles, Pénélope et Marfa.

C’est seulement à 47 ans que s’ouvrent enfin vraiment pour lui les portes du cinéma. Abonné aux rôles de seconds couteaux avec sa gouaille et son argot de titi, il sera considéré comme un des seconds rôles les plus prisés du cinéma, souvent dirigé par des réalisateurs de haute stature, dont Georges Lautner (Ne nous fâchons pas, en 1966). Il y joue le rôle d’un truand qui a besoin d’un coup de main pour récupérer l’argent qui lui servira en cavale, argent que lui doit un bookmaker véreux et pleurnichard interprété par Jean Lefebvre. Il incarne ainsi pour la première fois le rôle dans lequel son physique le cantonnera à l’envi : celui du dur, de l’affranchi, du gars avec qui il vaut mieux ne pas en découdre. « Avec ma gueule, je ne pouvais pas jouer les amoureux romantiques ! »

Content de sa prestation, Georges Lautner le dirigera à trois autres reprises dans Fleur d’oseille, Le Pacha, où il excelle en gangster face à Jean Gabin et Quelques messieurs trop tranquilles. Puis, ce sera au tour d’Henri Verneuil (Le Clan des Siciliens), de Jean-Pierre Melville (Un flic), de Jacques Deray (Flic Story) et de José Giovanni (Les Égouts du paradis) de faire appel à ce comédien haut en couleur.

Entre-temps, vouant une admiration pour le plus renommé des dialoguistes français, Michel Audiard, et ses répliques au parler populaire du Paris de son enfance, il tourne sous sa direction des comédies qui se distinguent plus par la longueur de leur titre que par leurs qualités cinématographiques : Faut pas prendre les enfants du Bon Dieu pour des canards sauvages, Elle cause plus… elle flingue ou encore Bons baisers… à lundi.

Incarnant le frère du criminel Émile Buisson (Jean-Louis Trintignant) que traque l’inspecteur Borniche (Alain Delon) dans Flic Story, il continue de se cantonner à des personnages autoritaires et patibulaires comme ceux du chef de la Kommandantur dans La Septième Compagnie au clair de lune et du centurion de Deux heures moins le quart avant Jésus-Christ. Le décès de Michel Audiard, en 1985, ralentit sa carrière d’acteur au cinéma (après une trentaine de films). Préférant se recentrer sur ses activités de restaurateur dans le XVe arrondissement à Paris, il continue cependant à faire des apparitions à la télévision, dans des séries comme Les Bœuf-carottes ou Frank Riva aux côtés d’Alain Delon, sans oublier des fictions comme Le Grand Braquet, La Tactique du critique, Dindes au marron, Le dîner est servi. Il incarne même le colonel Moutarde dans une série issue du jeu de société Cluedo !

Puis, il revient un temps au cinéma à la demande d’une génération dont la jeunesse a été bercée par ses films, comme l’humoriste Jean-Marie Bigard qui fait appel à lui pour sa première réalisation, L’Âme-sœur. Mais l’ancien cycliste s’illustre également sur les planches, dans des pièces de boulevard, à l’instar de N’écoutez pas, Mesdames, de Sacha Guitry, avec Jean-Pierre Darras.

Il s’était éloigné de Paris pour couler une retraite paisible à La Garde-Freinet dans le Var auprès de sa femme et de ses filles, ses meilleures équipières, selon son expression. Interviewé en 2004 par France-Soir, il disait n’avoir pas peur de la mort, étant « persuadé d’aller au paradis ». Le truand du cinéma français s’en est allé le 9 septembre 2005 à Gassin d’une façon tragique et stupide : une piqûre de guêpe ayant provoqué un accident de voiture…

Dominique PARRAVANO

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